60e Déclaration


Portrait du philosophe John Locke (1632-1704). Bibliothèque du Congrès américain.

QUE SONT LES DROITS DE L'HOMME

1. D'une aspiration à la reconnaissance légale

2. Comment la question des droits de l'homme a acquis une portée internationale

3. Naissance et évolution des droits de l'homme aux Etats-Unis

4. Les efforts se poursuivent pour garder les droits de l'homme sur le devant de la scène mondiale

[Une série d'articles du Bureau d'information du Département d'Etat américain, mars 2008]

DOCUMENT | LES DROITS DE L'HOMME VUS DES ETATS-UNIS
  1. D'une aspiration à la reconnaissance légale

Cet article, le premier d'une série de quatre, est adapté d'un des chapitres d'une prochaine publication du Département d'Etat américain, Brève histoire des droits de l'homme. Elle se fonde sur l'essai de Jack Donnelly, professeur d'études internationales de l'Université de Denver, intitulé "Que sont les droits de l'homme ?". Cette publication a bénéficié des conseils de Ruth Wedgwood, titulaire de la chaire Edward B. Burling de droit international et de diplomatie de la "Paul H. Nitze School of Advanced International Studies" de l'Université Johns-Hopkins de Baltimnore.

Tout être humain est profondément convaincu qu'il jouit de certains droits, dont ceux d'être libre de toute oppression et de toute cruauté, et de faire des choix raisonnables.

Historiquement, la plupart des sociétés n'ont accordé des droits qu'à quelques rares privilégiés. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle qu'est apparue la notion de "loi naturelle", fondée sur un ordre universel et explicitant ces droits pour tous. Cette notion et la philosophie qui en découle ont eu un impact énorme sur la révolution américaine de 1776 et sur tous les concepts inscrits dans la Constitution, document fondamental qui régit toujours toute la législation américaine.

Toutes les sociétés civilisées tentent de définir et de renforcer les droits de l'homme. L'élément essentiel de ce concept est le même partout : les droits de l'homme sont les droits qui appartiennent à tout être humain simplement parce qu'il est un être humain. Ils sont universels et égaux. Ils sont aussi inaliénables : ils peuvent être suspendus, à tort ou à raison, en certains lieux et en certains temps, mais l'idée de droits intrinsèques ne saurait être niée.

 Evolution du concept 

Historiquement, tous les groupes humains ont toujours eu des notions de justice, d'équité, de dignité et de respect. Mais, avant le début du XVIe siècle, l'idée que tous les êtres humains, simplement parce qu'ils sont humains, possèdent certains droits inaliénables qu'ils peuvent utiliser pour se défendre contre la société et ses dirigeants, n'était défendue que par une minorité de penseurs.

De nombreuses sociétés pré-modernes pensaient que leurs dirigeants devaient gouverner sagement et pour le bien de tous, mais cette obligation leur incombait par droit divin ou par tradition : elle ne reposait pas sur l'idée de droits individuels que tout un chacun pouvait invoquer pour se défendre contre des dirigeants injustes.

On s'entend à reconnaître que la première personne à avoir élaboré une théorie complète des droits de l'homme est le philosophe anglais John Locke (1632-1704)  : selon lui, les individus constituent des sociétés et ces sociétés établissent des gouvernements afin de garantir la jouissance des droits "naturels".

Locke définissait le gouvernement comme un "contrat social" entre les gouvernants et les gouvernés. Il pensait que les citoyens ne sont tenus de prêter allégeance au gouvernement que si celui-ci protège leurs droits fondamentaux. Ces droits doivent même passer avant les besoins et les intérêts du gouvernement. Ce dernier ne peut être légitime que s'il respecte et protège systématiquement les droits de l'homme de ses citoyens.

La théorie de Locke avait cependant des limites car, même s'il parlait en termes d'universalité, il ne prenait pas en compte les droits de tous les individus. En fait, il traitait essentiellement de la protection des droits des propriétaires européens : il ne considérait pas les femmes, les peuples indigènes, les domestiques et les salariés comme des détenteurs de droits à plein titre. Il n'en reste que ses écrits et ceux de ses contemporains représentaient un grand pas en avant.

 Elargissement des droits 

Nombre des grands débats politiques des deux cents dernières années ont tourné autour de l'élargissement des droits protégés, notamment le droit de tous les citoyens de voter, le droit des travailleurs de demander un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail et l'élimination de la discrimination fondée sur la race ou le sexe.

Dans tous ces cas, les groupes lésés se sont servis des droits limités dont ils jouissaient pour demander la reconnaissance légale des droits fondamentaux qui leur étaient refusés. À chaque fois, la substance de leur argument a été : "nous" sommes des êtres humains tout autant que "vous". En tant que tels, nous sommes habilités à jouir des mêmes droits fondamentaux, du même respect et de la même sollicitude de l'Etat que vous. L'acceptation de ces arguments a entraîné de profonds changements sociaux et politiques partout dans le monde.

Et partout dans le monde, les régimes qui niaient les droits fondamentaux de leurs citoyens n'ont pas connu de stabilité politique à long terme. Une des causes importantes de la chute de l'Union soviétique a été le refus croissant des citoyens des pays du bloc communiste d'accepter le déni systématique par leurs gouvernements des droits de l'homme mondialement reconnus. En Amérique centrale et en Amérique du Sud, les régimes militaires répressifs sont tombés tout au long des années 80. En Asie et en Afrique, la libéralisation et la démocratisation ont été moins régulières, mais elles n'en ont pas moins avancé. La Corée du Sud et l'Afrique du Sud offrent des exemples remarquables de progrès en matière de droits de l'homme.

Le passé récent nous enseigne qu'à chaque fois que les individus ont la possibilité de choisir, ils choisissent les droits de l'homme reconnus au plan international. Malgré toutes ses imperfections, nous vivons dans un monde où de moins en moins de gouvernements osent refuser ce libre choix à leurs citoyens.

Source : Bureau des programmes d'information internationale du Département d'Etat américain, Washington, mars 2008.
Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/
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