droitshumains.org
Guerre en Irak
:: CHRONIQUE D'UNE GUERRE ANNONCÉE 

puce Retour
L'actualité des
droits de l'homme


>  Guerre en Irak


Carte Irak

 2002   2003 
 
| Août | Septembre | Octobre | Novembre | Décembre | | Janvier | Février | Mars |

> FEVRIER  

_28 février, Paris. "Nous restons fidèles à l'objectif du désarmement. On voit, en revanche, très clairement dans le discours américain que l'on glisse progressivement de la logique du désarmement à celle du changement de régime et même, plus largement, à celle du remodelage du Moyen-Orient", déclare Dominique de Villepin, ministre français des affaires étrangères, à plusieurs quotidiens européens. "Or, c'est une logique qui ne figure dans la résolution 1441 et qui soulève de multiples questions. Prenons le changement de régime : qui en déciderait ? Selon quels critères ? [...] Cela n'introduirait-il pas une principe d'incertitude et d'instabilité supplémentaire dans le monde ?" poursuit-il, en soulignant que "la précipitation me paraît inopportune. Il serait paradoxal qu'une résolution ouvre les portes à la guerre alors que les inspections donnent des résultats".

_28 février, Washington. Dans une interview publiée par le quotidien USA Today, Georges Bush estime inéluctable une intervention militaire en Irak : si Saddam Hussein "avait l'intention de désarmer, il aurait désarmé", observe le président américain, qui ajoute : "Nous allons le désarmer maintenant".

Inaugurant le département du "Homeland Security" [Sécurité du territoire], Georges Bush s'est adressé, le même jour, aux troupes américaines présentes dans le Golfe : "Je veux remercier chacun d'entre vous pour son engagement pour la cause de la liberté. Il n'y a pas le moindre doute dams mon esprit que cette nation va gagner cette guerre contre la terreur, parce que nous sommes la nation la plus forte […] du monde".

_27 février, New York. Poursuite des consultations, à huis clos, au sein du Conseil de sécurité sur la résolution présentée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne. Il est "très clair qu'une majorité du Conseil ne pense pas que le temps de la guerre est venu" pour l'Irak, déclare l'ambassadeur de France aux Nations unies, Jean-Marc de La Sablière.

_27 février, New York. Dans une lettre remise aux Nations unies, l'Irak informe Hans Blix de "l'acceptation de principe de votre requête] de détruire les missiles Al-Samoud] malgré notre sentiment que cette décision est injuste". #

_26 février, Washington. Dans un discours prononcé devant l'Institut de l'entreprise américaine George Bush expose son projet politique pour le Proche-Orient, estimant qu'un "Irak libéré" et démocratique serait un exemple pour les autres pays de la région. "Un nouveau régime en Irak servirait d'exemple exceptionnel et d'inspiration pour les autres pays de la région", déclare-t-il. "Quel que soit l'avenir que se choisira le peuple irakien, cela sera mieux que le cauchemar que Saddam Hussein a choisi pour lui", affirme-t-il, soulignant que "la reconstruction de l'Irak va demander un engagement à long terme de nombreux pays, y compris le nôtre. Nous resterons en Irak aussi longtemps que nécessaire mais pas un jour de plus".

Par ailleurs, le président américain engage le Conseil de sécurité à la fermeté vis-à-vis de l'Irak. "Si le Conseil répond au défi irakien par des excuses et des nouveaux reports, si toute son autorité se révèle vide, le rôle des Nations Unies comme garant de la stabilité et de l'ordre sera sérieusement affaibli. Si les membres se montrent à la hauteur, alors le Conseil répondra à ses principes fondateurs".

_25 février, New York. Hans Blix affirme que de nouvelles lettres envoyées par l'Irak contiennent "certains éléments positifs" pour la recherche d'armes de destruction massive, mais doivent faire l'objet d'un examen plus approfondi. L'Irak indique notamment avoir trouvé une bombe contenant du liquide sur l'un de ses sites de destruction d'armes biologiques.

_24 février, Moscou. La Russie "entend utiliser tous les moyens de son arsenal diplomatique pour résoudre la situation critique actuelle sur l'Irak par la voie politique", déclare le chef de la diplomatie russe, Igor Ivanov. Il rappelle que "l'usage de la force [contre l'Irak] serait clairement contre-productif et repousserait la communauté internationale loin de son but", qui est de désarmer l'Irak.

_24 février, Berlin. "Nous avons pris connaissance du projet de résolution. En vérité, nous ne voyons rien dans la situation actuelle qui justifie une nouvelle résolution", déclare le président français Jacques Chirac, à l'issue d'un dîner de travail avec le Chancelier allemand Gehrard Schröder.

_24 février, Washington. "C'est le moment, [pour l'Organisation des Nations unies], dont nous espérons qu'elle perdurera, de déterminer si elle demeurera pertinente pour faire face aux menaces du XXIe siècle", déclare Georges Bush, dans un discours prononcé à la Maison Blanche.

_24 février, New York. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne présentent une nouvelle résolution qui autorise le recours à la force contre l'Irak, lors d'une réunion à huis clos du Conseil de sécurité. Le texte "constate" que "l'Irak a manqué la dernière chance qui lui était offerte dans la résolution 1441" [adoptée le 8 novembre 2002]. Il relève que la déclaration par l'Irak sur ses armements de destruction massive "contient de fausses déclarations et des omissions" et que le gouvernement irakien "a manqué à l'obligation de se conformer, et de coopérer pleinement avec la mise en oeuvre de la résolution" 1441.

-> Le projet de résolution
#

Le projet de résolution rappelle également que "le Conseil a, de manière répétée, averti l'Irak que s'il continuait à violer ses obligations, il aurait à faire face à de graves conséquences". Cette expression "graves conséquences" ["serious consequences", en anglais] - qui figure également dans la résolution 1441 - est généralement compris comme un euphémisme diplomatique signifiant la guerre. Le projet souligne enfin que le Conseil "est décidé à s'assurer que ses décisions sont totalement mises en œuvre" ainsi que sa détermination à "restaurer la paix et la sécurité internationales dans la région".

Le vote sur ce projet n'interviendra pas avant le 7 mars, date de la présentation par Hans Blix du rapport trimestriel de sa mission d'inspection en Irak

_24 février, Bruxelles. Le ministre français des affaires étrangères, Dominique de Villepin, annonce la remise aux pays membres du Conseil de sécurité d'un deuxième mémorandum destiné notamment à "crédibiliser et concrétiser le travail des inspecteurs" des Nations unies en Irak. Le texte, cosigné par la Russie et l'Allemagne et appuyé par la Chine, réaffirme que l'option militaire ne doit intervenir qu'en "dernier recours" et estime que "pour l'instant, les conditions d'utilisation de la force contre l'Irak ne sont pas réunies".

-> Le mémorandum français

_24 février, Kuala Lumpur (Malaisie). Affirmant que même à présent la guerre n'est pas inévitable, Kofi Annan, lance un nouvel appel aux autorités irakiennes pour qu'elles procèdent au désarmement de leur arsenal d'armes de destruction massive et qu'elles coopèrent activement avec les inspecteurs des Nations unies à cette fin.

Dans un message adressé à la réunion des pays membres du Mouvement des non-alignés, le secrétaire général des Nations unies estime qu'une action menée contre l'Irak sans l'aval du Conseil de sécurité risquerait de ne pas bénéficier du plein soutien de la communauté internationale. "Les Etats et les peuples du monde entier attachent une importance de taille au principe de légitimité, et à la primauté du droit international".

Kofi Annan met en garde contre les conséquences humanitaires de cette crise, soulignant que d'ores et déjà "les populations civiles y étaient très vulnérables, avec un million d'enfants iraquiens qui souffrent de sous-alimentation chronique et cinq millions d'Iraquiens qui sont privés d'eau potable et de services d'hygiène".#

-> Le message de Kofi Annan

_24 février, Vatican. Une guerre unilatérale lancée contre l'Irak sans l'accord des Nations unies serait "un crime contre la paix", déclare Mgr Jean-Louis Tauran, ministre des affaires étrangères du Vatican, qui rappelle que l'article 2 de la Charte des Nations unies impose aux Etats membres de renoncer à la guerre comme moyen de règlement des différends internationaux. "Toute éventuelle action contre l'Irak doit être entreprise et décidée dans le contexte des Nations unies. Seul le Conseil de sécurité a le pouvoir de décider une intervention armée de légitime défense, ce qui présuppose qu'il y ait auparavant une agression".

_24 février, Paris. Dans un entretien paru dans le quotidien Le Figaro, Dominique de Villepin réaffirme que, dans le contexte actuel, la France "est opposée" à une nouvelle résolution. "Nous défendons, déclare-t-il, une vision de l'organisation du monde qui est très largement partagée par la communauté internationale. La tentation d'un monde unipolaire, du recours à la force, ne peut pas contribuer à la stabilité. Aucun pays ne peut prétendre régler, seul, l'ensemble des crises. Le choix fait par la communauté internationale, y compris les Etats-Unis, avec la résolution 1441, doit être poussé jusqu'à son terme. Il faut avoir la détermination et le sang-froid de respecter cette résolution".

Le ministre français des affaires étrangères reconnaît le rôle joué par la pression militaire américaine sur Bagdad, mais, demande-t-il, "y aurait-il plus grand succès pour l'administration Bush que de retirer son armada après être allée jusqu'au bout des inspections, jusqu'au bout du désarmement de l'Irak, sans avoir tiré un coup de feu, sans un mort?".

_24 février, Kuala Lumpur (Malaisie). Ouverture du Sommet des 116 pays du Mouvement des non-alignés - six d'entre eux [Syrie, Cameroun, Pakistan, Chili, Angola et Guinée] siègent actuellement au Conseil de sécurité. Le projet de résolution soumis au sommet rejette "catégoriquement la menace de guerre en cours" : "Nous exprimons notre soutien et notre solidarité à l'Irak face à une agression possible et sommes engagés à exercer tous les moyens à notre disposition pour trouver une solution pacifique".

_22 février, Paris. Intervenant lors de la cérémonie des Césars, le réalisateur américain Michael Moore - César du meilleur film étranger pour Bowling for Columbine - s'est élevé contre la politique étrangère du président George Bush et salué la France qui a le "courage" de dire "non à la guerre" en Irak. "Je sais que je serai crucifié dans la presse américaine. Mais au nom de plusieurs millions d'Américains je veux remercier la France pour avoir inventé le cinéma, pour ses baguettes, son vin, pour la statue de la Liberté et pour son rôle durant la révolution américaine que nous n'aurions jamais pu gagner sans elle. D'ailleurs, sans la France nous parlerions toujours anglais. Merci d'avoir le courage de dire non à la guerre. Un véritable ami est celui qui a le courage de vous dire que vous avez tort".#

-> Le Monde  L’autre Amérique, celle des artistes

_23 février. Tokyo - En visite en Asie, Colin Powell estime qu'il "est temps d'agir [contre l'Irak], il y a des preuves de leur culpabilité". La résolution 1441 du Conseil de sécurité "dit qu'ils sont coupables et la 1441 dit que s'ils n'y remédient pas, s'ils ne s'y confirment pas maintenant, s'ils ne coopèrent pas maintenant, alors de graves conséquences doivent en découler", ajoute le secrétaire d'Etat américain. "Nous arrivons au point où les graves conséquences doivent suivre".

_22 février, Crawford (Texas). Le président Bush confirme que les Etats-unis vont présenter au Conseil de sécurité des Nations unies un nouveau projet de résolution énonçant, "en termes clairs et simples", que l'Irak ne remplit pas les exigences de désarmement.

_22 février, Ankara. Un accord de principe est conclu entre la Turquie et les Etats-Unis sur le déploiement des troupes américaines en Turquie dans la perspective d'une guerre contre l'Irak. Les Américains accorderont à la Turquie15 milliards de dollars en prêts et subventions.

_21 février, Berne. La Suisse annonce que, dans l'état actuel de la crise irakienne, elle n'autorise le survol du pays que par des vols humanitaires et médicaux, ainsi que par des vols de surveillance et de reconnaissance. En revanche, s'il y a un mandat des Nations unies pour une intervention en Irak, le gouvernement suisse se prononcera au cas par cas.

_21 février, New York. Le chef des inspecteurs en désarmement, Hans Blix, exige que l'Irak commence à détruire ses missiles à carburant liquide Al-Samoud II, dont la portée dépasse de 33km la portée maximum de 150km fixée par les Nations unies depuis une résolution de 1991.

_21 février. Evoquant sur la chaîne de télévision Al-Arabiya, basée à Dubaï, "l'après Saddam", Colin Powell explique que les Etats-Unis veulent "passer à l'action, ramener la paix, rétablir l'ordre et faire en sorte qu'un gouvernement responsable soit en fonction en Irak". Le secrétaire d'Etat américain précise que l'occupation militaire de l'Irak sera courte et, qu'après une période transitoire, au cours de laquelle une "administration à caractère international" gèrera le pays, une direction irakienne "constituée d'opposants se trouvant actuellement hors d'Irak aussi bien que de responsables dans le pays" sera mise en place.

Libération, Paris. "Avec chaque jour qui passe, la formule selon laquelle "la guerre n'est pas inévitable" sonne de plus en plus creux. Les forces américaines n'attendent plus que le signal d'attaque. […] Les stratèges américains en sont déjà à finaliser les plans d'occupation de l'Irak. Le compte à rebours de Desert Storm II semble bel et bien engagé". [Libération, 22-23 février 2003]

_21 février, Paris. A l'issue du sommet France-Afrique, le président Jacques Chirac réaffirme que le désarmement de l'Irak doit être atteint par la poursuite des inspections et non "par la voie militaire". "Tout justifi[e] que l'objectif [du désarmement] soit atteint par des voies pacifiques, c'est-à-dire par les voies de l'inspection et non par des voies militaires". #

_20 février, Paris. Les 52 pays invités au sommet France-Afrique adoptent une déclaration réclamant "la poursuite des inspections […] dans le cadre de la résolution 1441, dont toutes les possibilités n'ont pas encore été exploitées". Le texte, qui exhorte l'Irak à une "coopération immédiate, active et sans réserve", affirme qu'il "y a une alternative à la guerre".

Selon Thabo Mbeki, président de la République d'Afrique du Sud, ce texte, adopté à l'unanimité, lie les trois pays africains [Angola, Cameroun et Guinée] siégeant actuellement au Conseil de sécurité.

_20 février, Washington. Le secrétaire d'Etat à la défense, Donald Rumsfeld, déclare que, "si le président prend la décision d'attaquer l'Irak, l'armée est prête, suffisamment préparée", et qu'elle "dispose des moyens et de la stratégie pour le faire". "Il y aura une vaste coalition", prédit-il.

_20 février, Washington. Les Etats-Unis annoncent qu'ils s'apprêtent à déposer au Conseil de sécurité une résolution ouvrant la voie à une intervention militaire contre l'Irak. "Cette résolution, affirme Colin Powell, fera très clairement allusion au fait que l'Irak n'a pas respecté la résolution 1441, et la responsabilité des Nations unies à agir au regard de ce non-respect y sera évoquée".

_19 février, Paris. "La résolution 1441 a suffisamment d'autorité par elle-même pour que l'on puisse agir si l'Irak ne se soumet pas et ne coopère pas", déclare Colin Powell, dans un entretien accordé à Radio-France. Le secrétaire d'Etat américain rappelle qu'aux termes de cette résolution, L'Irak est en "violation patente" de ses obligations au regard des précédentes décisions des Nations unies. "L'Irak est déjà inculpé et déclaré coupable. Les preuves sont accablantes, et toutes les nations du Conseil de sécurité, y compris la France, ont été d'accord là-dessus quand la [résolution] 1441 a été votée".

_19 février, Rome. A l'issue de sa visite en Italie, Kofi Annan réitère sa position selon laquelle la guerre en Irak n'est pas inévitable. "Je maintiens que la guerre n'est pas inévitable et, qu'en tout état de cause, c'est une catastrophe si elle éclate. C'est pourquoi il nous faudra épuiser toutes les autres possibilités avant même d'envisager un tel cas de figure", déclare le secrétaire général des Nations unies.#

_19 février, Berne. Le Conseil fédéral (gouvernement suisse) interdit Saddam Hussein d'entrée en Suisse. Il estime que la Suisse ternirait son image si elle hébergeait des personnes qui se sont rendues coupables des plus graves atteintes aux droits de l'homme, ou des membres de leur famille.

Par ailleurs, le Conseil fédéral refuse une demande américaine, non limitée dans le temps, de survol de la Suisse par des avions militaires. En cas de guerre dans le cadre d'une nouvelle résolution des Nations unies, le Conseil fédéral décidera "au cas par cas", s'il donne son feu vert.

_18 février, New York. Les pays membres des Nations unies sont entendus par le Conseil de sécurité. Une soixantaine de pays participent au débat ouvert sur le désarmement de l'Irak. Intervenant au début de la séance au nom du Mouvement des pays non-alignés, le représentant de l'Afrique du Sud, Dumisani Kumalo, indique que les 115 Etats Membres et 15 Etats observateurs du Mouvement ont demandé la convocation d'un tel débat, car les décisions du Conseil sur le désarmement irakien ont d'importantes répercussions pour l'ensemble de la communauté internationale. "Pour nous, la résolution 1441 du Conseil a, et a toujours, pour objectif le désarmement pacifique de l'Irak".

_18 février, Washington. Les Etats-Unis menacent de déposer devant le Conseil de sécurité une deuxième résolution "très musclée" contre l'Irak, tout en se prononçant pour le recours à la force en cas de refus de désarmement volontaire de Bagdad.

Le président Bush réaffirme que Saddam Hussein représente "une menace pour l'Amérique et nous allons nous occuper de lui" : "La guerre est mon dernier choix [...], mais [si le président irakien] choisit de ne pas désarmer nous conduirons une coalition de pays volontaires pour le faire".

_17 février, Bruxelles. Invité au sommet des pays de l'Union européenne, Kofi Annan rappelle qu'aucun délai n'a été fixé pour la mission des inspecteurs dans la résolution 1441, mais, souligne-t-il, "le Conseil peut décider qu'on est en train de perdre notre temps et qu'il faut arrêter" les inspections. C'est au Conseil de déterminer s'il y a, de la part de l'Irak, des "violations patentes" pouvant justifier l'usage de la force.

_17 février, Bruxelles. Les quinze chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) adoptent position commune, lors de leur sommet extraordinaire consacré à l'Irak : soutien au processus d'inspections en vue d'obtenir le désarmement complet du régime de Bagdad et menace, en dernier recours, de l'usage de la force.

L'Europe reconnaît que la pression militaire américaine a permis la reprise des inspections, mais insiste pour que les Nations unies demeurent "au centre de l'ordre international". Les Quinze réaffirment leur volonté d'aboutir au désarmement de l'Irak de manière pacifique, en soutenant "pleinement le travail que mènent actuellement les inspecteurs des Nations unies", mais en soulignant que ces inspections ne pourront se poursuivre "indéfiniment" en l'absence d'une "coopération totale" de Bagdad. #

-> La déclaration de l’Union européenne

_17 février, Paris. Expliquant sa position sur l'Irak dans un entretien à l'hebdomadaire américain Time Magazine, Jacques Chirac souligne que l'objectif commun à la France et aux Etats-Unis est la suppression des armes de destruction massive pouvant être détenues par ce pays et que la pression militaire américaine contribue fortement, actuellement, à ce que cet objectif soit atteint sans guerre.

"Si l'on désarme l'Irak, l'objectif recherché par les Américains sera atteint. Il n'y a pas de doute sur le fait que ce sera dû en grande partie à la présence de l'armada américaine sur place. S'il n'y avait pas eu l'armée américaine, il n'est pas du tout évident que Saddam aurait accepté de jouer le jeu. Si l'on va au terme des inspections, les Américains auront en fait gagné", déclare le président français.

"Pour le moment, ajoute-t-il, rien ne permet de dire que les inspections ne marchent pas." "Y a-t-il en Irak des armes nucléaires? Je ne le pense pas. Y a-t-il d'autres armes de destruction massive ? C'est probable. Il faut donc les trouver et les détruire. Dans la situation où il est contrôlé comme il l'est actuellement, est-ce que l'Irak représente un danger important et immédiat pour la région ? Je ne le pense pas."

_16 février, Washington. Commentaires de Condoleeza Rice, conseillère du président Bush sur la sécurité nationale, à propos des protestations contre la guerre : les manifestants, déclare-t-elle sur la chaîne Fox News, "ne doivent pas oublier qu'en Irak, exprimer un désaccord est interdit et peut vous valoir d'avoir la langue coupée". Elle ajoute : "Veulent-ils vraiment que Saddam Hussein puise continuer à faire, pendant douze ans, ce qu'il a fait pendant douze ans".

_15 février. "Non à la guerre" en Irak: c'est ce message simple que quelque dix millions de personnes ont fait entendre, principalement en Europe où de véritables marées humaines ont déferlé dans les rues de Rome, Madrid, Londres, Berlin. En Espagne [2 millions de manifestants à Madrid, 1,5 à Barcelone], en Italie [plus d'un million] et en Grande-Bretagne [2 millions à Londres, pour le plus grand défilé de son histoire], la mobilisation contre la guerre a donné lieu à des rassemblements parmi les plus importants de l'après-guerre. #

A New York, à l'appel d'une coalition d'environ 200 associations pacifistes, ils étaient près de 250'000 rassemblés à Manhattan, près du bâtiment des Nations unies, pour la plus grande manifestation des deux dernières décennies. En France, le nombre total de manifestants en France a atteint 500'000 personnes dans quelque 72 villes, dont 250'000 à Paris. Des centaines de milliers de personnes ont défilé dans la rue en Amérique du Sud, Australie, au Japon... et dans les pays arabes.

Partout les slogans ont réclamé la paix et demandé aux Etats-Unis de renoncer à cette "guerre pour le pétrole". "Le monde dit non à la guerre", lisait-on sur la 1ère Avenue, à New York.

_15 février, Genève. Ouverture de la conférence humanitaire sur l'Irak. 150 personnes y participent, représentant 21 organisations et 29 Etats. Seuls les Etats-Unis ont refusé l'invitation. La France n'a envoyé qu'un observateur pour ne pas suivre une logique de guerre. L'Irak n'avait pas été invité. En organisant cette rencontre, "la Suisse veut mettre à disposition des acteurs humanitaires une plate-forme de dialogue".

Dans son discours d'ouverture, prononcé en présence du haut commissaire aux réfugiés, Ruud Lubbers, et du président du CICR, Jakob Kellenberger, la ministre suisse des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, évoque les "conséquences dévastatrices d'un possible conflit" : "J'ai souhaité vous inviter, non pas parce que je crois une guerre inévitable, mais parce qu'il est temps que le monde porte son attention sur le sort des populations civiles". "Il est temps, ajoute-t-elle, que nous parlions ouvertement et publiquement d'aide humanitaire et de respect du droit international humanitaire".

_14 février, Washington. George Bush estime que désarmer l'Irak est une étape de la guerre contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. "Saddam Hussein entretient des liens avec des réseaux terroristes. Saddam Hussein est un danger, et c'est pour cela qu'il sera désarmé, d'une manière ou d'une autre".

_14 février, New York. Après avoir entendu les rapports des chefs des inspecteurs des Nations unies en Irak, les pays membres du Conseil de sécurité expriment leurs positions respectives sur la marche à suivre. "Guerre ou paix, l'heure de vérité", titre le quotidien Le Monde. Cinq membres du Conseil, au moins, sont opposés à une guerre immédiate contre l'Irak, lui préférant un désarmement par l'intensification des inspections : Russie, Chine, France, Allemagne, Syrie. Quatre sont favorables à une action militaire sans délai : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Bulgarie, Espagne.

Le ministre français des affaires étrangères, Dominique de Villepin, demande au Conseil de donner aux inspecteurs du désarmement en Irak "le temps nécessaire à la réussite de leur mission", affirmant que "les inspections donnent des résultats". Le responsable de la diplomatie française a par ailleurs déclaré que "l'usage de la force ne se justifi[e] pas aujourd'hui" contre l'Irak et appelle à une nouvelle réunion du Conseil de sécurité le 14 mars. #

-> La déclaration de Dominique de Villepin

Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, affirme que le Conseil doit être prêt à examiner "dans un avenir très proche" de possibles "graves conséquences" pour l'Irak du fait de son refus de se conformer aux décisions des nations unies, indiquant que les efforts promis par les autorités irakiennes en matière de vérification de son désarmement ne sont pas suffisants.

-> La déclaration de Colin Powell      -> Le débat au Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité_14 février, New York [Nations unies]. Hans Blix, président de la Commission de contrôle, de surveillance et d'inspection des Nations unies, et Mohamed El-Baradei, directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, affirment, devant le Conseil de sécurité, qu'aucune arme de destruction massive n'a été détectée à ce jour en Irak, et plaident pour un renforcement de la mission des inspecteurs en désarmement.

Dans le rapport présenté au Conseil, Hans Blix souligne que les autorités irakiennes coopèrent pleinement sur les questions de forme, comme l'accès sans entraves des inspecteurs des Nations unies à toutes les installations, mais il souhaite qu'elles fassent preuve d'une meilleure coopération sur les questions de fond, présentant plus de preuves "crédibles" sur la destruction des arsenaux d'armes interdites encore présumés en leur possession.

-> Le rapport de Hans Blix et Mohamed El-Baradei

_14 février, Rome. L'Irak fera tout son "possible pour établir la vérité ultime sur l'absence d'armes de destruction massive en Irak", déclare le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz, quelques heures après avoir été reçu par le pape Jean Paul II.

_14 février, Bagdad. Saddam Hussein interdit, par décret, la production et l'importation d'armes de destruction massive. "Il est interdit à tout individu et à toute entreprise des secteurs privé et public de produire, de fabriquer, d'importer des armes et des substances nucléaires, chimiques et bactériologiques". Le président irakien réaffirme que son pays est "exempt" d'armes de destruction massive, "qu'elles soient nucléaires, chimiques ou bactériologiques".#

_14 février, Washington. Colin Powell déclare que le peuple américain doit se tenir "prêt à un engagement à assez long terme" en Irak. Il indique que, une fois la guerre terminée, les Etats-Unis placeront l'un de ses militaires à la tête de l'Irak. Cette personne sera rapidement remplacée par une personnalité américaine ou internationale dont la durée de mandat sera elle-même limitée, afin de remettre par la suite le pouvoir entre les mains des Irakiens.

_13 février, New York. Kenzo Oshima, responsable onusien des "secours d'urgence", indique que, en cas de conflit armé en Irak, près de 10 millions de personnes, comprenant la totalité des personnes déplacées, des réfugiés et d'autres personnes, auraient besoin d'une aide alimentaire, et que près de la moitié des Iraquiens pourraient être privés d'eau potable. Il ajoute que deux millions d'Irakiens pourraient être déplacés dans leur pays et que les demandeurs d'asile à l'étranger pourraient se situer entre 600'000 et 1,45 million de personnes.

_13 février, Base navale de Mayport (Floride-USA). George Bush romet que les Etats-Unis "vont utiliser chaque once de leur pouvoir pour défaire" Saddam Hussein: il "ne désarme pas, il trompe" son monde. "Nous protégerons l'Amérique, nos amis et nos alliés de ces voyous". "S’il le faut, ajoute-t-il, l’Amérique agira de façon réfléchie, décisive et victorieuse, avec la plus grande armée du monde".

A la veille de la présentation du nouveau rapport des inspecteurs en désarmement au Conseil de sécurité, il se déclare "optimiste", espérant que "les pays libres feront preuve de fermeté et de courage face aux menaces réelles qui pèsent sur la paix et la liberté": "Je crois [...] que les pays libres ne permettront pas que les Nations unies deviennent un point d'histoire dont on se souviendra comme d'une société de débats inefficace et hors de propos".

_12 février, Washington. Les Etats-Unis s'opposent vivement au "plan" français. La France et l'Allemagne "cherchent-elles à sauver la mise à Saddam Hussein", s'interroge Colin Powell. Le Monde note que, à la veille du rapport des chefs des inspecteurs des Nations unies, "le Conseil de sécurité est divisé en deux blocs. Les propositions françaises, combattues par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, pourraient être soutenus par dix pays sur quinze".

_11 février, New York. La France diffuse auprès des membres du Conseil de sécurité un document non officiel sur ses propositions visant à "forcer l'Irak à coopérer par la voie pacifique d'inspections intrusives". Ce texte, remis à Hans Blix et Mohamed ElBaradei, préconise le doublement ou triplement du nombre des experts et la désignation d'un coordonnateur permanent installé à Bagdad, ainsi qu'une surveillance de l'Irak par des avions espions. #

_11 février, Doha (Qatar). Dans un message adressé "aux frères musulmans en Irak" et diffusé par la chaîne Al-Jazira, Oussama Ben Laden émet une fatwa autorisant les musulmans à combattre aux côtés des "socialistes apostats" du parti Baas au pouvoir à Bagdad "contre les croisés". "Cette guerre de croisés concerne tous les musulmans, que Saddam (Hussein) reste au pouvoir ou pas", déclare l'enregistrement attribué par la chaîne au chef du réseau terroriste Al-Qaïda.

[Le message, authentifié par les services spécialisés américains, confirme, selon les Etats-Unis, les "liens et les contacts" entre Al-Qaïda et le régime irakien, le "partenariat" entre le terroriste et le "dictateur brutal".]

-> Le "message" attribué à Ben Laden

_10 février, Paris. La France, la Russie et l'Allemagne font front commun contre une intervention militaire en Irak. Les trois pays rendent publique une "déclaration commune" appelant à la poursuite et au "renforcement substantiel" des inspections en Irak. "Je souhaite que cet appel soit entendu", car "rien aujourd'hui ne justifie une guerre" et "cette région n'a vraiment pas besoin d'une guerre supplémentaire", déclare Jacques Chirac, lors d'une conférence de presse commune avec Vladimir Poutine à l'Elysée.

"Dans l'état actuel des choses", ajoute le président français, il "n'[y a] pas de preuves indiscutables" de la possession par l'Irak d'armes de destruction massive. De son côté, le président russe réaffirme son opposition à l'usage de la force en Irak, déclarant que celui-ci pourrait être "lourd de conséquences".

-> La déclaration des trois pays

_10 février, Bruxelles. A la dernière minute, la France, la Belgique et l'Allemagne s'opposent au lancement automatique d'une procédure de l'Alliance atlantique (Otan) qui, à la demande des américains, visait à préparer la défense de la Turquie en cas d'attaques venues de l'Irak. Les trois pays considèrent que la mise en place d'une telle procédure ferait entrer prématurément l'Otan dans une "logique de guerre". Le président Bush estime que ce veto porte un mauvais coup à l'Alliance atlantique.

_9 février, Paris. Dans un entretien à dix quotidiens européens, dont le français Le Figaro, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, estime que "l'argument selon lequel il faut encore donner du temps aux inspecteurs n'est justifié que si les inspecteurs finissent par trouver quelque chose. [...] L'action des inspecteurs ne peut être efficace que si le pays inspecté se montre coopératif. Avec Saddam - Hussein - combien de temps faudra-t-il encore attendre ?", interroge-t-il.#

Il ajoute: "On nous dit qu'il faut une deuxième résolution avant de pouvoir user de la force. Il y a douze ans que dure cette charade. Mais pour qu'une poignée d'inspecteurs parvienne à explorer tous les recoins d'un pays grand comme la France, faudra-t-il attendre encore douze ans ?".

_9 février, Etat de Virginie (USA). La crise irakienne met les Nations Unies face à un "moment de vérité", déclare le président Bush, en affirmant "qu'il est clair que Saddam Hussein ne désarme pas", au cours d'une intervention devant des parlementaires républicains. "L'Onu doit décider sous peu si oui ou non elle va se montrer à la hauteur pour maintenir la paix, si oui ou non ses mots ont un sens". Il ajoute : "Pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et de nos amis et alliés, nous désarmerons Saddam Hussein s'il ne désarme pas lui-même".

_9 février, Washington. Interrogée sur la chaîne de télévision CNN, la conseillère pour la sécurité nationale du président Bush, Condoleezza Rice, indique que les Etats-Unis se réservent le droit d'agir seuls, même au cas où le Conseil de sécurité ne prendrait pas ses responsabilités,. "C'est une question de sécurité et d'autodéfense américaine".

"Nous voudrions voir le Conseil de sécurité agir d'une manière qui montre qu'il est capable de répondre aux menaces du 21e siècle. Mais s'il ne peut se résoudre à agir, que personne ne s'attende à ce que le président américain reste assis, les bras croisés, et laisse ces menaces au peuple américain se concrétiser", a-t-elle ajouté. "Nous avons des pays partout dans le monde qui comprennent le défi [de désarmer l'Irak] et donc cela va représenter un défi pour le Conseil de sécurité".

_9 février, Berlin. La Russie est "presque entièrement d'accord" avec la France et l'Allemagne sur la nécessité de donner du temps et ses moyens aux inspecteurs des Nations unies en Irak, déclare le président russe Vladimir Poutine à l'issue d'un entretien avec le chancelier allemand Gerhard Schroeder. "Nos ministères [des affaires étrangères] travaillent en coordination", ajoute-t-il, soulignant que la coopération au Conseil de sécurité serait "très étroite avec les autres membres [du Conseil], en particulier avec la France et l'Allemagne".

_9 février, Bagdad. En déplacement à Bagdad, Hans Blix et Mohamed El-Baradei, les chefs des inspecteurs des Nations unies, estiment que "la partie continue": leur visite a favorisé une "prise en compte plus sérieuse [par l'Irak] des problèmes en suspens": "L'accès [aux sites] a été rapide [...] La coopération [sur l'application de la résolution 1441 du Conseil de sécurité] a été bonne".#

Mohamed El-Baradei juge positive l'attitude des responsables irakiens, parlant même d'un "nouvel état d'esprit": "Nous quittons l'Irak avec un sentiment d'optimisme prudent. Nous avons accompli de bons progrès sur tous les sujets. Nous avons vu [...] un début d'une pleine coopération. Si cela se poursuit, je pense que cela contribuera à un règlement pacifique".

[Le 10 février, l'Irak a autorisé, "sans conditions", le survol de son territoire par des avions reconnaissance am_ricains U-2.Outre les U2, des Mirages français et des Antonov russes seront autorisés à survoler le territoire irakien.]

_8 février, Munich. Ouvrant la Conférence internationale sur la sécurité, le secrétaire à la défense américain, Donald Rumsfeld, déclare que "la seule chance pour une solution pacifique [à la crise irakienne] est de montrer clairement que les nations libres sont prêtes à utiliser la force si nécessaire, que le monde est uni et prêt à agir". La coalition qui se bâtit contre l'Irak, ajoute-t-il, comprend 90 pays, et est "la plus grande de l'histoire de l'humanité".

_8 février, Williamsburg (Virginie, USA). Toute décision de désarmer l'Irak par la guerre doit être prise par les Nations unies, et seulement si toute autre alternative a échoué, déclare le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, dans un discours prononcé au William and Mary College. L'usage de la puissance militaire pour faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité "est une question qui doit être considérée, non par un Etat seul, mais par la communauté internationale dans son ensemble".

"Les inspections peuvent marcher", souligne-t-il, rappelant qu'entre 1991 et 1998 "les inspecteurs de l'ONU ont détruit beaucoup plus d'armes et d'installations que tous les bombardements" de la coalition pendant la guerre du Golfe (1991). Si l'Irak "désarme, avec des inspections efficaces et crédibles, la récompense sera grande". S'il "continue de défier [la communauté internationale], le Conseil [de sécurité] devra faire un nouveau choix sévère [...] face à ses responsabilités".

-> Le discours de Kofi Annan

_8 février, Rome. A la suite d'un entretien téléphonique avec Georges Bush, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi indique que les Etats-Unis et l'Italie "sont convenus de la nécessité de poursuivre toutes les tentatives possibles pour éviter une intervention militaire en raison du refus persistant de Saddam Hussein de neutraliser son arsenal chimique, biologique, et ses armes de destruction massive". Les deux pays "intensifieront leurs efforts dans ce sens au Conseil de sécurité des Nations unies et au sein de l'Union européenne avec pour objectif la défense de la paix et de la sécurité".
#

_7 février, Paris. Déclaration de Jacques Chirac, lors d'un point de presse à l'Elysée: "La France considère qu'entre le dispositif d'inspections tel qu'il existe actuellement et la guerre, il y a encore beaucoup de moyens pour désarmer l'Irak". Pour le président français, "c'est la responsabilité de chacun des membres du Conseil de sécurité" des Nations unies d'"explorer jusqu'au bout" la voie pacifique. "La décision de recourir à la guerre, ajoute-t-il, ne peut pas être prise à la légère, c'est toujours un constat d'échec et la pire des solutions".

Jacques Chirac souligne que "l'Irak ne doit pas se dérober à ses responsabilités" et coopérer avec les inspecteurs des Nations unies, qui ont "déjà obtenu des résultats". "Il faut poursuivre dans cette voie", insiste-t-il: "l'efficacité des inspections exige la coopération active de l'Irak et des autorités irakiennes. [...] Le régime irakien doit le comprendre".

_7 février, Paris. Au cours d'un entretien téléphonique avec George Bush, Jacques Chirac estime que l'"on peut désarmer Saddam Hussein sans faire la guerre", en renforçant les inspections et en obtenant la coopération de l'Irak.

_7 février, Aviano (Italie). En visite à la base de l'aviation américaine d'Aviano, dans le nord de l'Italie, le ministre de la défense, Donald Rumsfeld, déclare que, si la guerre contre l'Irak a lieu, "elle durera six jours, peut-être six semaines, mais certainement pas six mois". "La dynamique d'une guerre en Irak est en marche après des années d'échec de la diplomatie et de sanctions économiques inefficaces. La communauté internationale a déployé d'énormes efforts diplomatiques, et ils ont échoué".

_7 février, Washington. Les Etats-Unis poursuivent leurs préparatifs de guerre. Les effectifs américains atteignent déjà quelque 110'000 militaires, dont 51'000 au Koweit avec leurs équipements lourds. Ils annoncent l'arrivée dans la région de l'une de ses plus redoutables unités, la 101e division aéroportée et envisagent de porter à six le nombre de porte-avions présents dans le Golfe ou en Méditerranée.

_6 février, Paris. Le haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Sergio Vieira de Mello, estime que "la situation des droits de l'homme en Irak est […] très grave. Ceux qui souhaitent s'informer n'ont qu'à lire les documents du rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme sur l'Irak qui a dressé un état des lieux détaillé en novembre [2002]. C'est un long catalogue de violations de toutes sortes. J'espère que chacun garde cette question à l'esprit."

_6 février, Berne. A l'initiative de la Suisse, une réunion internationale humanitaire sur l'Irak aura lieu à Genève les 15 et 16 février 2003. Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des affaires étrangères, présidera cette réunion à laquelle ont été invités 30 Etats [au nombre desquels les cinq pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies et les six pays voisins de l'Irak].et 15 organisations humanitaires. L'Irak n'a pas été invité.#

G. Dobeuliou Bush

Photo Onu.

_6 février, Washington. "La partie est terminée [...] Saddam Hussein sera stoppé", déclare George Bush, ajoutant que le Conseil de sécurité des Nations unies "ne doit pas reculer lorsque ses exigences sont défiées et bafouées par un dictateur". Et si nécessaire, "les Etats-Unis, avec une coalition d'un nombre croissant de pays, sont résolus à agir de quelque façon qu'il faudra pour se défendre et désarmer le régime irakien", assure-t-il, lors d'un discours à la Maison Blanche.

Le président américain indique que les Etats-Unis "seraient favorables" à une deuxième résolution des Nations unies si celle-ci permettait de confirmer les décisions déjà prises et de désarmer l'Irak. "Mais une résolution ne veut rien dire si elle ne s'accompagne pas de détermination". "Le Conseil de sécurité ne doit pas reculer quand ses demandes sont bafouées et ridiculisées par un dictateur", ajoute t-il, en affirmant que "les violations par l'Irak sont évidentes et continuent en ce moment même".

_6 février, Londres. Les chefs des inspecteurs des Nations unies, Hans Blix et Mohamed El- Baradei, lancent, au nom du Conseil de sécurité, un ultimatum à Saddam Hussein, le sommant de "changer drastiquement" d'attitude avant le 14 février, date de remise du prochain rapport des inspecteurs, et qualifiant la situation de "très critique".

Colin Powell

Photo Onu.

_5 février, New York. Colin Powell, tente de convaincre le Conseil de sécurité des Nations unies, "preuves" à l'appui, du refus du régime de Saddam Hussein de désarmer et dénonce la "politique de tromperie de l'Irak". Le secrétaire d'Etat américain insiste sur les liens qu'entretiendrait l'Irak avec les réseaux terroristes, dont celui d'Al-Qaida.

Un "catalogue d'indices, à défaut de véritables preuves", commente le quotidien Libération, qui voit "la guerre [se profiler] entre les lignes du réquisitoire Powell". Les divergences restent entières sur les conséquences à tirer de ce constat : le camp des partisans des inspections, France, Chine et Russie en particulier, fait valoir qu'on ne peut pas faire la guerre pour cause de "coopération passive" et qu'il faut poursuivre - et renforcer - les missions d'inspection en Irak. Le camp anglo-américain estime, lui, que les inspections ne donneront jamais de résultats fiables. La majorité des 15 membres du Conseil de sécurité plaide pour la poursuite des inspections.

-> Le réquisitoire de Colin Powell        -> Conseil de sécurité : les réactions

Pour sa part, l'Irak annonce l'envoi aux Nations Unies "d'une réponse détaillée" à ces "mensonges". "L'Irak enverra au secrétaire général de l'Onu Kofi Annan et aux membres du Conseil de sécurité une réponse détaillée et globale à tous les mensonges" de Colin Powell, déclare un officiel irakien.

_5 février, Paris. Dans une interview publiée par Le Figaro, le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz déclare que "Washington veut faire de [l'Irak] une colonie anglo-américaine". Il affirme que, le 5 février devant le Conseil de sécurité, Colin Powel "ne pourra pas montrer que l'Irak détient des armes de destruction massive [...] Si M. Powell émet des accusations, il appartiendra aux inspecteurs d'aller vérifier leur véracité sur le terrain", soulignant que "la vérité est que les Américains veulent s'emparer de notre pétrole car nous avons les deuxièmes réserves du monde".

_4 février, Washington. Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell indique qu'il présentera [le 5 février au Conseil de sécurité des Nations unies] de "nouvelles preuves sur la manière dont l'Irak trompe" la communauté internationale, ajoutant qu'il "n'y aura pas de preuves de flagrant délit", laissant entendre qu'il s'agirait plutôt d'un faisceau de présomptions et d'éléments à charge. "Nous ferons une démonstration franche, sobre, convaincante".

_3 février, Berne. La Suisse organisera, à la mi-février à Genève, une conférence sur les conséquences humanitaires d'une guerre en Irak, en invitant notamment les pays de la région [Jordanie, Irak, Iran, Syrie, Koweït, Arabie Saoudite, Turquie], ainsi que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Union européenne. Des organisations humanitaires comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés seront invités.

La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, à l'origine de cette initiative, rappelle que la Suisse restera totalement neutre en cas d'attaque de l'Irak sans une deuxième résolution des Nations unies autorisant l'usage de la force. Cela signifie notamment, précise-t-elle, que des survols de la Suisse à des fins militaires sont "exclus" dans ce cas.
#