60e Déclaration



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10 DECEMBRE 2008 | 60e ANNIVERSAIRE DE LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME
__Droits de l'Homme et dignité de l'individu
par Pierre Sané

Soixante ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, quelle est la réalité de la dignité de l’individu et du respect des droits humains, dans un monde où des milliards d’individus souffrent de la pauvreté ? La défense des idéaux et missions contenus dans la Déclaration passe par la lutte contre la pauvreté.

Tous les textes internationaux de protection des droits de l’homme reposent sur le concept de dignité humaine, tel que proclamé dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Souvent, ce concept est davantage entendu à travers ce qui l’offense ou le heurte plutôt qu’à travers ce qui l’enrichit et l’honore, sans doute parce qu’il s’inscrit dans un contexte très particulier, celui des lendemains de l’Holocauste et de la machine de mort lancé par les Nazis. Cette affirmation forte d’une dignité commune à tous les hommes donne naissance à l’article premier de la Déclaration, célèbre entre tous : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité".

Mais, l’égale dignité entre tous les êtres humains n’engendre pas que des droits. Elle constitue aussi et surtout un appel à l’action, à la vigilance et à la prévention. Reconnaître pour soi une dignité rend chacun redevable envers tous et il ne saurait exister de dignité sans solidarité et fraternité authentiques.

Soixante années après l’adoption de la Déclaration, qu’en est-il du respect fondamental de la dignité et de l’intégrité humaines, ces terreaux des droits de l’Homme ?

Force est de reconnaître qu’à l’heure actuelle une moitié de l’humanité ne bénéficie pas, même minimalement, de la juste considération de son identité et de son statut, en dépit d’avancées internationales notoires dans des domaines aussi fondamentaux que la lutte contre la torture, la condamnation juridique des atteintes faites aux femmes, la reconnaissance des droits des réfugiés ou des migrants.

La pauvreté dont souffrent atrocement des milliards d’individus constitue une violation manifeste des idéaux portés par la Déclaration et une remise en cause de son Article 28 qui énonce : "Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet".

Défendre les idéaux et les missions contenus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, c’est avant tout combattre la pauvreté, ce phénomène tentaculaire dont nous connaissons les causes, enraciné parfois dans le contexte social et culturel.

Cette lutte doit commencer par les préjugés, notamment celui de la dignité humaine perçue comme un simple refuge face aux effets conjugués des discriminations, des exclusions, des inégalités et des injustices. Car, la notion de dignité humaine va bien au-delà. Elle est inconcevable sans le droit à l’éducation, à un logement décent, à l’hygiène. Et elle refuse la résignation et l’impuissance face aux situations vécues comme des fatalités.

Un seul exemple à mettre à nouveau en exergue – celui de la lutte contre l’extrême pauvreté – qui constitue une problématique que l’UNESCO, les organisations non gouvernementales, les décideurs politiques et la société civile doivent considérer comme un premier point de leur ordre du jour. Leur coopération est un élément décisif dans la lutte pour éradiquer la pauvreté et pour assurer un ordre international qui garantisse le respect des droits contenus dans la Déclaration.

Notre devoir de veiller à la mise en oeuvre effective de tous les droits de l’Homme contenus dans la Déclaration est plus que jamais valable. Nous devons concrétiser ce respect pour les droits de l’Homme, qui est à la fois respect de l’autre dans sa différence et respect de soi.

Pierre Sané, sous-directeur général de l’Unesco pour les sciences sociales et humaines. Point de vue publié par Le Courrier de l’Unesco, n°9, Paris, 2008.
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