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POINT DE VUE __Torture : l'humanité a dit "non" ! Face à la torture, les "il n'y a qu'à" ne tiennent pas. L'écrivain Ariel Dorfman ["La question qu'Ivan Karamazov ne pose pas", Le Monde du 6 mai 2004] a raison, aidé par Dostoïevski, de ne pas simplifier le choix : faut-il vraiment refuser la torture en toutes circonstances ? Nos peurs, nos désirs de paix, parfois de prétendues justifications supérieures nous amènent facilement à fermer les yeux sur la souffrance d'un être humain, surtout s'il est présumé coupable. Pourtant, Ariel Dorfman oublie que, dans sa marche historique, l'humanité a vécu les profondeurs de l'horreur et à répondu à la question de la manière suivante : "Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants" (article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Nations unies, le 10 décembre 1948). La réponse juridique, l'affirmation d'un principe, ne saurait remplacer les décisions qu'il nous faut prendre, en conscience, à chaque événement menaçant. Pourtant, les hommes et les femmes qui ont vécu la Shoah, ceux qui ont utilisé la bombe atomique et provoqué des destructions massives des populations civiles nous guident. Il n'est pas bon d'oublier ce que l'humanité tout entière affirme (sans le respecter), comme si la conscience universelle n'avait pas déjà parlé ! Certes, la question est reposée à chaque fois, mais les éléments de réponse existent. A nos sociétés de les utiliser et d'en faire des interdits politiques, des propositions pédagogiques, des impératifs théologiques ou philosophiques. Il n'est pas bon de considérer comme négligeable les références au droit international au motif que nombre d'Etats s'en moquent. Le cynisme des puissants ne peut faire disparaître le choix des "peuples du monde entier qui ont proclamé leur foi en la dignité et la valeur de la personne humaine". En passant sous silence les engagements pris par l'humanité torturée, en relativisant les normes qui peu à peu imprègnent une conscience mondiale, on laisse chacun seul, démuni, devant des choix qui, s'ils sont éternellement à refaire, ont déjà connu des réponses : la torture, jamais ! Guy Aurenche est avocat, président d'honneur de la Fédération internationale de l'action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT). Point de vue publié dans le quotidien Le Monde, Paris, 14 mai 2004. |