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>  Le conflit irakien

12 AVRIL 2003, LE CAIRE / LE CONFLIT IRAKIEN
__Dominique de Villepin : "Les peuples de la région et la communauté internationale doivent se mobiliser pour qu'un Irak uni, souverain, digne, libre et moderne puisse renaître"

Prenant acte de la chute du régime irakien, le ministre français des affaires étrangères, Dominique de Villepin, a fait part de la vision que la France se fait de l'avenir dans un discours qu'il a prononcé le 12 avril 2003 à l'occasion de l'inauguration de l'exposition intitulée "Quand les sciences parlaient arabe" au Musée islamique du Caire.

L'Irak, a dit Dominique de Villepin, a besoin de l'aide de tous, les Nations unies devant jouer "un rôle central". Le chef de la diplomatie française a évoqué notamment trois idées : "rechercher et inventer ensemble des formules pour que les questions de la dette et des réparations pour dommages de guerre ne grèvent pas le développement du pays", associer tous les voisins de l'Irak à la réconciliation nationale, et mettre sur pied un "nouveau système de sécurité régionale [...] fondé sur des mesures de confiance et de non-agression, prenant notamment en compte le projet de zone exempte d'armes de destruction massive prôné par l'Egypte et mentionné dans la résolution 687 du Conseil de sécurité", résolution du cessez-le-feu après l'expulsion de l'armée irakienne du Koweït en 1991.

Etablir en Irak, dès que les circonstances le permettront, des institutions nationales souveraines, indépendantes et stables, respectueuses des droits de l'homme et au service de tous les Irakiens

Une fois de plus, le Moyen-Orient connaît l'épreuve de la guerre, son cortège de misère et de morts, le sentiment d'injustice dans une région déjà tant meurtrie. Convaincue qu'il y avait une alternative à la guerre par le désarmement pacifique de l'Irak, la France a tout fait pour l'éviter. Elle souhaite, avec la fin du régime de Saddam Hussein, que l'espoir puisse très vite renaître.#

A l'heure où menacent les fractures du monde, la haine et l'intolérance, les forces du terrorisme et de l'intégrisme, la prolifération des armes de destruction massive, nous devons construire ensemble un monde de paix, offrant à chacun sa place, respectant toutes les cultures. Devant tous ces défis, le monde hésite sur la voie à suivre. D'un côté se fait jour la tentation de la force, de l'action unilatérale et préventive. De l'autre, la volonté de justice et de dialogue, fondée sur la primauté du droit et la légitimité de l'action internationale, que seules détiennent les Nations unies. […]

[…] L'avenir du Moyen-Orient doit se construire autour d'un défi commun : la paix. C'est vrai au Proche-Orient. C'est vrai en Irak. Prenons acte de la communauté de conscience de toute la région : on ne peut séparer les douleurs. Aujourd'hui, l'Irak traverse des bouleversements considérables. Et c'est un grand défi pour ce pays, pour le Monde Arabe, pour la communauté internationale. Chacun d'entre nous sait ce que représente Bagdad dans l'histoire et l'imaginaire du monde arabe, héritière de civilisations millénaires de la Mésopotamie, capitale de l'empire abassyque, cœur des sciences et des lettres arabes pendant des siècles. Voilà bien le pays de Haroun Al Rashid, où Callimaque découvre émerveillé les jardins suspendus de Babylone. Tout cela nous touche, nous parle. L'avenir de l'Irak nous engage, mais d'abord, bien sûr, l'ensemble du monde arabe. Mais il faut faire face à l'urgence.

Mes pensées vont aux populations civiles de ce pays, à ces femmes, à ces enfants, à ces hommes fauchés par la guerre. Dès maintenant, l'action humanitaire impose la mobilisation de tous. Au-delà de cette terrible période de guerre, s'ouvrira une phase de sécurisation de l'Irak, dont la responsabilité reviendra au premier chef aux pays de la coalition. Ensuite viendra le temps de la reconstruction.

Reconstruction économique, mais avant tout politique. Les Nations unies devront avoir un rôle central. Parce qu'elles seules pourront donner aux autorités iraquiennes de demain la légitimité indispensable et mobiliser la communauté internationale tout entière. Parce que, face à l'épreuve que traverse l'Iraq, nous avons une exigence de lucidité, exigence d'efficacité, exigence de solidarité : voilà ce qui guidera en permanence la position française. Le peuple irakien, qui n'a connu que la guerre et l'oppression depuis plus de trente ans, doit pouvoir vivre durablement en paix avec lui-même et avec ses voisins. Veillons ensemble à toujours convoquer, au rendez-vous de la reconstruction de l'Iraq, le respect, la fierté et l'honneur, ainsi que l'espoir de ce grand peuple. Avec la communauté internationale, avec la Ligue arabe, tournons-nous vers l'avenir.

Nous avons trois objectifs prioritaires : Premièrement, établir en Irak, dès que les circonstances le permettront, des institutions nationales souveraines, indépendantes et stables, respectueuses des droits de l'homme et au service de tous les Irakiens. Cette réforme du cadre légal et institutionnel devra être confiée aux Irakiens eux-mêmes. Il faudra donc préserver l'unité et l'intégrité territoriale de l'Iraq et permettre à ce pays de recouvrer le contrôle de l'ensemble de son territoire.#

Deuxièmement, définir les conditions d'une cohabitation harmonieuse de l'ensemble de la population. Il faut que les Iraquiens, dans la diversité de leurs appartenances, soient représentés par des institutions souveraines. Le retour de la population du Kurdistan iraquien dans l'ensemble national devra s'accompagner de la définition d'un statut adapté d'autonomie.

Il revient donc aux nouvelles autorités de Bagdad d'assurer à tous les Iraquiens, quelle que soit leur confession, la liberté de leur culte, dans le respect et la sécurité de chacun.

Troisièmement, il sera indispensable d'aider les autorités iraquiennes à améliorer rapidement la situation économique de l'ensemble de la population.

Toutes les richesses de l'Irak devront être mobilisées pour le développement et la reconstruction du pays, au bénéfice des Iraquiens. Il importe, en particulier, que les ressources pétrolières de ce pays profitent, dans un système transparent, à tous les Iraquiens.

Comment réaliser ces objectifs ? D'abord, nous devrons rechercher et inventer ensemble des formules pour que les questions de la dette et des réparations pour dommages de guerre ne grèvent pas le développement du pays.

Ensuite, nous nous mobiliserons pour réinsérer l'Irak dans son environnement régional comme au sein de la communauté internationale. Tous les voisins de l'Iraq, sans exception, auront un rôle à jouer dans cette réconciliation. Il est important que les autorités iraquiennes prouvent rapidement leur volonté de restaurer des liens pacifiques avec ces Etats, dans un esprit d'ouverture, de transparence et de réconciliation. La vérité devra être établie sur toutes les questions des prisonniers et des disparus de guerre de ces vingt dernières années. Les peuples de la région et la communauté internationale doivent se mobiliser pour qu'un Irak uni, souverain, digne, libre et moderne puisse renaître.

Un nouveau système de sécurité régionale devra être fondé sur des mesures de confiance et de non agression, prenant notamment en compte le projet de zone exempte d'armes de destruction massive prôné par l'Egypte et mentionné dans la résolution 687 du Conseil de sécurité. La France et l'Europe seraient prêtes là encore à mettre leur expertise à la disposition d'un tel projet. Je sais combien est grand le sentiment de peine et d'injustice qu'éprouve aujourd'hui le monde arabe, et combien la solidarité de l'Egypte s'exprime pour ces populations. Mais je veux croire que les Irakiens, aidés par la communauté internationale et les Nations unies, feront de cette épreuve l'occasion de retrouver leur liberté et leur pleine autonomie. Je veux croire que cette nouvelle crise constituera malgré tout une source supplémentaire, pour chacun de nous, de réflexions partagées autour de l'idée de responsabilité collective, de réconciliation et de paix. […]

Source : ministère français des affaires étrangères, avril 2003.
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