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>  Le conflit irakien

AVRIL 2003 / L’INTERVENTION ANGLO-AMERICAINE EN IRAK
__La vérité sur les armes prohibées irakiennes devrait pouvoir être établie, selon Hans Blix

Conseil de sécuritéLe chef des inspecteurs des Nations unies, Hans Blix, a déclaré, le 5 juin 2003, à New York, que rien ne permet, aujourd'hui, de dire que des armes de destruction massive existent encore en Irak. Mais, a-t-il ajouté, "dans le nouvel environnement irakien où il est désormais possible d'avoir accès aux sites et de bénéficier de la coopération des Irakiens et où les témoins n'ont plus de raison de se taire, il devrait être possible d'établir la vérité".

Le président de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (CCVINU), a présenté, au cours d'une séance publique du Conseil de sécurité, les conclusions du 13e rapport trimestriel de la Commission. Il a rappelé que la CCVINU n'avait à aucun moment, durant la reprise de ses inspections en Irak, trouvé la preuve de la poursuite ou de la reprise de programmes d'armements de destruction massive pas plus que des quantités significatives d'articles interdits.

"Comme j'ai déjà eu l'occasion de le faire remarquer, cela ne veut pas nécessairement dire que ceux-ci n'existent pas. Il est possible qu'ils existent mais nous ne pouvons pas conclure à ce stade que quelque chose existe parce que rien n'a été trouvé à son sujet", a remarqué Hans Blix, ajoutant qu'il "revenait à la partie irakienne de dévoiler des produits non répertoriés, s'ils existent, ou de donner des preuves de leur non-existence, faute de quoi, la communauté internationale ne peut pas croire que ces programmes ont bien été interrompus".

"Ni les inspections, ni les déclarations ou documentation fournies par l'Irak n'ont permis de raccourcir la liste d'articles interdits", a admis Hans Blix. "Toutefois, une présence efficace d'inspecteurs internationaux aurait eu un rôle de dissuasion". Il a également fait remarquer que des grandes quantités d'armes interdites non répertoriées avaient été recherchées pendant des années par la CCVINU, et auparavant l'UNSCOM, qui, ni l'une ni l'autre, n'avaient découvert quoi que ce soit.

Hans Blix a conclu en insistant sur l'atout que représentait la compétence et l'expérience accumulée par la Commission dans le domaine des armes biologiques et des missiles, domaine dans lequel, a-t-il souligné, il n'existe aucune organisation internationale de vérification alors que la volonté d'empêcher la prolifération de ces armes s'affirme au sein de la communauté internationale.

"Le cas de l'Irak a été un facteur majeur à cet égard", a-t-il indiqué.
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Hans Blix : "Ce n'est pas la première fois que la force est employée sur des bases erronées"

Hans Blix"Ce n'est pas la première fois que la force est employée sur des bases erronées", déclare Hans Blix au quotidien Le Monde [13 juin 2003]. Le chef des inspecteurs en désarmement des Nations unies s'interroge sur la fiabilité des renseignements américains en ce qui concerne la présence d'armes de destruction massive en Irak.

"Je [...] souhaite bonne chance [aux Américains]. Nous voulons tous savoir la vérité. Il devrait être plus facile pour eux que pour nous de l'établir. Les témoins ne devraient plus avoir peur de parler. Le régime totalitaire est tombé".

Quels enseignements tirez-vous de la crise irakienne ?

Mener des frappes préemptives sur la base de renseignements des services secrets est quelque chose auquel nous devons faire soigneusement attention. Ce n'est pas la première fois que la force a été employée sur la base de renseignements qui se sont révélés erronés.

Le bombardement de l'ambassade de Chine à Belgrade a résulté de renseignements faux. Une usine de produits chimiques près de Khartoum a été détruite de la même manière. Ici, une guerre a commencé sur la base de renseignements. Nous ne savons pas encore s'ils étaient exacts. Mais la question se pose : sur quelle base peut-on commencer une guerre ? Cette base est-elle suffisamment solide ? Et quelle importance attribue-t-on au fait d'avoir l'autorisation du Conseil de sécurité ? [...]

Y a-t-il quelque chose que vous referiez différemment ?

Non. Au bout du compte, nous avons montré qu'il était possible de monter une équipe indépendante d'inspecteurs des Nations unies, n'étant pas dirigée par des services de renseignement étrangers et pouvant en même temps être efficace. Cela n'a pas suffi dans le cas de l'Irak pour changer le tableau, mais c'est une expérience à prendre en considération pour le futur.

Vous ne pensez pas que vous auriez pu dire plus fort que l'Irak n'a peut-être pas d'armes de destruction massive ?

Mais nous n'avons pas cessé de le dire ! Nous avons dit que nous n'avons pas de preuves de l'existence d'armes de destruction massive en Irak mais que nous avons de nombreuses preuves de l'existence de questions non résolues.

Fin janvier [2003], nous avions trouvé 12 têtes de missiles et une pile de documents. A ce moment-là, j'ai dit : cela pourrait être la partie émergée d'un iceberg. Mais cela pourrait aussi être des débris. Bien sûr, quand on regarde maintenant, il apparaît plus probable que ce n'était que des débris. Même chose pour les documents que nous avons trouvés au domicile d'un scientifique : cela collait avec les informations que nous avions reçues depuis longtemps des services de renseignement selon lesquelles les archives n'étaient pas dans les entreprises ou les ministères mais chez des particuliers.

Où sont les armes ? Peut-on parler d'énigme ?

Oui, c'en est une. On ne peut que spéculer. Plus le temps passe, plus nous devons nous interroger : s'il n'y a pas d'armes de destruction massive, quelles peuvent avoir été les motivations des Irakiens ? Ils auraient pu éviter des années de sanctions et de souffrances s'il n'y avait pas d'armes. Mais Saddam Hussein se voyait comme l'empereur de Mésopotamie. Il ne se souciait pas beaucoup de savoir que les Irakiens souffraient des sanctions.

Sources : Nations unies, New York, 5 juin 2003, quotidien Le Monde, Paris, 13 juin 2003.
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