2000 L'actualité des droits de l'homme dans le monde


Conseil sécurité Onu

Kosovo
16.11.2000 novembre
Le rapport de
B. Kouchner

TPIY
21.11.2000
Le rapport de
C. del Ponte


2001

Novembre 2000, New York, Conseil de sécurité des Nations unies
Bernard Kouchner : il faut accélérer le processus d'autonomie du Kosovo
Le chef de la mission de l’Onu souhaite l’organisation d’élections générales au printemps 2001


| LA DÉCLARATION DE BERNRAD KOUCHNER DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ |

Conseil de sécuritéFaute de pouvoir régler dès à présent le statut définitif du Kosovo, il faudrait accélérer le processus d'attribution d'une autonomie substantielle à la province, a estimé le 16 novembre 2000 devant le Conseil de sécurité le chef de la Mission des Nations unies (MINUK) au Kosovo, Bernard Kouchner.
Après avoir relevé les divergences d'opinion qui séparaient la communauté internationale des habitants albanophones sur l'avenir du Kosovo, les premiers se contentant de l'autonomie de la province, alors que les seconds exigent son indépendance, le représentant spécial de Kofi Annan au Kosovo a proposé la tenue "au printemps 2001" d'élections parlementaires destinées à faciliter la mise en place d'institutions démocratiques dans la province. "Il faut accélérer le processus de l'autonomie, les Kososars devant partager de plus en plus de responsabilité avec l'administration de l'Onu", a-t-il précisé.

B. KouchnerBernard Kouchner a déploré par ailleurs que malgré les progrès considérables réalisés en 17 mois au Kosovo, la guerre n'y était pas terminée et le maintien de la paix y était encore indispensable, car, à son avis, l'ensemble de la société kosovare est encore en crise.

Le maintien de la paix demeure la pierre angulaire de la mise en uvre de la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité, exigeant une patience et une persévérance absolues, a souligné Bernard Kouchner. Les changements en République fédérale de Yougoslavie ont à peine commencé et le Président Kostunica lui-même doit également consolider sa position sur la scène internationale avant que l'on ne puisse prévoir ce qui se passera ensuite. M. Kouchner a estimé qu'en décidant de manière trop hâtive le règlement du statut final du Kosovo, on risque considérablement de revenir à la guerre.

La déclaration de Bernard Kouchner

Bernard Kouchner a souligné que de nombreux progrès ont été faits pour remettre sur pied le Kosovo, l'administrer et construire des institutions démocratiques. Les élections ont été universellement reconnues comme un succès technique mais aussi comme une victoire pour la démocratie naissante au Kosovo. Mais pour apprécier véritablement le succès remporté [le 28 octobre 2000], il faut examiner le contexte dans lequel les élections se sont déroulées et tout ce qui s'est produit au cours des dix-sept derniers mois, a-t-il fait remarquer. Présidant il y a quelques jours la cérémonie de prestation de serment du nouveau Conseil municipal de Pristina, Bernard Kouchner a noté avec satisfaction que la majorité des élus au Conseil municipal de Pristina sont des hommes et des femmes représentant les deux principaux partis politiques albanais du Kosovo, à savoir le LDK, dirigé par Ibrahim Rugova et le PDK d'Hashim Thaci. On y trouve aussi un Bosniaque, un Turc et un Ashkali. Pour l'instant, il n'y a aucun Serbe. Mais à terme, cela changera, a-t-il espéré. Le Conseil s'est réuni pour la première fois afin d'élire un président et d'élaborer son règlement.top

LES ÉLECTIONS MUNICIPALES D'OCTOBRE 2000. En donnant 58% des voix à Ibrahim Rugova, le peuple du Kosovo a montré qu'il préférait la modération et l'expérience. Cela n'a pas empêché Limaj et beaucoup de ses collègues ex-combattants d'être élus; le PDK d'Hashim Thaci et l'AAK de Ramush Haradinaj – deux partis issus de l'ex-Armée de libération du Kosovo - ayant obtenu au total 35% des suffrages. Mais tous se sont engagés à travailler ensemble pour une administration unifiée.

La KFOR et la police de la MINUK ont constaté que le 28 octobre a été la journée la moins violente depuis l'arrivée de la mission l'an passé. La participation a été aussi élevée: 721 000 personnes, soit 79% des inscrits, ont voté. Sur ces suffrages exprimés, moins de 5% étaient nuls et moins de 2% des votants ne figuraient pas sur la liste électorale définitive. De l'avis de Bernard Kouchner, c'est une réussite technique tout à fait remarquable étant donné que les Nations unies ont lancé le processus d'enregistrement sur les listes électorales à partir de zéro dans un endroit où il n'existait aucune liste de votants et où la population n'avait ni expérience des procédures démocratiques, ni même, pour une large partie, de papiers d'identité.

DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES EN 2001. Ces élections municipales permettront de mieux préparer les élections générales de [2001]. Après avoir validé et certifié le résultat des élections pour l'ensemble des trente municipalités du Kosovo, à l'exception de trois autres situées au nord - Leposavic, Zvecan et Zubin Potok - essentiellement à composition serbe, Bernard Kouchner s'apprête à nommer les membres de ces trois Conseils municipaux et pour l'an prochain il prévoit d'y tenir des élections anticipées pour que les Serbes du Kosovo, l'ancien régime de Belgrade en ayant convaincu beaucoup de ne pas s'inscrire sur les listes électorales, puissent rejoindre les structures municipales et en être des acteurs à part entière et sur un pied d'égalité.top

Il a tenu à préciser que les dirigeants serbes du Kosovo semblent aujourd'hui disposés à participer aux nouvelles structures administratives, sont sortis renforcés des changements survenus à Belgrade et ils sont plus ouverts. En outre, il a nommé des membres supplémentaires dans d'autres Conseils municipaux afin que toutes les communautés, y compris les Turcs, les Bosniaques, les Goranis et les Ashkalis, soient représentées. Plus d'une douzaine de partis plus petits et leurs candidats ont aussi obtenu des sièges au sein des Conseils municipaux grâce au système de représentation proportionnelle, et parmi les élus il y a un certain nombre de femmes.

LE KOSOVO DEMEURE UNE SOCIÉTÉ EN CRISE. La détermination des Kosovars à prouver leur aptitude à la démocratie semble découler des conséquences des récents événements de Belgrade, qui ont généré une compétition pour la démocratie entre Belgrade et Pristina. Bien que les Albanais du Kosovo aient accueilli ces événements comme une contribution à la stabilité régionale, ces changements ont accru leurs désirs d'indépendance, ou tout du moins leur détermination à ne plus jamais tomber sous la domination de Belgrade. A présent, ils souhaitent accélérer les étapes suivantes et ont clairement demandé que nous passions sans retard aux élections générales.

Mais que signifie tout cela pour la MINUK et la résolution 1244 du Conseil de sécurité ? Il faut reconnaître que la situation au Kosovo n'a pas changé. La guerre n'est pas finie. Le rétablissement de la paix est toujours nécessaire et difficile à mettre en uvre. En dépit du succès des élections municipales, le Kosovo demeure une société en crise. Les extrémistes qui cherchent à détruire les chances de démocratie au Kosovo sont toujours nombreux, et c'est pourquoi, il faut continuer à maintenir la même vigilance, la même présence militaire et les mêmes engagements économiques pour un certain temps.

DÉFINIR UNE AUTONOMIE SUBSTANTIELLE. Alors où allons-nous à partir de là ? La dernière fois que je me suis adressé à vous, j'ai parlé de mon plan de navigation politique vers une autonomie substantielle, ce que j'ai nommé le Pacte de la société kosovare. Tous nos partenaires à Pristina et à Belgrade sont d'accord, la résolution 1244 du Conseil de sécurité est la seule base de notre travail futur, a indiqué M. Kouchner, tout en précisant que chaque Albanais veut l'indépendance. Ce paradoxe élémentaire signifie que toute tentative pour essayer de résoudre la question du statut définitif du Kosovo pourrait en l'état actuel mener à un nouveau conflit. C'est pourquoi je suis persuadé que nous devons continuer d'appliquer la résolution 1244.

Nous devons à présent accélérer le processus de définition d'une autonomie substantielle et développer des institutions d'autogouvernement, dans lesquelles les Kosovars partageront de plus en plus de responsabilités pour ce qui est d'administrer le Kosovo. Ceci est d'autant plus urgent après les élections municipales qui ont amené des représentants à être démocratiquement élus au niveau local. J'affirme que nous devons agir rapidement pour organiser des élections sur l'ensemble du Kosovo, probablement pour élire un parlement. Je propose que ces élections générales se tiennent au début de l'année prochaine, probablement au printemps.

Source : Département de l'information (DPI), Nations unies, New York, 16 novembre 2000.top