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:: 2003: LE PLAN D'ARIEL SHARON18 DECEMBRE 2003, HERZLIYA - ISRAEL / LA SITUATION AU PROCHE-ORIENT
Je félicite les organisateurs de la Conférence pour la rencontre importante et intéressante que vous avez tenue ici. Les trois derniers jours, vous avez débattu de la situation d'Israël. Je suis, en tant que chef du gouvernement, responsable de la planification et de la réalisation des développements qui façonneront l'image d'Israël dans les années à venir. Notre mission à tous est de façonner le visage de l'Etat juif et démocratique d'Israël. Un Etat dans lequel il y a une répartition égale du fardeau, une acceptation des droits et des obligations par tous les secteurs, par le biais de tel ou tel service national. Un Etat dans lequel il y a un système d'enseignement bon et efficace, qui éduque une jeune génération de valeur et pénétrée de fierté nationale, capable de se mesurer aux défis du monde moderne. Un Etat adapté à l'économie globale libérale du 21e siècle, dont le produit par habitant franchit la ligne des vingt mille dollars et qui se tient à niveau égal avec les états européens de référence. Un Etat accueillant l'immigration et constituant un centre spirituel et national pour tout Juif dans le monde et un centre de gravité pour des masses de gens, chaque année. L'immigration [juive] est l'objectif central de l'Etat d'Israël. Tel est l'Etat que nous voulons façonner, tel est l'Etat dans lequel nos enfants voudront vivre. Je sais, il y a parfois une tendance à ramener tous les problèmes de l'Etat d'Israël au seul domaine politique avec l'idée qu'avec la résolution des problèmes d'Israël avec ses voisins et en particulier avec les Palestiniens, les autres sujets qui sont à l'ordre du jour se résoudront d'eux-mêmes. Personnellement, je ne le crois pas. Il y a devant nous d'autres défis auxquels nous avons à répondre: dans l'économie, dans l'éducation de la jeune génération, dans l'accueil de l'immigration, dans le renforcement des acquis sociaux et dans l'amélioration des relations entre Juifs et Arabes en Israël. Comme tout le peuple d'Israël, j'aspire à la paix. Je vois une énorme importance dans la prise de dispositions visant à amener un progrès dans le sens d'une solution au conflit avec les Palestiniens, mais face aux autres défis qui se présentent à nous, si les Palestiniens ne font pas un effort comparable vers une solution du conflit, je n'ai pas l'intention de les attendre éternellement. Il y a 7 mois, le gouvernement que je dirige a approuvé le plan de la Feuille de route vers la paix, basé sur le discours du président Bush de juin 2002. C'est un plan équilibré, une marche graduelle vers la paix qu'Israël et les Palestiniens se sont engagés à réaliser. Une application pleine et véritable du plan constitue la meilleure voie pour atteindre à une vraie paix. La Feuille de route est le seul plan politique accepté par Israël, les Palestiniens, les Américains et la plupart des pays du monde. Nous sommes prêts à avancer dans son application. Deux Etats: l'Etat d'Israël et l'Etat palestinien, existant l'un à côté de l'autre dans la tranquillité, la sécurité et la paix. La feuille de Route est un plan clair, rationnel et dès lors il est possible et il faut l'appliquer. L'idée qui se trouve derrière est que "seule la sécurité conduira à la paix" et d'après cet arrangement-là, en l'absence d'une sécurité entière, incluant le démantèlement des organisations terroristes, il ne sera pas possible d'arriver à une paix véritable, une paix pour des générations. C'est l'essence de la Feuille de route. L'idée inverse, selon laquelle la signature elle-même d'un accord de paix créerait la sécurité à partir de rien, a déjà été tentée dans le passé et a essuyé un échec cuisant. Tout autre plan qui prendrait cette idée pour devise connaîtrait le même sort. Il s'agirait de plans trompeurs pour le public, faisant naître chez lui de vains espoirs. Il n'y aura pas de paix avant l'écrasement du terrorisme. Le gouvernement que je dirige ne transigera pas sur la réalisation de la Feuille de Route à chacune de ses étapes. Il revient aux Palestiniens de déraciner les organisations terroristes et de créer une société respectant la loi et luttant contre la violence et la provocation. Paix et terreur ne vont pas de pair. Le monde est aujourd'hui uni dans la ferme exigence que les Palestiniens agissent pour arrêter le terrorisme et mènent des réformes. Seule la transformation de l'Autorité Palestinienne en une autre autorité permettra d'avancer dans le processus politique. Les Palestiniens doivent accomplir ce qui leur est imposé. Une réalisation pleine et entière mènera, en fin de processus, au calme et à la paix. Nous avons commencé à appliquer la Feuille de Route à Aqaba, mais les organisations terroristes qui s'étaient unies à Yasser Arafat ont dérangé le processus par une série d'attentats terroristes parmi les plus cruels que nous ayons connus. Parallèlement à l'exigence adressée aux Palestiniens dans le domaine de l'élimination des organisations terroristes, Israël prend et continuera à prendre des dispositions pour améliorer l'essence des conditions de vie de la population palestinienne. Israël lèvera les bouclages et les encerclements et diminuera le nombre des barrages, nous améliorerons les possibilités de déplacement de la population palestinienne, à la fois pour le passage de marchandises et de personnes, nous travaillerons à l'élargissement des heures d'activité aux points de passages internationaux, nous permettrons à un grand nombre de commerçants palestiniens de mener une activité économique et commerçante normale et régulière avec leurs partenaires en Israël, et davantage. Toutes ces démarches sont destinées à permettre un meilleur mouvement, et plus libre aussi, de la population palestinienne qui n'est pas impliquée dans le terrorisme. En outre, sous réserve d'une coordination au plan sécuritaire, nous ferons passer des villes palestiniennes sous la responsabilité sécuritaire palestinienne. Israël fera tous les efforts possibles pour aider les Palestiniens et pour mettre en route le processus. Israël tiendra ses engagements. Je me suis engagé devant le président des Etats-Unis à ce qu'Israël démantèle les avant-postes non autorisés. J'ai l'intention d'appliquer cet engagement. L'Etat d'Israël est mené conformément à la Loi et le sujet des avant-postes ne fait pas exception à cette règle. Je comprends l'émotion, nous essaierons de faire cela de la manière la moins douloureuse, mais les avant-postes non autorisés seront démantelés. Point. Israël tiendra tous ses engagements, également pour ce qui est de la construction dans les colonies. Il n'y aura pas de construction au-delà de la ligne de construction existante, pas d'expropriations de terres pour la construction, pas d'encouragements financiers particuliers et pas de construction de nouvelles colonies. Je veux profiter de cette occasion pour m'adresser aux Palestiniens et redire ce que j'ai dit, déjà, à Aqaba: nous n'avons pas d'intérêt à vous gouverner. Notre intérêt est que vous dirigiez votre vie vous-mêmes, dans votre Etat, un Etat palestinien démocratique, jouissant d'une continuité territoriale en Judée et Samarie et une logique économique, établissant avec Israël un système normal de relations de tranquillité, de sécurité et de paix. Renoncez à la voie terroriste et arrêtons ensemble ces effusions de sang, allons ensemble vers la paix. Nous voulons progresser rapidement dans l'application de la Feuille de route pour une tranquillité et une paix véritables. Nous espérons que l'Autorité Palestinienne fera sa part mais, si d'ici quelques mois les Palestiniens continuent de ne pas faire leur part de la Feuille de route, alors Israël prendra l'initiative d'une démarche sécuritaire unilatérale de séparation d'avec les Palestiniens. Le but du plan de séparation est de diminuer autant que possible le terrorisme et de procurer aux citoyens israéliens le maximum de sécurité. Le processus de séparation conduira à l'amélioration du niveau de vie et contribuera au renforcement de l'économie en Israël. Nous sommes intéressés par la tenue de négociations directes, mais il n'est pas dans nos intentions de laisser la société israélienne comme otage aux mains des Palestiniens. Je l'ai déjà dit: nous ne les attendrons pas éternellement. Le plan de séparation comprendra un redéploiement des forces armées sur de nouvelles lignes de sécurité et des changements dans le déploiement des implantations de manière que le nombre d'Israéliens se trouvant au cur de la population palestinienne soit aussi bas que possible. Nous tracerons des lignes de sécurité provisoires et l'armée sera disposée sur ces lignes. La sécurité sera procurée par le redéploiement de l'armée, la clôture de sécurité et d'autres obstacles matériels. La séparation diminuera le conflit entre eux et nous. La diminution du conflit imposera une démarche incomparablement difficile consistant à modifier le déploiement d'une partie des implantations. Je veux répéter des propos que j'ai déjà tenus dans le passé: dans un règlement futur, Israël ne restera pas dans tous les endroits où nous nous trouvons aujourd'hui. Le déménagement d'implantations se fera d'abord et avant tout en cherchant à dessiner une ligne de sécurité aussi efficace que possible, qui créera cette séparation entre Israël et les Palestiniens. Cette ligne de sécurité ne sera pas la frontière définitive de l'Etat d'Israël mais tant que l'application de la Feuille de route ne sera pas reprise, l'armée sera déployée le long de cette ligne. Les implantations sui seront déménagées sont de celles qui, dans tout modèle possible de règlement final futur, ne seront pas incluses dans le territoire de l'Etat d'Israël. Parallèlement, dans le plan de séparation, Israël renforcera son contrôle sur ces parties de la terre d'Israël qui seront une partie inséparable de l'État d'Israël dans tout règlement futur. Je sais que vous voulez entendre des noms, mais il est bon de garder quelque chose pour plus tard. Israël accélérera fortement la construction de la clôture de sécurité - on peut déjà voir la chose s'étendre aujourd'hui. Une fois terminée, la clôture permettra à l'armée de retirer des barrages et d'alléger la vie quotidienne de la population palestinienne qui n'est pas touchée par le terrorisme. Afin que les Palestiniens puissent développer leur vie économique et leur commerce, et pour qu'ils ne soient pas exclusivement dépendants d'Israël, nous envisagerons, dans le cadre du plan de séparation, de permettre, en coordination avec la Jordanie et l'Égypte, un passage plus libre des personnes et des marchandises par les points de passage internationaux, tout en prenant les mesures de sécurité exigées. Je veux insister sur le fait que le plan de séparation est une démarche sécuritaire et non une démarche politique. Les dispositions qui seront prises ne modifieront pas la réalité politique entre Israël et les Palestiniens et elles ne compromettront pas la possibilité de revenir à l'application de la Feuille de route et d'arriver à un règlement conforme à celle-ci. Le plan de séparation n'empêche pas l'application de la Feuille de route, mais il s'agit d'une démarche adoptée par Israël, en l'absence d'autre possibilité, en vue d'améliorer sa sécurité. Ce plan ne sera concrétisé que si les Palestiniens continuent de traîner les pieds et de repousser l'application de la Feuille de route. Il est clair que dans le plan de séparation, les Palestiniens recevront beaucoup moins que ce qu'ils pourront obtenir dans une négociation directe sur la Feuille de route. Il se peut que des parties de ce plan, destinées à procurer le maximum de sécurité aux citoyens d'Israël, soient réalisées dans la tentative d'appliquer la Feuille de route, et cela en fonction des circonstances qui seront créées. Mesdames et messieurs, l'expérience de la vie m'a appris que tant pour aller vers la paix que pour aller à la guerre, il faut un large accord. Nous devons préserver notre unité, même si a lieu parmi nous un débat interne pénétrant. Ces trois dernières années, les organisations terroristes palestiniennes nous ont confrontés à une épreuve difficile. Leur projet de briser l'esprit de la société israélienne n'a pas réussi. Les citoyens israéliens ont su résister, se soutenir les uns les autres, tendre la main, se montrer généreux et offrir leur contribution. Je crois qu'aujourd'hui encore, unis, nous avons à poursuivre sur ce chemin. Que nous puissions avancer dans la Feuille de route ou que nous devions appliquer le plan de séparation, l'expérience nous apprend qu'ensemble, avec un large consensus national, il est possible de faire de grandes choses. Ne nous faisons pas d'illusions: tout chemin sera compliqué, plein d'obstacles et exigera de nous réflexion et responsabilité. Je suis sûr que, de la même manière que nous avons réussi à faire face aux défis qui se sont présentés à nous dans le passé, ensemble nous réussirons aujourd'hui encore. En chemin, les paroles du chef de gouvernement, David Ben Gourion, au lendemain de la déclaration d'indépendance, nous accompagneront toujours: "Ce qui s'impose, actuellement, c'est seulement de bâtir l'Etat d'Israël avec la fierté et la foi dans la fraternité juive, et de le protéger de nos vies et de tout notre pouvoir tant que ce sera nécessaire. Nous nous trouvons encore dans un système lourd, un double système: politique et militaire. N'ornons pas maintenant nos actions, ni nos paroles, de noms clinquants. Allons de l'avant". "Nous sommes arrivés à ce à quoi nous sommes arrivés en nous tenant sur les épaules de générations qui nous ont précédés, nous avons obtenu ce que nous avons obtenu car nous avons reçu et préservé ce précieux héritage, l'héritage d'une petite nation, chargée de souffrances et d'épreuves, mais grande et éternelle par son âme, sa vision, sa foi et ses qualités d'âme". Moi aussi je crois fermement dans la force de cette petite nation courageuse, chargée de souffrances et d'épreuves. Je suis sûr qu'unis dans la force de notre foi, nous pourrons réussir dans toute voie que nous choisirons. Merci beaucoup et joyeuse fête de Hanouka. Discours d'Ariel Sharon, Premier Ministre de l'Etat d'Israël, à la Conférence de Herzliya, le 18 décembre 2003. Ce texte a été publié par le quotidien israélien Ha'aretz. Une version française de ce texte a été publiée sur le site Internet : www.solidarite-palestine.org (Traduit de l'hébreu par Michel Ghys). |