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France, avril-mai 2002 : l'élection présidentielle


Election présidentielle

 La mobilisation contre l’extrême droite 


     6 mai 

OUF"82% pour la République, OUF", s'écrie, en page une, Libération, qui relève que Jacques Chirac est massivement réélu "grâce aux voix de la gauche" et qu'avec 18% Le Pen "arrive bien en dessous de son objectif". Pour Le Figaro, qui salue "l'immense victoire de Chirac", "le plus dur reste à faire": gagner la bataille des élections législatives (5 et 12 juin)

Le Temps, à Genève, titre sur "L'appel du 5 mai" et souligne que le "barrage républicain" contre Jean-Marie Le Pen a fonctionné". Le Monde commente ”la victoire”, la ”réélection triomphale” de Jacques Chirac, dont le ”score historique” a bénéficié de l’apport massif des ”voix de gauche et d’extrême gauche”. Jean-Marie Le Pen, note encore le quotidien, dénonce la campagne de type ”soviétique” de son adversaire et ”appelle à la mobilisation de ses troupes pour les législatives”.

Le président Jacques Chirac réélu [pour 5 ans] président de la République. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, il obtient la majorité absolue des suffrages au second tour par rapport au nombre d'électeurs inscrits: 82,21% des voix (25,5 millions voix sur 31 millions de suffrages exprimés) contre 17,79% pour son adversaire, Jean-Marie Le Pen, qui enregistre une sévère défaite. Le leader du Front national améliore son résultat du premier tour, obtenant 5,5 millions de voix (contre 5,4 au premier tour), mais est très loin d'atteindre l'objectif de 30% qu'il s'était fixé et qui aurait constitué, selon lui, un succès.

Jacques Chirac a bénéficié d'un soutien venant de la quasi totalité de la classe politique, dont toute la gauche et une partie de l'extrême gauche. Cette mobilisation s'est traduite par une participation allant de 79,71%, bien plus élevée qu'au premier tour (71,6%).#

Jacques Chirac, président réélu. "Nous venons de vivre un temps de grave inquiétude pour la Nation. Et ce soir, dans un grand élan, la France a réaffirmé son attachement aux valeurs de la République", ajoutant : "Je salue la France fidèle à elle-même, fidèle à ses grands idéaux, fidèle à sa vocation universelle et humaniste. Je salue la France qui, comme toujours dans les moments difficiles, sait se retrouver sur l'essentiel". / Déclaration à son QG de campagne.

"Ce soir nous célébrons la République, nous la célébrons comme chaque fois dans l'histoire qu'elle a remporté une victoire. Comme toujours face à l'épreuve, la voici debout, fière, fidèle à ses valeurs, présente, forte, rassemblée. Elle a refusé de céder à la tentation de l'intolérance et de la démagogie". / Rassemblement, place de la République à Paris.

Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national. La victoire de Jacques Chirac est "une victoire équivoque, acquise à la méthode soviétique", avec l'appui de "l'ensemble des moyens audiovisuels, radiophoniques, de presse ou d'influence" et mis "au service de la même cause", ajoutant : "Je me félicite en tout cas que le bloc national soit resté solide et qu'il est prêt comme d'habitude au service du pays".

François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste. Qualifiant cette élection de "sans équivoque" et de "référendum pour les valeurs de la démocratie", il estime que "la gauche a fait son devoir et même davantage malgré l'immense déception de ne pas avoir pu porter son candidat au second tour". Pour lui, "la France sort aussi renforcée de l'épreuve" et cette élection confirme "la vitalité de notre démocratie et l'ampleur du sursaut républicain", ajoutant : "La France a retrouvé ses couleurs et le monde a retrouvé la France".

François Bayrou, président de l'Union pour la démocratie française (UDF). L'élection de Jacques Chirac est un "plébiscite pour la République" et "répond à la question de la foi de la France dans ses valeurs républicaines".

Noël Mamère, candidat des Verts. Le scrutin ne traduit "pas tellement la victoire de Jacques Chirac, mais d'abord la victoire de la démocratie".

Plus de 41 millions d'électeurs sont invités à choisir entre Jacques Chirac, 69 ans, et Jean-Marie Le Pen, 73 ans, dans une élection qui a pris l'allure d'un référendum contre l'extrême droite. La gauche, qui dans son ensemble appelle à voter Chirac, présente ce second tour de l'élection présidentielle comme un simple "référendum pour la République".

Le comportement électoral des 11 millions d'abstentionnistes du premier tour et celui des électeurs de gauche, privés, avec l'élimination de Lionel Jospin (16,18 %), de candidat pour la première fois depuis 1969, sont les clefs de ce scrutin où le président sortant Jacques Chirac (19,88 % le 21 avril) est largement favori face à Jean-Marie Le Pen.
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     4 mai 

Nouvel Obs
Le Pen, affiche électorale. 
La campagne du leader du Front National réveille à Alger le souvenir de la torture, note Le Monde, qui souligne que les algériens se souviennent "avec douleur" des actions de Jean-Marie Le Pen, lieutenant du 1er Régiment de parachutistes en 1957, décoré par le général Massu, et considéré comme "tortionnaire". Le quotidien, qui rappelle que le passé de tortionnaire de Jean-Marie Le Pen a déjà été mis en lumière dans une enquête publiée par Libération en février et mars 1985, publie le témoignage de Mohammed Cherif Moulay qui, le 2 mars 1957, alors âgé de 12 ans, a assisté au supplice de son père, Ahmed Moulay, torturé à mort par une unité de parachutistes conduite par le lieutenant Le Pen.

Valéry Giscard d'Estaing qualifie les propositions de Jean-Marie Le Pen sur l'Europe [faire sortir la France de l'Union européenne] de "non-sens" et appelle à voter pour Jacques Chirac. Critiquant le programme électoral du Front national, l'ancien président de la République rappelle que la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui pourrait figurer en préambule de la future Constitution européenne, précise que "toute discrimination fondée sur la nationalité est interdite".

Jean-Marie Le Pen dénonce le "climat totalitaire" de la campagne et l'"opération géante de fraude électorale" qui se prépare selon lui pour le vote du 5 mai. Il invite les journalistes à être "vigilants" sur "les méthodes qui vont être utilisées pour faire échec à la volonté du peuple".

Un "climat totalitaire s'est installé dans ce pays, propice à un véritable viol du peuple", accuse-t-il, en assimilant la campagne à "un déferlement de haine, d'insultes et d'appels à la violence" contre lui et son mouvement. "Je suis ici parce que les Français l'ont décidé, tout le reste est terrorisme, manipulations et mensonges", assure-t-il, lançant à ses électeurs : "Je vous appelle au courage dans la solitude de l'isoloir".

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     2 mai 

Nouvel Obs
Nouvel Observateur, 2 mai 2002. 

Devant plus de 20.000 personnes réunies à Villepinte, près de Paris, Jacques Chirac dénonce les dirigeants de l'extrême droite qui "assument aujourd'hui sans fard, et parfois avec arrogance, un passé de honte, de lâcheté, de compromission et de trahison. L'histoire les a définitivement disqualifiés pour parler au nom de la France". Il rend hommage à "toute la jeunesse de France qui s'est mobilisée pour défendre les valeurs de la démocratie".

A Marseille, devant une faible assistance (quelque 3.000 sympathisants), Jean-Marie Le Pen se dit "victime d'un lynchage médiatique". En dénonçant les "torrents de boue qui se sont déversés" sur le Front national, il assure que sa victoire est "possible". Il accuse Jacques Chirac d'avoir mis au point "un stratagème", une "magouille" pour avoir un duel avec lui et faire éliminer Lionel Jospin du second tour de l'élection.

François Bayrou dénonce à Marseille le programme du Front National comme "un programme de recherche permanente de profanation de tous les idéaux qui fondent la France et la République". Le président de l'UDF dresse la liste des idéaux républicains foulés aux pieds par Jean-Marie Le Pen à travers les mesures qu'il prône: l'idéal européen, l'idéal humaniste, l'idéal social, l'idéal d'intégration, l'idéal de la famille, l'idéal de fraternité, la loi, l'Histoire et la mémoire.

La France dans la rue pour "faire de Le Pen un détail de l'histoire", annonce en une Le Temps, [Genève, 2 mai 2002]. "NON c'est NON, titre Libération, qui relève que "plus d'un million et demi de manifestants" ont défilé dans toute le pays pour faire barrage au Font national de Jean-Marie Le Pen".

"1er mai: la déferlante anti-Le Pen, titre Le Monde, qui souligne qu'à Paris, "ils étaient plus de 400'000 selon la police, 900'000 selon les organisateurs, à défiler dans une ambiance bon enfant de la place de la République à celle de la Nation": "La manifestation constitue l'un des plus grands rassemblements depuis la Libération de Paris en 1944".#

Le Monde : "Paris a dit non. Fermement. Massivement. Pacifiquement. Dans la fête, la joie et le désordre. En musique, en pancartes et en slogans. Le 1er Mai 2002 restera dans l'histoire comme l'un des plus grands rassemblements populaires que la capitale ait jamais connus. Plus de six heures durant, c'est une immense marée humaine qui a déferlé entre la place de la République et celle de la Nation, comme pour balayer la menace lepéniste et tenter d'effacer "l'affront national" subi le 21 avril." Les partis de droite restent silencieux devant cette vague anti-Le Pen. "Il n'est pas dans notre culture de manifester", argue François Fillon, l'un des dirigeants du parti gaulliste (RPR).



     1er mai 

Libé/02.05.02
Libération, une, 2 mai 2002. 

Entre 8'000 et 15'000 personnes selon la police se rassemblent à Paris pour la manifestation du 1er mai organisée par le Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc. Une mobilisation décevante pour Jean-Marie Le Pen, qui dénonce un Jacques Chirac, "parrain des clans", qui "salit l'image de la France" et ne cherche à être réélu que pour "échapper aux juges".

Mobilisation historique à Paris (de 4 à 500'000 personnes), Lyon, Grenoble ou Toulouse, à quatre jours du second tour de l'élection présidentielle. A l'appel d'une soixantaine d'organisations syndicales, d'associations et de partis politiques, près d'un million et demi de personnes manifestent dans tout le pays, à l'occasion de la Journée internationale des travailleurs, pour "dire non à Le Pen".

En province, les manifestations ont rassemblé environ 900'000 personnes dans 114 villes. La plupart des villes ont connu des nombres record de manifestants, selon les pointages de la police: plus de 50 000 personnes à Grenoble ou Lyon, 45 000 à Toulouse, 38 000 à Bordeaux, 35 000 à Rennes, 30 000 à Lille ou Marseille - même si les organisateurs estiment qu'ils étaient bien plus nombreux -, ou 15 000 à Strasbourg.

Le mouvement sportif se mobilise contre Jean-Marie Le Pen. Près de 300 sportifs rendent public un "Appel à tous les sportifs" qui demande d'infliger un "carton rouge à l'extrême droite". "Organisons un marquage strict et dressons une défense infranchissable, peut-on y lire. La meilleure défense, c'est l'attaque! Votons massivement pour la République. Contre-attaquons et marquons des points contre l'extrême droite."#

NON
Affiche, mai 2002. 

A l'initiative de Philippe Fragione, alias Akhenaton, chanteur marseillais du groupe IAM, "atterré par les résultats du premier tour", et du comédien Djamel Debbouze, le comédien Gérard Depardieu, les champions du monde de football Zinédine Zidane et Robert Pires, les chanteurs de Noir Désir, Jean-Jacques Goldman, Kool Shen du groupe NTM, le réalisateur Mathieu Kassovitz ainsi qu'une quinzaine d'autres artistes et sportifs français appellent dans une vidéo, largement diffusée dans le pays, à faire barrage au Front national. "Chacun a réagi avec sa sensibilité. Zinedine Zidane dit avec son coeur que la France est un pays de valeurs et que ces valeurs disparaîtront si l'extrême droite arrive au pouvoir".

Alors que Le Monde salue la révolte civique de la jeunesse ("La montée de l'extrême droite provoque une prise de conscience politique dans les jeunes générations"), l'ancien premier ministre de Chirac, Alain Juppé, rappelle "aux jeunes" que si leur "mouvement de protestation prépare un votre massif contre Le Pen, c'est très bien". Mais, ajoute-t-il, si c'est pour se faire plaisir, en manifestant dans les rues, c'est un peu à coté de la plaque. Les jeunes feraient bien, parfois, de faire leur autocritique. Qu'ils aillent voter !"

NONLa gauche se résout à voter Chirac, écrit Libération. ”Voter Chirac, donc. Une semaine après le cataclysme du 21 avril, toute la gauche s’est résolue à ce qui risque bien d’être la première étape d’un indispensable mais douloureux chemin de croix”.#

A l'appel des deux principaux syndicats lycéens, l'UNL (Union nationale lycéenne) et la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne), du syndicat étudiant UNEF (Union nationale des étudiants de France), des jeunes Verts et du Mouvement des jeunes socialistes, de 40 à 100.000 jeunes (selon les estimations), venus de lycées parisiens et de banlieue, ou des facultés d'Ile-de-France, défilent dans le calme à Paris pour dire "Non au F-haine" ou encore "Révolutionnaire, mais pas suicidaire, le 5 mai, votons Chirac".

Le numéro un de l'équipe de France de football, Zinedine Zidane, appelle à voter au deuxième tour de l'élection présidentielle contre le Front national, "un parti qui ne correspond pas du tout aux valeurs de la France". Pour Jean-Marie Le Pen, Zinedine Zidane se fait "manipuler par des gens qui se servent de sa notoriété": "Sa voix n'a pas plus d'importance que celle du dernier de mes électeurs".

Le président du Medef (les patrons français), Ernest-Antoine Seillère, rappelle, dans une déclaration, les "hautes valeurs des entrepreneurs de France", c'est-à-dire "respect de la personne humaine, liberté, responsabilité, égalité des chances, non-discrimination, tolérance […], démocratie, république". "Elles guideront, affirme le Medef, chaque entrepreneur appelé à accomplir son devoir d'électeur". Usant de "son droit d'ingérence dans le débat public", le Medef prévient : " Le programme présenté par le Front national [] provoquerait une régression économique profonde, une montée forte du chômage, une crise financière sans précédent".

Les responsables de l'enseignement catholique rendent public un message rappelant "l'attachement de l'enseignement catholique à la promotion d'une école de toutes les intelligences, ouverte à tous sans aucune discrimination et lieu de rencontre des autres, de respect des différences, de fraternité, de construction de la citoyenneté".

"L'école catholique, parce qu'elle est école de la République associée à l'Etat, appelle ses membres à participer au débat public et à refuser les idéologies qui dénaturent à la fois les valeurs démocratiques et le message évangélique".

La ligue des droits de l'homme s'engage contre Le Pen - et diffuse une pétition appelant au vote Chirac pour faire du scrutin du 5 mai un référendum pour la démocratie.

NON
Affiche, Paris.  

10.000 manifestants se rassemblent sur la place du Panthéon à Paris sur le thème "J'aime la République", à l'appel de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) et de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). "Ici devant le Panthéon où reposent ces grands hommes auxquels la France doit tant, nous devons nous dresser pour dire non", déclare le président de la LICRA, Patrick Gaubert, évoquant René Cassin, auteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme, André Malraux et les combats contre le fascisme espagnol, ou encore Victor Hugo, Emile Zola et le capitaine Alfred Dreyfus.

"Pas une voix juive ne doit aller à Jean-Marie Le Pen. Face à l'héritier du régime de Vichy, nous appelons à voter pour l'homme du discours du Vel'd'Hiv' [Jacques Chirac]", déclare Serge Klarsfeld, président de l'association des Fils et filles de déportés juifs de France. Soheib Ben-cheikh, mufti de Marseille, appelle lui aussi à voter Chirac : "Le juif de France est pour le musulman un baromètre. Il connaît mieux que nous en Occident ce qu'est la cruauté du fascisme".

"Pour dire non à Le Pen", plus de cent associations et des représentants des arts et de la culture se retrouvent en début de soirée au Zénith à Paris. En ouvrant ce rassemblement devant 5.000 personnes, le directeur général de l'orchestre de Paris, Georges-François Hirsch, appelle à voter Jacques Chirac au second tour.

Patrice Chéreau, Roger Hanin, Pascal Obispo, Coline Serreau, Daniel Toscan du Plantier, Marcel Bluwal, Viviane Forrester, Jean-Claude Casadesus, Elie Semoun, Jane Birkin et des dizaines d'autres chanteurs, acteurs et cinéastes assistent à ce meeting où alternent musique (Sapho, Zebda, Didier Lockwood, Manu Dibango et Ray Lema, Thomas Fersen) et prises de parole.

La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) appelle à voter "contre Le Pen" au second tour de la présidentielle. De son côté, Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière (LO), se prononce en faveur du "vote blanc ou nul", car elle ne croit pas que Jacques Chirac "soit un rempart contre les idées de Le Pen".

Le ministre de l'Education nationale Jack Lang (PS) souhaite "de tout son coeur" que le 5 mai "nous soyons le plus nombreux possible à dire non à Le Pen" et "non pas à ses électeurs qui souffrent d'un sentiment d'abandon": "L'ensemble de nos concitoyens, quelles que soient leurs convictions politiques, doit offrir au monde et à nous-mêmes un raz-de-marée républicain, ce qui est une nécessité dans ce moment de doute".
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     27 avril 

The EconomistLe Pen invite ses troupes à défiler le 1er mai à Paris avec une "extrême vigilance" contre les provocations". "Soyez comme votre président, toujours rebelle. Ne vous laissez pas avoir par ce système totalement corrompu, sclérosé, impotent, impuissant en même temps qu'omnipotent".

Une cinquantaine d'associations (Droit au logement, Attac, Fédération internationale des droits de l'homme, Motivé-e-s, SOS-racisme, etc.), d'organisations étudiantes et lycéennes (UNEF, FIDL, UNL), de syndicats (CGT, UNSA, SUD), de partis politiques (PCF, LCR, les Verts), appellent à manifester "pour l'égalité des droits et la démocratie, contre le racisme et l'antisémitisme, contre l'extrême droite et pour faire battre Le Pen". Plus de 200'000 personnes descendent dans les rues des principales villes du pays.

     26 avril 

Le Premier ministre Lionel Jospin, battu au premier tour de l'élection présidentielle, demande aux Français "d'exprimer par leur vote à l'élection présidentielle leur refus de l'extrême droite et du danger qu'elle représente pour notre pays et ceux qui y vivent". "Soucieux de l'avenir de la France et des fondements de notre démocratie", Lionel Jospin se déclare "sans illusion sur le choix qui se présente à nos concitoyens le 5 mai".

Le ministre des relations avec le Parlement, Jean-Jacques Queyranne, dénonce la présence aux côté de Jacques Chirac, lors du meeting de Lyon, de Jacques Blanc, Jean-Pierre Soisson et Charles million, qui, en 1968, avaient accepté les voix du Front national pour garder la présidence des régions.

Les joueurs de l'équipe de France du rugby [gagnante du premier grand schelem de l'histoire du Tournoi des six nations, début avril], "immigrés de première, deuxième ou troisième génération pour 13 d'entre eux", prennent position contre l'extrême droite et se disent "fiers d'offrir le grand chelem 2002 au pays des droits de l'homme".

    25 avril 

La mobilisation lancée en réaction à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle s'amplifie. Plus de 300'000 personnes - lycéens et étudiants essentiellement - manifestent dans de nombreuses villes de France, criant leur "honte", leur refus du "F.haine". Lundi 22, quelque 100.000 personnes avaient manifesté, mardi 23, ils étaient 90.000 et mercredi 240.000.
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Les jeunes manifestants, note l’AFP, ont diversifié leurs slogans. Au traditionnel "Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés" ont succédé des mots d'ordre comme "Réfléchissez, votez, c'est peut-être la dernière fois" ou encore "Veni, vidi, Vichy ?".

Meeting de Jacques Chirac à Lyon : "Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est le respect des valeurs qui sont au cur de notre pacte républicain. C'est notre capacité à résister aux fausses évidences de la démagogie. C'est notre volonté de nous rassembler autour de l'essentiel, notre aptitude à trouver les voies d'une action responsable au service de l'intérêt national.

"Ce qui est en cause, c'est aussi l'image que nous donnons de nous-mêmes en Europe et dans le monde. C'est la capacité de la France à faire entendre la voix de la paix, de la tolérance, de la démocratie et des droits de l'homme. C'est l'honneur de notre grande nation. C'est la vocation que tant de peuples lui reconnaissent."

     24 avril 

Venu à Bruxelles expliquer comment la France sortirait de l'Union européenne s'il était élu à la présidence de la République, Jean-Marie Le Pen, lui-même député européen, accueilli dans l'hémicycle par des centaines d'affichettes disant Non.

La présence du président du Front national (FN), Jean-Marie Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle provoque de nombreuses manifestations de protestation à Paris et dans toute la France. Un peu partout, des dizaines de milliers de jeunes, lycéens et étudiants, défilent spontanément contre le FN. Les syndicats se mobilisent "pour un 1er mai de résistance".#

ChiracEn meeting à Rennes, le président-candidat Chirac refuse de "transiger" avec le Front national. "Face à l’intolérance et à la haine, il n’y a pas de débat possible. La République ne transige pas quand il en va de l'essentiel, quand il en va de l'esprit et du cœur de notre pays. La République ne transige pas quand l'âme du peuple français est en question."

Jacques Chirac refuse de débattre à la télévision avec Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle. Jean-Marie Le Pen qualifie ce refus de ”pitoyable dérobade”.

L'Eglise catholique rejette le Front national sans appeler à voter Chirac. Dans le département de l'Aisne, où le FN arrive en tête avec 21% des voix, Mgr Marcel Herriot, évêque, "invite les gens à voter dans le secret de leur conscience, mais l'Evangile n'est pas neutre. Dans certaines situations, il faut savoir dire non" [En 1996, Mgr Herriot avait condamné "les thèses xénophobes" du FN. Jean-Marie Le Pen l'avait alors qualifié d'"évêque franc-maçon"].

Pour leur part, les institutions protestantes affirment "faire confiance au choix républicain [des Français], à leur capacité à se mobiliser pour redonner vie à notre démocratie, à rendre à [la France] sa dimension de fraternité et d'ouverture".

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) appelle à voter en faveur de Jacques Chirac, le 5 mai : "L'attachement inébranlable du Crif aux valeurs fondamentales de la République et à celles du judaïsme lui impose d'appeler l'ensemble des démocrates de [France] à tout mettre en uvre pour faire barrage à l'extrême droite", affirme l'institution représentative du judaïsme, qui donne pour la première fois une consigne de vote.

     21 avril 

JospinLe président de la République sortant, Jacques Chirac, affrontera, au second tour de l'élection présidentielle le 5 mai, le leader du Front National Jean-Marie Le Pen. Le candidat socialiste, Lionel Jospin, arrivé en troisième position au premier tour, est éliminé. Jacques Chirac recueille 19,67% des voix; suivent Jean-Marie Le Pen avec 17,02% des voix, puis Lionel Jospin avec 16,07%.

Pour Lionel Jospin, premier ministre sortant, le score de l'extrême droite est "un signe très inquiétant pour la France et notre démocratie". Pour sa part, Jacques Chirac appelle les Français à se rassembler dans un "sursaut démocratique", "pour défendre les droits de l'homme, pour garantir la cohésion de la Nation, pour affirmer l'unité de la République, pour restaurer l'autorité de l'Etat".

Extraits de la déclaration prononcée par Jean-Marie Le Pen, à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle, au siège du Front national (FN).

"J'appelle les Françaises et les Français, quelles que soient leur race, leur religion ou leur condition sociale, à se rallier à cette chance historique de redressement national. […] Je les appelle à ne pas se laisser manipuler par les vieux trucs des politiciens qui veulent conserver leur petite boutique. Je suis socialement à gauche, économiquement à droite et plus que jamais, nationalement de France."

[Le pivot du ”programme du Front national est ”la préférence nationale”, une notion discriminatoire entre les Français et ressortissants étrangers dans tous les secteurs (travail, logement, sécurité sociale, prestations, etc.), le retour des immigrés (illégaux, condamnés par la justice, fins de contrats, etc.) dans leur pays d’origine, le remplacement de la prévention par une politique de répression… / Le Monde, 27 avril 2002.]#