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> Le conflit irakien |
19 MARS 2003, NATIONS UNIES, NEW YORK / LA CRISE IRAKIENNE Voici un extrait de l'intervention de Dominique de Villepin ministre français des affaires étrangères, devant le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies, le 19 mars 2003. Ne nous y trompons pas : le choix est bien entre deux visions du monde. A ceux qui choisissent le recours à la force et pensent pouvoir résoudre la complexité du monde par une action rapide et préventive, nous opposons l'action déterminée dans la durée. Car aujourd'hui, pour assurer notre sécurité, il faut prendre en compte à la fois la multiplicité des crises et leurs nombreuses facettes, y compris culturelles et religieuses. Rien de durable dans les relations internationales ne peut donc se bâtir sans dialogue et sans respect de l'autre, sans exigence et fidélité aux principes, et plus encore pour les démocraties, qui doivent donner l'exemple. L'ignorer, c'est prendre le risque de l'incompréhension, de la radicalisation, de l'engrenage de la violence. A ceux qui espèrent éliminer les dangers de la prolifération à travers l'intervention armée en Irak, je veux dire que nous regrettons qu'ils se privent d'un outil essentiel pour d'autres crises du même type. La crise irakienne nous a permis d'élaborer un instrument, à travers le régime des inspections, qui est sans précédent et peut avoir valeur d'exemple. Pourquoi, sur cette base, ne pas envisager la création d'une structure originale et permanente, d'un corps du désarmement relevant des Nations unies ? A ceux qui pensent qu'à travers le cas de l'Irak, sera éradiqué le fléau du terrorisme, nous disons qu'ils prennent le risque de manquer leur objectif. L'irruption de la force dans cette zone si instable ne peut en outre qu'accroître les tensions, les fractures dont se nourrissent les terroristes. [...] Les Nations unies doivent rester mobilisées en Irak. Nous avons ensemble des devoirs à assumer. Tout d'abord, celui de panser les blessures, les blessures de la guerre. Cet impératif doit prévaloir sur nos divergences [...]. Il y a ensuite la nécessité de construire la paix. Aucun pays n'a, à lui seul, les moyens de bâtir l'avenir de l'Irak. Surtout, aucun Etat ne peut revendiquer la légitimité nécessaire. C'est bien des Nations unies, et d'elles seules, que peut venir l'autorité légale et morale d'une telle entreprise. Deux principes doivent inspirer notre action : le respect de l'unité et de l'intégrité territoriale de l'Irak ; la préservation de sa souveraineté. De même, c'est aux Nations unies qu'il appartiendra de préciser le cadre de la reconstruction économique du pays [...]. Notre mobilisation doit aussi s'étendre aux autres menaces qu'il nous faut affronter ensemble. [...] Approfondissons notre combat contre le terrorisme [...]. Donnons une nouvelle impulsion à la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. La France a déjà proposé que nos chefs d'Etat et de gouvernement se réunissent en marge de la prochaine Assemblée générale pour définir les nouvelles priorités de notre action. Reprenons l'initiative dans les conflits régionaux, je pense en particulier au conflit israélo-palestinien. Ne nous résignons pas à l'irréparable. Dans un monde où la menace est asymétrique, où le faible défie le fort, le pouvoir de conviction, la capacité de convaincre, la faculté de faire évoluer les esprits, comptent autant que le nombre de divisions militaires. Ils ne les remplacent pas. Mais ils sont les auxiliaires indispensables du rayonnement d'un Etat. Face à ce nouveau monde, il est impératif que l'action de la communauté internationale soit guidée par des principes. D'abord le respect du droit. Clé de voûte de l'ordre international, il doit s'appliquer en toutes circonstances, mais encore plus lorsqu'il s'agit de prendre la décision la plus grave : le recours à la force. A cette condition seulement, la force peut être légitime. A cette condition seulement, elle peut ramener l'ordre et la paix [...]. Enfin, l'esprit de dialogue et de tolérance. Jamais les peuples du monde n'ont aspiré avec autant de force au respect. Nous devons entendre leur appel. Nous le voyons bien, jamais les Nations unies n'ont été
si nécessaires. |