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>  Le conflit irakien



Colin Powell

NOVEMBRE 2003 / LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE
__Colin Powell : Nous devons maintenir le cap en Afghanistan et en Irak


Il y a deux ans, les Etats-Unis sont allés en Afghanistan pour vaincre les criminels d'Al-Qaida qui avaient détruit le World Trade Center, laissant un trou béant au cur de New York. Nous y sommes allés pour faire tomber le régime despotique des talibans qui avait offert un sanctuaire à Al-Qaida et permis que leur pays devienne une plaque tournante et meurtrière du terrorisme mondial.

Cet horrible régime n'existe plus et les membres d'Al-Qaida sont en fuite ou se cachent. A la tête d'un nouveau gouvernement, le président afghan Hamid Karzaï, un homme de talent exceptionnel, s'est mis au travail. Ce gouvernement élabore un nouveau système politique basé sur les fondements de la démocratie.

La société afghane restera ancrée dans la religion, mais elle permettra la participation de tous à la vie civile, y compris des femmes, surtout des femmes.

Les Afghans viennent juste de terminer la rédaction d'un projet de Constitution. Elle sera votée plus tard dans l'année et conduira à la tenue d'élections l'année prochaine. L'économie afghane commence à rebondir. Des centaines de milliers de réfugiés sont rentrés chez eux. Les infrastructures du pays sont en voie de reconstruction. La communauté internationale accélère l'envoi de son soutien financier pour aider le peuple afghan à reconstruire son pays. Tout danger n'est pas écarté en Afghanistan. Certains talibans voudraient pouvoir revenir au passé.

Ils ne veulent pas voir leur pays progresser. Quelques chefs régionaux résistent encore au gouvernement central. Nous traiterons avec eux et il leur faudra apprendre que l'Afghanistan va de l'avant. Beaucoup reste à faire, et pourtant tant a été fait pendant les deux années passées, depuis que les Etats-Unis ont commencé d'aider le président Karzaï et son peuple.

Des dizaines de pays sont nos partenaires dans ce travail vital. L'OTAN a repris à son compte la sécurisation de Kaboul, la capitale afghane. D'autres pays ont envoyé des troupes pour se joindre aux soldats américains pour sécuriser les campagnes. Les Nations unies ont joué un rôle clé. L'Afghanistan est un parfait exemple du travail d'équipe que peut accomplir la communauté internationale.#

Cependant, la présence de soldats américains constitue la colonne vertébrale de l'effort militaire. Des milliers de jeunes hommes et femmes se distinguent au service de leur pays. Ils servent avec un objectif : apporter la liberté et la paix à ceux qui ne les connaissent plus depuis des décennies.

En Irak, plus de 130'000 soldats américains servent avec un même dévouement. Un autre régime despotique est tombé. Saddam Hussein, avec sa bande d'assassins, avait gazé son propre peuple. J'ai pu voir certains des charniers emplis de ses victimes et j'ai vu certaines des personnes qu'il a torturées et mutilées.

Saddam a envahi ses voisins; il les a également gazés. Il s'est associé à des terroristes; lui-même est un terroriste. Il a gaspillé les richesses de son pays pendant plus de trente-cinq ans pour s'acheter des palais et des armes. Il était une menace pour la région. Il était une menace pour le monde. L'ONU l'avait averti pendant douze ans, en vain.

Le président Bush n'est pas resté aveugle à la menace et il a agi; il l'a fait en coopération avec plus de trente pays.

Il reste encore des fidèles de l'ancien régime qui doivent être vaincus. Ils attaquent régulièrement nos troupes. Des troupes qui sont là pour ramener la paix à un peuple qui veut cette paix désespérément. Les Irakiens veulent avoir une chance de reconstruire leur pays - un pays qui sera fondé sur la démocratie; un pays désireux de vivre en paix avec ses voisins. L'issue en Irak ne fait aucun doute. La défaite des derniers fidèles du régime de Saddam est certaine. De même que la défaite des terroristes étrangers qui viennent en Irak pour y apporter leur haine et leur peur du progrès et les déversent sur les Irakiens et ceux qui sont là pour les aider. Nous les trouverons où qu'ils se cachent et nous détruirons leur réseau.

Ce faisant, nous progressons. L'Autorité provisoire de la coalition, sous la direction de Paul Bremer, travaille avec le Conseil gouvernemental irakien afin de construire une démocratie. Les fondations pour l'élaboration d'une nouvelle Constitution ont été établies. Les Irakiens sont progressivement en charge de la sécurité. Des conseils démocratiques sont mis en place dans les villes. Et nous travaillons aussi rapidement que possible afin de préparer les Irakiens à reprendre la souveraineté de leur pays.

La résolution 1511 des Nations unies soutenant notre action a été votée à l'unanimité par le Conseil de sécurité en octobre. Les 20 milliards de dollars supplémentaires alloués par le Congrès et les 13 milliards souscrits lors de la conférence de Madrid démontrent que la communauté internationale, si divisée à propos de l'entrée en guerre, commence à se rassembler pour construire la paix. Les choses sont comme elles doivent être. Au final, le nouveau gouvernement irakien devra être acceptable pour les Irakiens eux-mêmes, pour leurs voisins et pour toute la communauté internationale.

Il n'y a pas de doute : nous sommes mis à l'épreuve en Irak. On nous teste politiquement et militairement. C'est un test que nous devons gagner, que nous allons gagner. S'il est une chose dont je suis sûr, c'est bien celle-là.

L'Afghanistan et l'Irak sont deux théâtres d'opérations dans la guerre contre le terrorisme. Au nom des valeurs que notre civilisation vénère, et au nom de notre propre sécurité, nous devons avoir la patience et la détermination de persévérer, prêts à payer le prix qu'il faut, tout en ayant la certitude que nous faisons ce qui est juste.

L'Histoire jugera et nous avons confiance dans son verdict.

Colin Powell est le secrétaire d'Etat américain. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par les services de l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Point de vue paru dans l'édition du 19 novembre 2003 du quotidien Le Monde, Paris.
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