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AVRIL- MAI 2003 / LA "RECONSTRUCTION" DE LIRAK
__Une "cour spéciale" pour juger les dignitaires de lancien régime ?
| Les personnalités irakiennes recherchées par
les Etats-Unis - les 55 dignitaires du régime de Saddam
Hussein figurant sur le jeu de cartes distribué
par le Pentagone -, seront jugés par une "cour spéciale",
fonctionnant "dans le cadre du système irakien".
Selon le haut conseiller du ministère irakien de la justice,
l'Américain Clint Williamson, la loi irakienne reste
en application, sauf pour les dispositions contraires aux conventions
internationales telles que le "crime d'insulte au président"
Saddam Hussein. |
Les Américains détiennent plus d'une trentaine
des 55 personnalités de l'ancien régime recherchées,
dont l'ancien vice-premier ministre irakien, Tarek Aziz,
67 ans, qui s'est rendu aux forces américaines le 24 avril.
L'une d'entre elles, Ali Hassan Al-Majid [dit "Ali
le chimique"], aurait été tué dans un
bombardement. Le sort de Saddam Hussein est incertain : il a pu
être tué lors du premier bombardement de la guerre
ou "au minimum" gravement blessé
Robert Badinter Qui les jugera ?
Les troupes américaines et britanniques ont fait quelque
7'300 prisonniers de guerre, regroupés dans un camp
à proximité d'Oum Qasr, dans le sud de l'Irak. Ces
prisonniers ne seraient plus aujourd'hui qu'environ 3'000.
Des juristes irakiens discutent d'un "projet de justice transitionnelle"
Un groupe d'une vingtaine de juristes et d'avocats irakiens,
parmi lesquels Tarek Ali Al-Saleh, président de
l'Association des juristes irakiens, et Fadil Ibrahim Al-Ezzi,
président de la Cour de cassation, a proposé, le
15 mai 2003, à Bagdad, un "projet de justice
transitionnelle en Irak".
Ce projet a pour but de "passer de la situation de confusion
et de chaos laissée par le régime dictatorial [...]
à un régime démocratique pluraliste".
Il définit la responsabilité de Saddam Hussein et
de ses proches "dans les crimes commis, conformément
au code pénal irakien", et préconise de limiter
les poursuites dans un premier temps au président déchu
et à son proche entourage.
Il délimite à trois les catégories de "crimes commis par Saddam Hussein et les autres responsables" : les crimes internationaux soumis au Code pénal international, les crimes tombant sous le code pénal irakien et les délits et infractions tombant sous ce même code. Selon le projet, les membres de l'ancien régime pourraient être jugés par un tribunal pénal international (TPI), une cour mixte formée de juges irakiens et internationaux, ou un tribunal irakien.
La crise irakienne et la justice
Plusieurs associations de juristes, tant américaines
que britanniques, ont annoncé leur intention de saisir
la justice internationale des crimes de guerre qui auraient pu
être commis en Irak, tant par le régime de Saddam
Hussein que par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. "Ce
ne sont pas simplement les présumés crimes irakiens
qui doivent faire l'objet d'enquêtes, mais aussi ceux des
Etats-Unis et de leurs alliés", a déclaré,
le 15 avril 2003, Michael Ratner, le président
de l'organisation non gouvernementale américaine : Centre
pour les droits constitutionnels. "Les Conventions de
Genève ne concernent pas qu'un seul camp. La justice des
vainqueurs n'est pas un principe accepté d'un point de
vue juridique".
La presse internationale, dont le quotidien Le
Temps, à Genève, s'est émue des atrocités
de la "sale guerre" menée par la coalition anglo-américaine.
En violations des Conventions de Genève, écrit Le
Temps, les Américains ont "nettoyé" des
traces de combat en enterrant à la va-vite, en contrebas
de l'autoroute qui relie le centre de Bagdad à l'ex-aéroport
international Saddam, des dizaines, voire des centaines, de victimes
irakiennes, sans sépulture et sans identification d'aucune
sorte.
"Plus de deux semaines après la chute du régime
de Saddam Hussein, des corps gisent sans sépulture, sans
identification, sans rien pour protéger leurs dépouilles
des pillards ou des charognards. Des corps probablement jetés
pêle-mêle par les troupes américaines, qui
pourrissent en violation totale des Conventions de Genève
et de leur Protocole additionnel de 1997 qui demandent aux parties
en conflit "de veiller à ce que les morts soient enterrés
honorablement". Le Temps, 25 avril 2003.
L'association Trial, à Genève,
dénonce l'utilisation de bombes à fragmentation
au sud de Bagdad, dans la région de Hilla, le 31
mars 2003. Pour Trial, il ne fait aucun doute que l'utilisation
de bombes à fragmentation dans des zones peuplées
est une infraction grave aux Conventions de Genève, constitutive
de crime de guerre.
A Hilla, des dizaines de civils sont morts après
le largage de bombes à fragmentation sur des zones densément
peuplées, notamment le quartier de Nader, peuplé
de cultivateurs et de gens modestes et dans le bourg d'al-Amira,
à al-Hindiya et al-Khalis. Des véhicules ont été
déchiquetés, parmi lesquels des ambulances. Tous
les médecins parlent de bombes à fragmentation qui
perforent et provoquent des amputations. De multiples bombes à
fragmentation ont encore été larguées sur
des zones peuplées, note encore Trial
Le droit humanitaire n'interdit pas explicitement l'utilisation
de bombes à fragmentation - contrairement par exemple à
l'emploi d'armes chimiques ou de lasers aveuglants. Toutefois,
il interdit les attaques qui frappent les populations civiles
et les objectifs militaires sans faire de distinction.
L'avocat Jan Fermon a déposé,
le 14 mai 2003, à Bruxelles, devant le parquet fédéral
belge, une plainte pour crimes de guerre contre le général
américain Tommy Franks. La plainte, déposée
au nom de 17 Irakiens et de la veuve et du père du correspondant
jordanien de la chaîne de télévision Al-Jazira
tué le 8 avril lors d'un bombardement américain
à Bagdad, s'appuie sur la loi belge dite de "compétence
universelle".
"En tant que commandant en chef, le général
Franks est responsable de la manière dont ses hommes ont
agi", a déclaré Me Fermon. La plainte
vise aussi un responsable des marines, Brian McCoy, qui,
selon des témoins, aurait désigné les ambulances
comme des "cibles légitimes", car susceptibles
de cacher des hommes en armes. Les Etats-Unis ont demandé
à la Belgique de "prendre les mesures nécessaires
pour rejeter cette plainte [...] grotesque".
[La Belgique a décidé, le 20 mai, de renvoyer
aux autorités américaines la plainte en vertu d'un
aménagement récent de la loi qui lui confère
le pouvoir de transmettre directement de telles affaires à
la justice du pays d'origine de la personne mise en cause. Le
gouvernement a estimé qu'il s'agissait d'un "abus
politique" de la loi de compétence universelle.]
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