60e Déclaration



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2008 | 60e ANNIVERSAIRE DE LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME – LE DEBAT
__La Déclaration des droits de l'homme ne serait rien sans la société civile
par Daniel Bolomey

Daniel Bolomey, secrétaire général de la section suisse d'Amnesty International, réaffirme l'utilité de la Déclaration universelle des droits de l'homme, même si son application n'est pas aisée.

La Déclaration universelle des droits de l'homme est un document remarquable, visionnaire, équilibré et d'une pertinente actualité. Tout y est ! Les droits civils et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels; l'universalité (les droits sont valables pour tous les êtres humains) et l'indivisibilité (les droits sont interdépendants et ne peuvent être administrés de manière sélective ou discriminatoire).

Cependant, il y a loin de la coupe aux lèvres et ce texte ne serait qu'une déclaration de principe, qu'une promesse non tenue de plus, si la société civile n'en avait pas fait son texte fondateur et sa principale référence.

Il faut bien reconnaître aux Etats la volonté de concrétiser les principes de cette Déclaration universelle dans des conventions et pactes plus contraignants. L'engagement qu'ils prennent en les signant et les ratifiant signifie leur intention d'empêcher dans la pratique les violations des droits humains. Mais, cela a pris près de trente ans pour parvenir à l'entrée en vigueur des pactes. Et certains pays, comme la Suisse d'ailleurs, ne se sont pas illustrés par leur rapidité à concrétiser les déclarations de principe.

Et surtout combien sont-ils, les Etats qui respectent au quotidien les droits fondamentaux garantis par la Déclaration universelle des droits de l'homme ?

Si l'on considère que le rapport d'Amnesty International porte sur plus de 150 pays, on peut envisager un ordre de grandeur. Si l'on jette un regard circulaire sur le monde, de la Birmanie au Soudan, sans oublier les drames du Congo ou du Zimbabwe, si l'on considère Guantánamo et les restitutions extraordinaires dont plusieurs pays européens dont la Suisse se sont faits complices; si l'on regarde comment la mondialisation a renforcé les inégalités et perpétué l'extrême misère - 1,4 milliard d'êtres humains touchés; si l'on considère les défenseurs des droits humains assassinés de Moscou à Bogota; si l'on considère les millions de personnes déplacées ou qui cherchent refuge dans le monde et la tendance des Etats du Nord à se barricader dans leur forteresse inatteignable; si l'on considère toutes les actions à caractère terroriste comme à Bagdad et à Mumbai, qui agressent notre sens de la justice et notre humanité au quotidien, alors l'on se demande ce que nous a apporté la Déclaration universelle des droits de l'homme.

A mon sens, elle a apporté au monde une référence unique en matière de valeurs et de droits. Elle a fourni pendant soixante ans la base de leur action aux défenseurs et défenseuses des droits humains qui se battent au quotidien pour un monde meilleur, un monde de justice et de solidarité. Ce sont elles et ce sont eux qui ont fait des droits humains ce qu'ils sont aujourd'hui : des valeurs réellement universelles et indivisibles.

Sans ces militants et leur engagement, parfois au péril de leur vie, la Déclaration universelle des droits de l'homme ne serait aujourd'hui, soixante ans après son adoption, qu'un vulgaire bout de papier. Bien sûr, les organisations non gouvernementales aussi ont trop longtemps laissé de côté des droits fondamentaux comme le droit à l'alimentation, le droit au logement, le droit à la santé, parce que, dans le contexte de la Guerre froide, il semblait que les problèmes principaux étaient ceux du manque de liberté d'expression, de la torture, de la peine de mort. On pensait aussi que s'engager pour les droits sociaux impliquait d'être partisan du socialisme, ce qui a rebuté plus d'un. Il aura fallu la chute du mur de Berlin pour que cette approche par trop dichotomique soit progressivement abandonnée.

On pensait alors que les droits économiques relevaient exclusivement du développement social. Mais, dans un monde globalisé, il n'est plus acceptable de laisser de côté un pan entier de la Déclaration universelle des droits de l'homme. La lutte contre l'extrême pauvreté est engagée à partir du moment où l'on considère la misère comme une cause et une conséquence de violations systématiques des droits humains. Et non plus comme une fatalité.

Les ONG comme Amnesty International doivent réfléchir à comment mettre leurs compétences et leurs capacités de mobilisation au service de l'universalité des droits humains. Il est indispensable de le faire en lien étroit avec les personnes directement concernées, avec les organisations déjà actives dans ce domaine, avec les défenseurs des droits humains. Car ce sont elles et ce sont eux qui ont fait des droits humains ce qu'ils sont aujourd'hui : des valeurs réellement universelles et indivisibles. C'est à toutes ces femmes et ces hommes dans le monde entier que cet anniversaire doit être dédié, mais aussi à la Déclaration universelle, toujours vaillante et actuelle.

Elle nous protège. Protégeons-la.

Daniel Bolomey, secrétaire général de la section suisse d'Amnesty International. Point de vue publié par le quotidien Le Temps, Genève, 10 décembre 2008.
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