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2008 | 60e ANNIVERSAIRE DE LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME LE DEBAT
__Les droits de l'homme otages des religions ?
par Michel Bührer
En ce début de siècle, les articles 19 (liberté d’opinion et d’expression) et 18 (liberté de pensée, de conscience et de religion) sont soumis à de fortes pressions. Le fossé se creuse entre ceux qui s’insurgent contre la diffamation de leur foi et les partisans d’une absolue liberté d’expression. Eclairage ["La Chronique", Amnesty International France, décembre 2008].
"Nous vivons une escalade très grave, du même ordre que dans les années trente, avec la montée de l’antisémitisme hitlérien : les petites déclarations, les stéréotypes sur les Juifs qui montent lentement dans certains organes. Tout ça a abouti aux camps de concentration". Doudou Diène, rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme sur le racisme et l’intolérance n’y allait pas de main morte dans un entretien en 2007 pour décrire… l’islamophobie.
Il venait de présenter son rapport annuel, qui mettait l’accent sur la discrimination des religions. Apparue après les attentats de septembre 2001 et la "lutte contre le terrorisme", instrumentalisée par l’affaire des caricatures du prophète en 2006, la question de la diffamation de l’islam s’est imposée dans les débats du Conseil des droits de l’homme. Opposée au droit à la liberté d’opinion et d’expression, elle est devenue explosive. Entre 2002 et 2008, Doudou Diène, rapporteur sur "les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée", ne faisait que constater une réalité : depuis 2001, l’islam fait l’objet d’attaques directes entretenues par un amalgame entre la religion elle-même et son expression minoritaire la plus radicale : l’islamisme militant et violent. Mais, il apportait aussi de l’eau au moulin des pays qui, au Conseil des droits de l’homme, tentent d’exploiter le filon de l’islamophobie pour demander de nouvelles normes aux Nations unies afin de protéger de la critique les religions en général et l’islam en particulier.
Protéger les individus
En tête de ces pays l’Algérie, l’Egypte, le Pakistan, au nom tour à tour du groupe des pays africains, des pays arabes, ou de l’Organisation de la conférence islamique. Ils demandent que la limite de la liberté d’expression intègre la diffamation des religions, assimilée à une incitation à la haine raciale. A noter que les pays d’Afrique noire n’adhèrent pas nécessairement à cette extension, craignant de la diluer au détriment des formes "traditionnelles" de racisme.
Pour d’autres pays, groupes occidental et latino en tête, la religion n’a rien à faire dans les questions "raciales". De plus, disent-ils, les droits de l’Homme sont prévus pour protéger les individus et non les religions. Un mandat spécifique existe d’ailleurs sur la religion, chargé entre autres d’encourager les mesures "pour faire échec à toutes les formes d’intolérance".
Islamophobie ?
Doudou Diène avait pris soin d’ajouter que les dispositions actuelles du droit international sur l’incitation à la haine raciale et religieuse sont suffisantes. Début octobre 2008, le nouveau rapporteur des Nations unies sur la liberté d’expression, Frank la Rue, a de son côté précisé sa position. Tout en qualifiant les attaques contre l’islam de "stéréotypes inquiétants", il estimait que "la diffamation des religions n’existe pas. Ce qui existe, c’est de faire du mal à une personne ou à un groupe humain, mais je ne peux pas transformer ceci en une abstraction".
La conférence dite Durban II, chargée d’évaluer ce qui a été accompli depuis Durban I en 2001 en matière de lutte contre le racisme, est déjà dans l’œil du cyclone. Les pays islamiques font le forcing pour imposer l’islamophobie dans les débats.
Cette division peut être perçue comme une nouvelle preuve que l’idéal "universel" des droits de l’Homme, confronté depuis soixante ans à la dure réalité, a décidément de la peine à trouver un consensus.
Michel Bührer,
Tribune des droits humains, www.droitshumains-geneve.info

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