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30 AVRIL 2003, NEW YORK / CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES
Je voudrais tout d'abord vous remercier, Monsieur le Président, ainsi que votre gouvernement, d'avoir pris l'initiative de ce débat sur les enseignements à tirer de l'expérience des Nations unies dans les situations de conflit et d'après conflit qui se sont produites antérieurement. Comme les membres le savent fort bien, l'ONU a pris part à un vaste éventail d'activités dans ce domaine, allant de la négociation de règlements politiques à des efforts approfondis de reconstruction institutionnelle, notamment la création d'un nouvel Etat. L'examen de ces expériences passées nous permet de savoir ce que nous avons bien réussi et ce que nous avons moins bien fait, et peut peut-être, dans certains cas, nous permettre d'en cerner les raisons. Les engagements de la communauté internationaleMais ce qui ressort de l'examen de l'engagement de la communauté internationale dans les pays touchés par des conflits, c'est qu'une seule et même approche n'a jamais été adoptée à deux reprises, dans la mesure où deux conflits ou deux situations de conflit ne sont jamais identiques. Même les quatre cas les plus récents - Afghanistan, Kosovo, Timor-Oriental et Sierra Leone - sont très différents les uns des autres pour ce qui est des causes et des effets des conflits, de la participation antérieure de l'ONU, du contexte politique et juridique régissant la réponse de la communauté internationale, et de l'effectif même des populations et des territoires touchés. Par conséquent, l'un des enseignements les plus importants,
lorsqu'il s'agit de planifier l'engagement de la communauté
internationale dans une situation nouvelle - telle que celle
que nous connaissons maintenant en Irak - c'est la nécessité,
premièrement, de parvenir à une vision commune des
traits distinctifs de la crise en question afin d'adapter en fonction
la forme de nos réponses. Nous devons faire fond sur nos
expériences précédentes pour que notre réponse
soit la mieux adaptée possible, tout en n'excluant pas
qu'il faudra peut-être trouver des méthodes ou des
formes d'assistance totalement nouvelles. Cela signifie que nous devons commencer par nous poser quelques questions fondamentales telles que: les parties au conflit sont-elles désireuses ou reconnaissantes d'une intervention de la communauté internationale, et si oui à quelle fin? La communauté internationale est-elle en mesure et a-t-elle la volonté politique de fournir les ressources financières et humaines voulues et de maintenir son engagement suffisamment longtemps pour en garantir le succès? Quelles sont les conditions préalables à l'instauration d'une paix durable auto-entretenue? Quels sont les besoins à satisfaire et dans quel ordre de priorité? À quel rythme le processus doit-il avancer? Aider la population d'un pays à s'autonomiserQuelques enseignements précis ressortent des cas récents : la confiance des parties et de la population peut être fragile et ne saurait être considérée comme gagnée d'avance : leur assentiment doit être cultivé et protégé. Le rôle de la communauté internationale n'est pas de régler tous les problèmes d'un pays mais d'aider sa population à s'autonomiser. Il faut fixer des priorités, à commencer par les besoins humanitaires essentiels de la population, au nombre desquels se trouve la nécessité d'assurer des conditions élémentaires de sécurité, de primauté du droit et d'ordre public. Lorsque ces besoins sont satisfaits, instaurer ensuite les conditions propices à la mise en place et au développement de processus politiques viables - par l'encouragement, notamment, de la réconciliation, de la bonne gouvernance, de la primauté du droit, du respect des droits de l'homme et des dispositifs provisoires en vue d'assurer la justice - devient du même coup plus facile. Toutes décisions concernant la réforme des grandes institutions de l'Etat et des appareils juridiques et politiques, pour être viables à long terme, doivent être prises par les gens du pays eux-mêmes. Ce type de processus ne peut réussir que si tous les principaux groupes du pays ou du territoire y prennent part, s'ils ont le sentiment qu'il leur appartient et s'ils ne le perçoivent pas comme lié à une issue décidée d'avance. La progression du processus ainsi que l'ordre séquentiel
et temporel de ses différentes phases sont également
essentielles à son succès. Il faut tenir compte
des conditions politiques et socioéconomiques du pays et
de ses conditions de sécurité, ainsi que du degré
de soutien sur lequel on peut réalistement compter de la
part des membres intéressés de la communauté
internationale. Procéder trop lentement risquerait de casser
l'élan acquis et d'alimenter les frustrations, mais aller
trop vite peut être tout aussi pernicieux, si l'on prend
des décisions hâtives, sur les effets desquelles
il serait difficile de revenir. L'aspect régional est une dimension à laquelle il convient de s'intéresser au plus tôt et à long terme. Et enfin, il existe une corrélation directe entre les succès remportés par l'ONU et l'unité du Conseil de sécurité - et entre les revers de l'ONU et les divisions au sein des membres du Conseil concernant la stratégie à suivre. Le Conseil doit être uni pour fixer les objectifs globaux de l'aide internationale et répartir clairement les tâches et il doit garder cette unité pour pouvoir apporter un soutien politique vigoureux tant dans les périodes cahoteuses où les progrès sont remis en question qu'une fois passée la phase aiguë du conflit et que l'attention des médias du monde s'est détournée vers d'autres sujets. Irak : retrouver une communauté de vues dans la phase d'après guerre
Dans le cas de l'Irak - auquel nous pensons tous, bien sûr, en ce moment - le Conseil a l'occasion maintenant de laisser derrière lui les désaccords passés et de retrouver une communauté de vues dans la phase d'après guerre. Ces décisions ne seront pas faciles. Mais elles ne devraient
pas être impossibles pourvu que l'on garde dûment
en tête un certain nombre de principes communs. Lorsque
le Conseil en discutera, j'exhorte ses membres à laisser
de côté les dissensions passées et à
se demander ce qui aidera au mieux la population irakienne. Les
intérêts de celle-ci doivent être prioritaires.
L'objectif absolu est de permettre à la population irakienne
de prendre en mains sa propre destinée. Je suis convaincu que tous les membres du Conseil conviendront que la souveraineté implique l'indépendance politique et que pour définir lui-même son avenir politique, le peuple irakien doit être libre de choisir son propre système de gouvernement et ses propres dirigeants politiques. Ce qu'il faut, c'est un processus impartial, représentatif et transparent permettant aux Iraquiens de choisir eux-mêmes une autorité politique irakienne crédible et légitime, à laquelle la souveraineté puisse être rendue. Je veux croire que les membres conviennent tous de la nécessité de mettre fin à l'isolement de l'Irak et d'aider la population iraquienne, le plus vite possible, à mettre en place les conditions du retour à la normale. Au cours des semaines à venir, le Conseil aura d'importantes décisions à prendre sur les mandats existants de l'ONU dans le cadre de cette nouvelle situation - notamment sur les sanctions, le programme " pétrole contre nourriture " et l'inspection des armes. Au-delà, les membres devront examiner comment la communauté internationale peut au mieux aider les Irakiens à reconstruire leur pays - et quel rôle l'ONU pourrait jouer pour appuyer cet effort et aider l'Irak à recouvrer sa souveraineté. J'espère que je peux compter sur eux pour que, quel que soit le mandat confié par le Conseil à l'ONU, ce mandat soit clair, cohérent et assorti des ressources nécessaires. En à peine plus de 20 ans, le peuple irakien a traversé trois guerres et plus de 10 ans de sévères sanctions de l'ONU. Laissons tous derrière nous nos désaccords passés, demandons ce qui sera le plus utile au peuple irakien et agissons en conséquence. |