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2005-L'actualité des droits de l'homme dans le monde


__L'adoption d'une nouvelle Constitution et des élections législatives...


 2005  | Janvier | Février | Mars | Avril | Juin | Juillet | Août | Septembre | Octobre | Novembre | Décembre |

DECEMBRE

G. Bush_18 DECEMBRE. Lors d'un discours télévisé, George Bush déclare que les élections irakiennes marquaient le début d'une démocratie constitutionnelle au Moyen-Orient, tout en affirmant : "Non seulement nous pouvons gagner la guerre en Irak, mais nous sommes en train de la gagner". "Les Irakiens de tous les milieux reconnaissent que la démocratie est l'avenir du pays qui leur est cher et ils veulent qu'on entende leurs voix", assure-t-il.

[Le président américain a mis en garde contre le retrait prématuré des forces de la coalition, avant l'achèvement de leur mission consistant à créer "un Irak démocratique qui peut se défendre lui-même". Un tel retrait aurait de graves conséquences, a-t-il rappelé. "Nous abandonnerions nos amis irakiens et signalerions au monde qu'on ne peut pas faire confiance aux Etats-Unis pour tenir leurs engagements […] Nous remettrions l'Irak entre les mains des ennemis qui ont juré de nous attaquer, et le mouvement terroriste mondial deviendrait plus hardi et plus dangereux que jamais auparavant".]

_16 DECEMBRE. Plus de dix millions d'irakiens sur les 15,5 millions d'électeurs inscrits ont participé aux élections législatives organisées le 15 décembre. Les électeurs devaient choisir 275 députés parmi plus de 7'500 candidats, dans une élection marquant l'ultime étape de la transition politique dans le pays depuis l'invasion américaine de mars 2003. 307 "entités politiques" et 19 coalitions étaient en lice pour la troisième consultation de l'année, après les élections générales du 30 janvier et le référendum sur la Constitution le 15 octobre. Les résultats définitifs ne devraient pas être annoncés avant la fin de l'année.

Les forces politiques en présence. L'Alliance irakienne unifiée (chiite religieuse), victorieuse en janvier, était représentée avec ses deux piliers : le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) et le parti Dawa du premier ministre, Ibrahim Al-Jaafari - et une troisième composante, la mouvance radicale de Moqtada Al-Sadr. Les deux principaux partis kurdes, le PDK et l'UPK, ont reconduit leur alliance. La Liste irakienne nationale associait à l'ex-premier ministre chiite laïque Iyad Allaoui des Arabes sunnites libéraux et des communistes, et la Liste du Congrès national irakien représente le vice-premier ministre, Ahmed Chalabi. > Les sunnites s'étaient regroupés au sein du Front de la concorde et du Front pour le dialogue national.

Sur les 275 sièges, 230 seront attribués aux 18 provinces, et les 45 sièges restants, appelés "sièges nationaux", seront alloués aux partis qui n'obtiendront pas de siège au niveau provincial, mais dont le score national sera assez élevé.

[Le président américain, George W. Bush, qui a salué ces élections comme un "jour historique", s'est dit convaincu que "les Irakiens sont en train de construire une démocratie forte, […] qui sera un modèle pour le Proche-Orient". "Nous ne pouvons pas quitter l'Irak, et nous ne quitterons pas l'Irak avant d'avoir obtenu la victoire", a-t-il réaffirmé. 160'000 soldats américains sont déployés en Irak.

"Les Irakiens ont pour la troisième fois cette année, à l'occasion des élections législatives d'hier, bravé les conditions difficiles et les menaces de violences pour exercer leur droit de vote", a déclaré, de son côté, Kofi Annan. "La participation de toutes les communautés à ces élections historiques est une autre étape importante dans les progrès réalisés par l'Irak pour l'avènement d'un Etat démocratique et pose les fondements de la réconciliation nationale", a ajouté le secrétaire général des Nations unies.]#

_14 DECEMBRE. Le président américain George Bush reconnaît que les Américains ont commis "des erreurs tactiques" et que "la plupart les renseignements [sur la présence d'armes de destruction massives] se sont révélés faux". "En tant que président, la décision d'aller en Irak est ma responsabilité", ajoute-t-il.

[Prononçant, à la veille des élections législatives irakiennes, son quatrième et dernier discours de décembre sur l'Irak, le chef de la Maison Blanche a précisé qu'il continue de penser que "Saddam [Hussein] était une menace", que sa décision de le renverser était "la bonne", parce que "le monde est meilleur" sans lui.].

Plus d'info Le discours de George Bush

NOVEMBRE

_30 NOVEMBRE. Les Etats-Unis resteront en Irak jusqu'à la victoire, déclare George Bush lors d'un discours prononcé à l'Académie navale d'Annapolis (Maryland). Les Etats-Unis appliquent à la situation en Irak une stratégie "souple et dynamique" consistant notamment à y maintenir des forces jusqu'à la victoire complète, souligne le président américain.

Plus d'info

_30 NOVEMBRE. Le gouvernement américain annonce son intention de réduire les effectifs américains en Irak en 2006, tout en avertissant qu'elle ne pouvait pas fournir"une date certaine" pour la victoire dans ce pays.

"Aucune guerre n'a jamais été gagnée en fonction d'un calendrier, celle-ci n'échappera pas à la règle", relève le Conseil de sécurité nationale, auprès du président George W. Bush, dans un document intitulé La stratégie nationale pour la victoire en Irak. "Bien que nous ayons confiance en une victoire en Irak, nous ne mettrons pas une date certaine sur le moment où chacun des succès interviendra, parce que la date du succès dépend de la réalisation de certaines conditions, pas de calendriers arbitraires", indique le texte.

_28 NOVEMBRE. "Ils font la même chose qu'à l'époque de Saddam Hussein, et pire encore", déclare, dans un entretien à l'hebdomadaire britannique The Observer, l'ex-premier ministre irakien Iyad Allaoui, à propos du respect des droits de l'homme. "C'est une comparaison appropriée. Les gens se souviennent de l'époque de Saddam. Cela a été précisément la raison pour laquelle nous l'avons combattu, et maintenant nous voyons les mêmes choses", a ajouté cet ancien opposant au régime de Saddam Hussein. "Nous entendons parler de police secrète, de bunkers secrets où les gens sont interrogés. Beaucoup d'Irakiens sont torturés et tués au cours d'interrogatoires. Nous voyons même des tribunaux de la charia qui jugent les gens et les exécutent".#

Iyad Allaoui demande qu'une "action immédiate soit entreprise pour démanteler les milices qui continuent d'opérer en toute impunité et qui ont infiltré la police et les autres institutions, la maladie [qui infecte le ministère de l'intérieur] deviendra contagieuse et se répandra à tous les ministères" - faisant allusion à la découverte, dans un bunker du ministère de l'intérieur, de 173 prisonniers - hommes et adolescents - retrouvés par les Américains, dont certains avaient été torturés et qui, pour la plupart, étaient mal nourris.

[Louise Arbour a réclamé, le 18 novembre 2005, une enquête indépendante et internationale sur les conditions de détention dans les prisons irakiennes. "Les informations selon lesquelles de mauvais traitements auraient été infligés à des détenus, dans un bâtiment du ministère irakien de l'intérieur, soulèvent de nombreuses interrogations quant aux conditions de détention dans ce pays", a relevé la haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, ajoutant qu'un "regard international aiderait les autorités à s'emparer des problèmes dans le système carcéral d'une manière impartiale et objective".

Kofi Annan a, de son côté, rappelé que "les Nations unies ont à plusieurs reprises exprimé leur inquiétude au sujet de la poursuite des violations des droits de l'homme en Irak, en particulier l'absence de garanties d'une procédure régulière pour les détenus et les sévices qui leur sont infligés".]

_14 NOVEMBRE. Estimant à près 30'000 le nombre de civils tués depuis le début de la guerre en Irak en mars 2003, la Mission des Nations unies pour l'Irak (Manui) appelle, dans son dernier rapport sur la situation des droits de l'homme, à la protection des civils dans les opérations de sécurité menées par le gouvernement et la coalition ainsi qu'au respect des droits fondamentaux.

Selon certaines "sources ouvertes", notamment des membres de la société civile et des sources médicales, le nombre de civils tués s'élèverait à 26'000 depuis le début de l'année 2004, tandis que d'autres sources estiment à plus de 30'000 le nombre de civils tués en Irak depuis mars 2003, indique la Mission dans son dernier rapport sur les droits de l'homme, publié à Bagdad.

Plus d'info

Kofi Annan et le Premier ministre irakien al-Jaafari

Kofi Annan et le Premier ministre irakien al-Jaafari. Photo Onu.

_12 NOVEMBRE. Première visite en Irak de Kofi Annan depuis la chute du régime de Saddam Hussein, dans le cadre d'une tournée au Moyen-Orient qui l'a conduit en Egypte, en Arabie Saoudite et en Jordanie. A Bagdad, le secrétaire général des Nations unies s'est entretenu avec le Premier ministre irakien, Ibrahim al-Jaafari, le Vice-Premier ministre, Rowsh Shaways, l'ancien Premier ministre, Iyad Allawi, ainsi qu'avec plusieurs dirigeants politiques et communautaires, notamment du groupe sunnite. #

[Kofi Annan a salué l'action "discrète" mais constante des Nations unies dans les domaines politique, humanitaire et des droits de l'homme, en dépit des attaques terroristes et de la situation sécuritaire. "Cette région et en particulier l'Irak, a trop souffert des attaques terroristes. Même à distance nous ressentons la douleur et les souffrances infligées aux familles de citoyens innocents".

"Les élections [de décembre 2005] sont importantes, elles constituent une étape importante, car si on peut utiliser la force dans certaines situations, la solution à long terme est d'apprendre à vivre ensemble", a ajouté Kofi Annan, qui a salué à cet égard l'initiative de la Ligue arabe visant à convoquer une conférence de réconciliation. "Je suis extrêmement heureux que les nations arabes se soient mises d'accord pour inviter toutes les parties irakiennes au Caire à une réunion de réconciliation. J'espère qu'elles profiteront de cette réunion et de l'encouragement et du soutien de la région".]

_11 NOVEMBRE. Le parti Baas (clandestin) annonce la mort de Izzat Ibrahim al-Douri, 63 ans, l'ex-numéro 2 du régime de Saddam Hussein. Avec Taha Yassine Ramadan, l'ancien vice-président, et Saddam Hussein, tous deux détenus en Irak, il était le seul survivant du groupe des comploteurs qui avaient organisé le coup d'Etat de 1968 portant le Baas au pouvoir.

Recherché par les Américains (roi de trèfle dans le jeu de 55 cartes signalant les responsables de l'ancien régime les plus recherchés), il était accusé de crimes contre l'humanité, notamment pour le gazage de la ville kurde d'Halabja.

_8 NOVEMBRE. Le Conseil de sécurité des Nations unies décide de proroger jusqu'au 31 décembre 2006 le mandat de la Force multinationale en Irak, lequel sera réexaminé à la demande du gouvernement irakien ou au plus tard le 15 juin 2006. Le représentant français a insisté sur le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Irak, ainsi que sur l'importance du dialogue national, notamment dans le cadre "d'une conférence nationale organisée avec l'aide des pays de la région afin de favoriser l'intégration de tous les groupes et communautés de l'Irak au sein du processus politique".

La résolution (1637) adoptée par le Conseil demande "à ceux qui ont recours à la violence pour essayer de subvertir le processus politique de rendre les armes et de participer à ce processus, y compris aux élections prévues pour le 15 décembre" [2005] et encourage "le gouvernement irakien à ouvrir la porte à tous ceux qui renoncent à la violence et à promouvoir un climat politique propice à la réconciliation nationale et à la concurrence politique par des moyens démocratiques pacifiques".

Elle réaffirme par ailleurs "qu'il ne faut pas que les actes de terrorisme fassent échouer la transition politique et économique de l'Irak".#

Plus d'info La résolution des Nations unies [pdf 44 ko]

OCTOBRE

_26 OCTOBRE. Le texte de la nouvelle Constitution irakienne approuvé par 78,59% des électeurs (7,8 millions de votants) qui ont participé au référendum du 15 octobre - selon les résultats officiels publiés à Bagdad. 37% des électeurs inscrits (environ 5 millions de personnes) se sont abstenus, notamment dans les provinces sunnites. L'adoption de cette nouvelle constitution, moins laïque et plus fédéral que l'ancienne loi fondamentale qui régissait le pays avant le 15 octobre, ouvre la voie à des élections législatives en décembre.

Cette victoire est saluée aux Etats-Unis et aux Nations unies comme "une nouvelle journée historique" pour le peuple irakien. Mais, note Le Monde, "la guerre et les attentats continuent".

Le MondeLa vraie question, c'est la guerre. Et deux ou trois constats. D'abord, la guérilla islamo-nationaliste sunnite, à l'origine commandée par les ultimes partisans de Saddam Hussein, est aujourd'hui largement contrôlée par Al-Qaida et son chef en Irak, Abou Moussab Al-Zarkaoui. Ensuite, le jour où le président américain George W. Bush salue la victoire du oui à la Constitution, il oublie de mentionner que les Etats-Unis viennent de franchir le cap symbolique pour son opinion publique du 2'000e soldat tué. Enfin, selon l'ONG britannique Iraq Body Count, 25'000 à 30'000 civils irakiens ont été tués, chacun de ces morts engendrant de la souffrance, de la haine et un surcroît de violence.

La vraie question, à ce jour insoluble, est de voir que l'occupation américaine de l'Irak nourrit inévitablement la guerre, mais qu'un retrait précipité pourrait être le prélude à une guerre civile d'une part, et à la création d'un nouveau sanctuaire pour Al-Qaida d'autre part. Editorial, Le Monde, Paris, 27 octobre 2005.

_15 OCTOBRE. Les Irakiens se prononcent sur le projet de Constitution.

[Le scrutin s’est déroulé dans le calme, note Le Monde, qui relève que ”la guérilla n’est pas parvenue à empêcher le référendum en Irak”. La victoire du oui est attendue dans les régions chiites et kurdes. Au Kurdistan, la participation a été plus faible que prévue.]

_3 OCTOBRE. Dans un rapport publié à Amman, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) dénonce "le ciblage délibéré de civils" par les rebelles et estime qu'il s'agit d'un "crime de guerre". HRW cite nommément trois groupes, Al-Qaida, Ansar Al-Sunna et l'Armée islamique en Irak. 73 attaques sont répertoriées entre août 2003 et septembre 2005. L'organisation américaine fait également état de 12'300 prisonniers détenus par les forces américaines sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux.

Plus d'info
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SEPTEMBRE

_24 SEPTEMBRE. Des soldats américains ont fait subir des mauvais traitements à des détenus irakiens en 2003 et 2004 dans une base du pays, souvent sur ordre ou avec approbation d'officiers supérieurs, affirme un rapport de Human Rights Watch (HRW) rendu public à New York. Dans ce rapport, intitulé "Manquement du commandement : Témoignages directs de torture de détenus irakiens par la 82ème Division aéroportée", deux sergents et un capitaine racontent les brimades quotidiennes et les coups portés aux prisonniers de la base Mercury, près de Falloujah.

Plus d'info Le rapport de Human Rights Watch

_15 SEPTEMBRE. Selon un officier des services de renseignement américain, cité par le quotidien britannique The Times,"on a toutes les raisons de croire qu'Abou Moussab Al-Zarkaoui détient le commandement tactique sur des groupes qui, pour leur propre survie, se sont unifiés sous son autorité". Selon un rapport de ces services, ces groupes rassembleraient "16'000 rebelles sunnites, dont 6'700 seraient des éléments extrémistes fondamentalistes, épaulés par 4'000 autres membres provenant de la Jaysh Mohammad, un groupe rebelle auparavant loyal au régime de Saddam Hussein".

[Je ne pense pas qu'Abou Moussab Al-Zarkaoui existe en tant que tel, déclare au quotidien Le Monde, le Cheikh Jawad Al-Khalessi, imam chiite de la mosquée Al-Kazemiya, à Bagdad. C'est seulement une invention des occupants pour diviser le peuple car il a été tué dans le nord de l'Irak au début de la guerre, alors qu'il se trouvait avec le groupe d'Ansar Al-Islam, dans le Kurdistan. Sa famille, en Jordanie, a même procédé à une cérémonie après sa mort. Abou Moussab Al-Zarkaoui est donc un jouet utilisé par les Américains, une excuse pour poursuivre l'occupation. C'est un prétexte pour ne pas quitter l'Irak".]

_15 SEPTEMBRE. Le président irakien, Jalal Talabani, lance, à l'Assemblée générale des Nations unies, un appel à la communauté internationale. "Aujourd'hui, l'Irak est confronté à une campagne terroriste des plus brutales, perpétrée par les forces des ténèbres", déclare-t-il, avant d'ajouter : "Nous n'hésitons pas à vous dire ouvertement et franchement que nous avons désespérément besoin de votre expérience, de vos investissements et de votre soutien moral pour lutter contre le terrorisme".

Reconnaissant que "les contours d'un Etat irakien démocratique, pluraliste et fédéral ne sont pas encore très nets", il souligne qu'il faudra "du temps pour aboutir à la démocratie, au respect mutuel et à une distribution équitable du pouvoir".

_14 SEPTEMBRE. Dans une cassette audio diffusée sur un site Internet islamiste, le chef d'Al-Qaida en Irak, Abou Moussab Al-Zarkaoui revendique le déferlement de violences survenu à Bagdad depuis le début du mois et proclame une "guerre totale" contre les chiites, qui représentent 60% de la population irakienne, en les accusant de vouloir "exterminer" des sunnites.#

Il met en garde "les tribus, les partis et les associations dont l'inféodation aux croisés et à leurs agents parmi les apostats est prouvée. Vous devez choisir entre le camp du Bien et le camp du Mal. A partir de maintenant, quiconque au sein de la Garde [nationale], la police ou l'armée, dont on aura la preuve qu'il est un agent des croisés ou un espion, sera non seulement tué, mais sa maison sera détruite ou incendiée, après que femmes et enfants en auront été retirés". "Je défie le gouvernement, et à sa tête [le premier ministre] Ibrahim Al-Jaafari, ces lâches, de sortir de leur tanière, de la "zone verte" [de Bagdad] pour affronter les moudjahidins".

_13 SEPTEMBRE. Une copie modifiée du projet de Constitution remise à la mission des Nations unies, à Bagdad.

Plus d'info Le Nouvel Observateur : une Constitution piégée

[Le comité parlementaire de rédaction de la Constitution a apporté deux modifications au texte présenté le 28 août au Parlement irakien. La première modification concerne l'article 3, qui stipule que seul le "peuple arabe" de l'Irak fait partie de la Nation irakienne, excluant ainsi les Kurdes. Il est maintenant mentionné que l'Irak est un membre fondateur et actif de la Ligue arabe et qu'il respecte sa Charte. La deuxième modification propose un meilleur partage du pouvoir entre le chef du gouvernement et ses deux vice-premiers ministres, actuellement chiite et sunnite.]

_8 SEPTEMBRE. Un rapport de la Mission d’assistance des Nations unies en Irak (Manui) met en lumière les graves violations des droits de l'homme commises tant par les groupes armés d'opposition que par les forces de police gouvernementales et la force multinationale. "Le manque de protection des droits de l'homme fondamentaux en Irak reste préoccupant". "Tout citoyen devrait bénéficier des droits et protections stipulées dans les traités et accords internationaux ratifiés par l'Irak", déclare le Représentant spécial de Kofi Annan en Irak, Ashraf Qazi.

Plus d'info

_4 SEPTEMBRE. Saddam Hussein et sept de ses collaborateurs seront jugés à partir du 19 octobre, devant le Tribunal spécial irakien (TSI), pour le massacre de 143 habitants du village de Doujaïl - localité à 60 km au nord de Bagdad - en 1982, après une attaque contre le convoi de Saddam Hussein.

Saddam Hussein sera jugé avec Taha Yassine Ramadan, ancien vice-président, Barzan Ibrahim al-Hassan, son demi-frère et ex-patron des renseignements, Awad Ahmed al-Bandar, qui était l'adjoint du chef de cabinet de Saddam Hussein, et quatre responsables locaux du parti Baas, dissous, impliqués dans ce massacre (Abdallah Kadhem Roueid, Mezhar Abdallah Roueid, Ali Daeh Ali et Mohammed Azzam al-Ali).#

Parmi les nombreux crimes qui leur sont imputés, figurent le gazage des Kurdes en 1988, la répression sanglante de l'insurrection chiite en 1991 et des déplacements massifs de populations kurdes, l'opération Anfal.

[Saddam Hussein avait été capturé par l'armée américaine en décembre 2003 dans la région de Tikrit, au nord de Bagdad et est détenu depuis, ainsi que plusieurs de ses proches collaborateurs, dans une prison gardée par les Américains près de l'aéroport de Bagdad.]

AOUT

_28 AOUT. Le président irakien Jalal Talabani annonce que la Constitution, signée le matin même par son Comité de rédaction et lue devant le Parlement, sera soumis au vote des électeurs par référendum le 15 octobre en dépit des objections soulevées par les sunnites. "La Constitution est désormais prête et sera soumise au peuple irakien, qui est connu pour son intelligence et qui se prononcera dessus. […] Si le peuple l'adopte, ce sera notre loi fondamentale, sinon nous élaborerons une autre Constitution", ajoute-t-il.

Plus d'info          Plus d'info Les points principaux de la Constitution

_25 AOUT. Le Parlement reporte une réunion prévue pour adopter la Constitution. "Le projet a été remis au Parlement dans les délais, et il n'y a aucun problème légal. Il reste aux hommes politiques à trouver un accord" sur la version finale du texte, déclare le chef du département de l'information du Parlement, Bischro Ibrahim.

_24 AOUT. Le Comité des oulémas musulmans, la principale association de religieux sunnites, rappelle son opposition au projet de Constitution, un texte qui "prépare une division de l'Irak et son éclatement", et dont l'élaboration ne respecte pas la règle du "consensus minimal qui aurait pu le légitimer".

"La situation actuelle et ses complications ne sont pas propices à la rédaction d'une Constitution acceptable qui préserve l'unité et les intérêts supérieurs de l'Irak ", ajoutent les oulémas, pour lesquels la Constitution ne doit être élaborée qu'"après le départ des forces d'occupation".

Les religieux sunnites appellent les Etats-Unis à "mettre fin à leur occupation et à transférer le dossier aux Nations unies [...] afin de permettre aux Irakiens d'élaborer leur Constitution loin de toute ingérence" et exhortent les Irakiens à ne pas "tomber dans le piège du référendum" constitutionnel, programmé pour le 15 octobre 2005.

_22 AOUT. Présentation au Parlement irakien d'un projet constitutionnel incomplet. Des divergences importantes – sur le fédéralisme et sur les pouvoirs impartis aux présidents de l'Etat, du gouvernement et du Parlement notamment – opposent chiites, sunnites et Kurdes.#

D'après l'agence américaine Associated Press, le projet indique que l'Irak est un "régime républicain, parlementaire, démocratique et fédéral". Sous l'intitulé indiquant que "l'islam est la principale source de la législation", formulation à laquelle les Kurdes étaient jusqu'à présent opposés -, il est précisé qu'"aucune loi ne peut contredire les normes islamiques" ni les "normes démocratiques" ni non plus "les droits et libertés fondamentales définis par la Constitution". "L'identité musulmane du peuple irakien" est garantie, mais chacun est "libre de pratiquer les usages de son idéologie".

L'arabe et le kurde sont les deux langues officielles, le turcoman et l'assyrien étant les langues officielles dans les régions où se trouvent ces deux communautés. "Le gouvernement fédéral doit garantir l'unité, la sécurité, l'indépendance, la souveraineté et le système démocratique fédéral du pays", le pétrole et le gaz étant "la propriété de tout le peuple irakien", ses revenus devant être distribués selon un schéma qui correspond "à la répartition de la population à travers le pays".

_11 AOUT. Le président George Bush refuse d'évoquer un retrait des troupes américaines d'Irak. "Quand la mission sera achevée et que nous aurons infligé une défaite aux terroristes, nos troupes reviendront à la maison et la nation sera fière et reconnaissante".

G. Bush [George Bush a évoqué, devant la presse, les doutes de l'opinion publique quant à la poursuite de la présence américaine en Irak : "Je sais qu'il y a beaucoup de gens, ici aux Etats-Unis, qui se posent la question du retrait des troupes. Ils s'inquiètent à cause de la violence et des morts. Ils entendent les histoires des proches qui sont morts au combat [...] J'ai entendu les voix de ceux qui disent : "Retirez les troupes, maintenant", et j'ai réfléchi à leur cri et à leur désir sincère de réduire les pertes en vies humaines en retirant nos troupes", a-t-il déclaré. Mais, a repris le président, "je suis tout à fait en désaccord. Se retirer maintenant enverrait un signal terrible à l'ennemi [...] aux terroristes du monde, à ceux qui prennent des vies innocentes, que les Etats-Unis sont faibles". Pour l'opinion, il n'est pas facile de discerner des progrès, a-t-il admis, "mais un retrait prématuré serait trahir les Irakiens". ]

_4 AOUT. Dans une résolution adoptée à l'unanimité, le Conseil de sécurité des Nations unies condamne sans réserve et avec la plus grande fermeté les attentats terroristes perpétrés en Irak, rappelant que "tout acte de terrorisme constitue une menace contre la paix et la sécurité".

Plus d'info

JUILLET

_27 JUILLET. Le groupe Al-Zarkaoui a assassiné les deux diplomates algériens qu'il avait enlevés une semaine plus tôt à Bagdad. L'exécution d'Ali Belaroussi et d'Azzedine Belkadi porte à trois le nombre de diplomates arabes tués par le réseau A-Qaida en Irak sous le prétexte qu'ils représentent des gouvernements suppôts des "juifs et des croisés".#

[Les "griefs" systématiquement retenus par l'organisation Al-Qaida en Mésopotamie tiennent désormais d'une logomachie classique, écrit Mouna Naïm, dans le quotidien Le Monde. Les diplomates sont accusés d'être les représentants de pays "qui n'appliquent pas la charia" [la loi musulmane], qui sont les suppôts "des juifs et des croisés", et qui sacrifient les intérêts des peuples musulmans, que le groupe d'Al-Zarkaoui dit vouloir venger en appliquant "le verdict de Dieu". Toutes les condamnations, dénonciations et autres fatwas de la Ligue arabe, de l'Organisation de la conférence islamique, de la Ligue islamique mondiale et autres oulémas à travers le monde n'ont pas réussi à infléchir la détermination des assassins.

"En filigrane des "arguments" invoqués par les tueurs se profile leur véritable objectif : "Une polarisation binaire brutale, qui les met face à face avec les forces de la coalition et le gouvernement irakien à l'exclusion de tout autre partie", explique un spécialiste de l'Irak […]. Dans ce face-à-face, "il n'y a de place ni pour les Nations unies - d'où l'attentat qui a visé en août 2003 le quartier général de l'organisation internationale à Bagdad -, ni pour les organisations non gouvernementales, ni pour les diplomates", ajoute-t-il". Le Monde, 29 juillet 2005.

_27 JUILLET. De passage à Bagdad, Donald Rumsfeld appelle les dirigeants irakiens à adopter rapidement la nouvelle Constitution - et demande que l'entraînement des forces armées irakiennes soit accéléré. Autant d'éléments qui pourraient avancer la date du retrait de l'armée américaine du pays : selon le général Casey, commandant des troupes américaines, le nombre de soldats pourrait être réduit de manière significative d'ici à 2006. Un départ "rapide" de la force multinationale également souhaité par le premier ministre Jaafari.

LibérationEdward Luttwak appartient au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington et conseille le Pentagone sur les questions de sécurité. Cet expert plaide pour un retour à la "realpolitik" et, depuis janvier 2005, pour un désengagement de l'armée américaine en Irak.

"Si l'armée américaine se retirait, cela ne ferait pas une grande différence du point de vue de la sécurité quotidienne dans ce pays. La présence militaire américaine y est minime. Il n'y a que 50'000 GI réellement opérationnels dans l'ensemble de l'Irak, loin du chiffre officiel, de l'ordre de 120'000. Ce nombre doit être comparé aux 37'500 policiers de la ville de New York, dont la population est beaucoup moins hostile que celle de l'Irak. L'armée américaine est par conséquent incapable de contrôler la situation. […]

Un retrait ne laisserait-il pas le champ libre aux insurgés ? Les insurgés, c'est-à-dire les extrémistes sunnites qui veulent le pouvoir bien qu'ils soient minoritaires en Irak, les jihadistes du monde entier venus combattre les Occidentaux, ainsi que les salafistes venus combattre les chiites qu'ils considèrent comme des apostats [ceux qui renient leur foi], ne pourront pas prendre le pouvoir, car ils devront affronter militairement les Kurdes et les chiites. En outre, les Etats-Unis n'auront pas perdu la guerre. […]
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Vous acceptez une guerre civile ? En Irak, les choses doivent se faire à la manière moyen-orientale. Les sunnites doivent accepter le fait qu'ils sont une minorité et qu'ils ne peuvent avoir qu'une voix minoritaire en Irak. Le retour à la stabilité politique est à ce prix, et cela passe probablement par une phase de violence. Le but de toute guerre civile est le retour à un équilibre. Cela a été vrai pour la guerre civile américaine comme dans d'autres pays. Chaque pays normal doit passer à un certain moment de son histoire par une phase de rééquilibrage de ce genre. C'est le cas en Irak aujourd'hui.

Vraiment ? La guerre peut être un mal nécessaire. Elle n'est généralement pas organisée par des hommes pervers et des marchands d'armes. La guerre est un mécanisme d'ajustement qui peut ramener l'équilibre politique et la paix. Si les sunnites acceptaient qu'ils sont minoritaires et, comme l'ont fait les Kurdes, s'ils annonçaient qu'ils vont s'investir dans la lutte pour les droits des minorités dans le respect de l'idéal démocratique, l'Irak pourrait faire l'économie d'une guerre civile. Mais ce n'est pas le cas. La présence américaine bloque un processus naturel. Celui-ci, au Moyen-Orient, peut être sanglant. […]

Source : Libération, Paris, 28 juillet 2005.

_25 JUILLET. Les groupes armés qui s’opposent à la force multinationale dirigée par les Etats-Unis et au gouvernement irakien font preuve d’un mépris absolu pour la vie des civils irakiens et étrangers, en perpétuant un cycle de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, déclare Amnesty International dans un rapport publié à Londres.

Au terme d’un des mois les plus terribles depuis le déclenchement de la guerre en Irak, en mars 2003, au cours duquel les groupes armés – qui « font preuve d'un mépris absolu pour la vie des civils irakiens et étrangers » - ont commis un très grand nombre d’homicides, l’organisation de défense des droits de l’homme dénonce leur manque de détermination à respecter ne serait-ce que les normes les plus élémentaires du droit humanitaire. Amnesty souligne que les homicides délibérés de civils, les prises d’otages, les actes de torture et les meurtres de prisonniers sans défense, ne pouvaient trouver de justification.

Plus d'info

_20 JUILLET. Les craintes d'une guerre civile se font jour en Irak après une série d'attentats dirigés contre la principale communauté du pays, les chiites qui représentent 60% de la population. A Moussayeb, une ville au sud de Bagad, le 16 juillet, l'explosion d'un camion citerne de gaz a causé la mort de 71 chiites ; le 13 juillet, à Bagdad, 32 enfants et adolescents ont été tués par une voiture piégée, alors que les Américains leur distribuaient des friandises et des jouets.#

[Ces attentats sont manifestement une tentative de dresser l'une contre l'autre les deux plus importantes communautés du pays, note le quotidien Le Monde. "Si les sunnites et le Parti islamique [principal parti sunnite] ne font rien et refusent de faire front avec les chiites, je pense avec amertume que la guerre civile approche à grands pas", a affirmé, Cheikh Jalal Al-Saghir, député chiite. "Je demande solennellement aux organisations sunnites d'être dans la même tranchée que nous car, celui qui se tait est complice d'un crime et nous ne pouvons pas nous contenter de simples communiqués de dénonciations. Cela ne guérit pas nos blessures".
Selon un autre député chiite, Khodeir Al-Khouzaï, "nous savons très bien que des pays arabes sont impliqués dans ces attentats et il faut rompre les relations avec eux car si une guerre civile éclate, nous seront tous des victimes". Le président du Parlement, Hajem Al-Hassani, sunnite, a demandé aux députés chiites de cesser ce langage "qui ne fait que créer des problèmes. Ces attaques ne visent pas seulement les chiites mais également les sunnites comme à Mossoul ou Erbil". Source : Le Monde.]

_19 JUILLET. Si le nombre de soldats américains tués en Irak depuis l'invasion du pays, en mars 2003, se monte à 1751 morts, selon un bilan établi à partir des chiffres du Pentagone, celui des morts civils est au moins dix fois plus élevé. L'organisation non gouvernementale Iraq body count [www.iraq-bodycount.net] avance un nombre de morts civiles qui se situe entre 22'787 et 25'814.

Le nombre des attaques contre les civils et les soldats américains ont été, en juin, de 160 - dont 53 à la voiture piégée. Ces attaques ont coûté la vie à 430 personnes, dont 266 civils.

JUIN

28 JUIN. Dans un discours à la nation, le président américain George Bush déclare qu'il sait "que les Américains se posent la question : "Le sacrifice en vaut-il la peine ?" à propos de la guerre en Irak. Il annonce "des moments difficiles qui testeront la détermination de l'Amérique" en Irak

" Comme la plupart des Américains, je vois les images de violence et de bain de sang. Devant toute cette violence, je sais que les Américains se posent la question. "Le sacrifice en vaut-il la peine ?" Cela en vaut la peine et c'est vital pour la sécurité future de notre pays. Les terroristes peuvent tuer des innocents, mais ils ne peuvent pas empêcher l'avancée de la liberté. Ils vont échouer. Le travail en Irak est difficile et dangereux. Nous avons encore du travail à faire et il y aura des moments difficiles qui testeront la détermination de l'Amérique. Le peuple américain ne faiblit pas devant la menace et nous ne laisserons pas notre avenir être déterminé par des assassins".#

_24 JUIN. Après une rencontre avec le premier ministre irakien, Ibrahim Al-Jaafari, George W. Bush, reconnaît que les temps à venir s'annoncent difficiles pour les troupes américaines. "La route ne sera pas facile", déclare le président. "L'objectif de l'ennemi est de nous chasser d'Irak avant que les Irakiens aient mis en place un gouvernement sûr et démocratique. Il ne réussira pas."

"Il ne va pas y avoir de calendrier [de retrait], affirme également George Bush. Ça n'a pas de sens d'avoir un calendrier". "Pourquoi dirait-on à l'ennemi : voilà le calendrier, allez-y et attendez notre départ" ?

_23 JUIN. "Tous ceux qui disent que nous avons perdu cette guerre ou que nous sommes en train de la perdre ont tort. Ce n'est pas ce qui se passe", affirme Donald Rumsfeld lors d'une audition devant la commission des forces armées du Sénat.

Concernant le retrait des troupes américaines, le secrétaire américain à la défense fait remarquer que "si la coalition devait partir avant que les forces de sécurité irakiennes soient capables d'assumer leurs responsabilités, nous serions de nouveau un jour confrontés à un autre régime irakien, peut-être même plus dangereux que le dernier ". "Cela tendrait une perche aux terroristes qui, ces derniers mois, ont subi des pertes significatives, n'ont pas pu s'appuyer sur des bases et ont vu leur soutien populaire s'affaiblir", estime-t-il.

_JUIN. Des milliers de personnes sont détenues en Irak sans avoir été jugées, au mépris de la législation internationale, estiment les Nations unies, ajoutant que 6'000 des 10'000 prisonniers du pays sont sous la coupe de l'armée américaine.

En Irak, "l'un des principaux défis en matière de droits de l'homme reste la détention des milliers de personnes sans procès", déclare le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan dans un rapport destiné au Conseil de sécurité. "Malgré la libération de certains détenus, leur nombre continue à croître. La détention prolongée sans accès à des avocats et des tribunaux est interdite par la loi internationale, y compris en cas d'état d'urgence", poursuit le rapport.

[Une résolution du Conseil de sécurité adoptée en 2004 pour mettre un terme à l'occupation américaine de l'Irak autorisait l'armée américaine à détenir des prisonniers malgré le transfert de pouvoir aux Irakiens en juin 2004, contredisant les conventions de Genève. Les Etats-Unis retenaient à l'époque plus de 8'000 prisonniers dans des centres contrôlés par les forces américaines, dont la prison d'Abou Ghraïb, où des soldats américains avaient pris des photos de prisonniers subissant divers abus.]

AVRIL #

_12 AVRIL. Lors d'une visite de quelques heures à Bagdad, le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, indique que les Etats-Unis ont une "stratégie de victoire" en Irak, une "mission qui consiste à mettre le pays sur la voie de la démocratie, de la liberté et d'un gouvernement représentatif".

George BushDans un discours devant des soldats américains sur la base de Fort Hood, au Texas, George Bush réaffirme, pour sa part, à l'adresse des Irakiens : "Nous vous aiderons à établir un gouvernement représentatif et pacifique qui protège les droits des citoyens et nos soldats partiront."

"Le succès de la démocratie en Irak envoie un message de Beyrouth à Téhéran, que la liberté peut constituer l'avenir de toutes les nations", a ajoute le président américain, pour qui "l'instauration d'un Irak libre au coeur du Moyen-Orient serait une défaite cuisante pour les forces de la tyrannie et de la terreur et un événement fondateur de la révolution démocratique mondiale. […] Ce week-end nous allons célébrer le deuxième anniversaire de la libération de Bagdad. […] La chute de la statue de Saddam Hussein à Bagdad sera inscrite aux côtés de la chute du Mur de Berlin et considérée comme un grand moment dans l'histoire de la Liberté".

[Près de 1'550 soldats américains ont trouvé la mort en Irak depuis la guerre lancée contre ce pays en mars 2003.]

_7 AVRIL. Le premier président kurde de l'histoire moderne de l'Irak, Jalal Talabani, 71 ans, et ses deux vice-présidents, le chiite Adel Abdel Mahdi et le sunnite Ghazi al-Yaouar, prêtent serment (sur le Coran). "Je jure devant Dieu le tout puissant de remplir mes fonctions et les responsabilités légales qui m'incombent de la meilleure façon possible, de préserver l'indépendance de l'Irak, de défendre les intérêts de son peuple, de son ciel et sa terre et le système démocratique fédéral", déclare le nouveau président.

Tous trois ont été élus le 6 avril par l'Assemblée nationale transitoire issue des élections historiques du 30 janvier. Ils forment le Conseil présidentiel, la plus haute autorité de l'Etat.

Immédiatement après la cérémonie d'investiture, le Conseil présidentiel a nommé premier ministre Ibrahim Al-Jaafari, chef du parti chiite Dawa, dont la candidature était présentée par l'Alliance unifiée irakienne, première formation parlementaire avec 146 députés et grand vainqueur des élections.

MARS

_19 MARS. A l'occasion de sa traditionnelle adresse hebdomadaire à la radio, le président américain George Bush justifie à nouveau le débarquement anglo-américain en Irak. "En ce jour il y a deux ans, nous avons lancé l'opération "Liberté pour l'Irak" afin de désarmer un régime brutal, libérer son peuple et défendre le monde contre un grave danger. Aujourd'hui, nous voyons des signes d'espoir dans tout le "Grand Moyen-Orient". La victoire de la liberté en Irak renforce un nouvel allié dans la guerre contre le terrorisme, et inspire les réformateurs démocrates, de Beyrouth à Téhéran".

En deux ans, la guerre a coûté 1'520 vies américaines, 11'300 blessés et plus de 200 milliards de dollars.#

_1er MARS. Ibrahim Al-Jaafari, chef de l'une des deux grandes formations islamiques victorieuses des élections du 30 janvier, le parti Al-Daawa et probable successeur d'Iyad Allaoui à la tête du nouveau gouvernement transitoire en voie de formation, tente d'apaiser les craintes que la victoire de la majorité chiite du pays a fait naître, notamment parmi les laïques et les libéraux irakiens.

"J'appartiens à un mouvement islamique, certes. L'islam devra être la religion de notre Etat puisque plus des trois quarts de notre peuple sont musulmans. Mais c'est à l'établissement d'un système démocratique et pluraliste que nous travaillons : un système dans lequel l'islam sera l'une des sources de notre droit, et non la seule source. Il n'est pas question d'imposer la charia. Nous devons tenir compte des impératifs de notre époque et du caractère pluraliste, aussi bien religieux qu'ethnique, de notre société. Nous voulons une démocratie qui respectera les droits de l'homme et ceux de la femme, et qui établira une véritable séparation entre les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif. Il faudra que la nouvelle Constitution [qui devrait être soumise à référendum en octobre] soit acceptable pour tous les Irakiens, quelles que soient leurs croyances religieuses et politiques", affirme-t-il, dans une déclaration au quotidien Le Monde.

FEVRIER

_17 FEVRIER. L'Irak a décidé d'adhérer au statut de Rome portant création de la Cour pénale internationale (CPI), selon un décret-loi du gouvernement sortant du premier ministre, Iyad Allaoui. "La République d'Irak a adhéré au statut de Rome créant la Cour pénale internationale, signé le 17 juillet 1998", indique le texte du décret-loi, soulignant que les dispositions de ce statut "représentent des valeurs communes à l'ensemble de l'humanité".

Les statuts de la Cour permettent aux pays qui n'ont pas ratifié le traité de soumettre des faits à la Cour. L'Irak, qui prépare le procès pour crimes contre l'humanité de l'ancien président, Saddam Hussein, pourrait donc, en son nom, recourir à la CPI.

[La CPI est le premier tribunal permanent chargé de la répression des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des génocides dans le monde. Le traité de Rome permet aux Etats signataires de poursuivre eux-mêmes des personnes impliquées dans les crimes de guerre et contre l'humanité.]

La une de Libération, 14 février 2005.


_13 FEVRIER. Selon les résultats définitifs du scrutin du 30 janvier, la liste de l'Alliance irakienne unifiée, à majorité chiite, parrainée par le grand ayatollah Ali Sistani obtient 48,1% des suffrages exprimés - et la majorité des sièges (140 sur 275 siège) du nouveau Parlement. Avec 75 sièges (25,7% des voix), les Kurdes s'imposent comme la deuxième force du pays et vont, de ce fait, jouer un rôle d'arbitre dans l'Assemblée. La participation au scrutin a atteint 59 %.

Les résultats du scrutin confirment l'effondrement de la liste du premier ministre Iyad Allaoui (13,8% des voix). La liste sunnite du président sortant Ghazi al-Yaouar obtient 5 sièges (1,7 % des voix).#

La nouvelle Assemblée nationale devra élire, à la majorité des deux tiers, le Conseil présidentiel, composé du chef de l'Etat et de deux vice-présidents. A l'unanimité, ce dernier devra choisir un Premier ministre, ainsi que les ministres sur avis du chef du gouvernement.

Elle devra rédiger, d'ici au 15 août, une nouvelle Constitution. Un référendum pour approuver ce texte doit être organisé avant le 15 octobre. Si la Constitution est approuvée, des élections générales devront se tenir au plus tard le 15 décembre 2005.

Les chiites forment 60% de la population - les Arabes sunnites de 20 à 25%, les Kurdes sunnites de 15 à 20%.

[Les résultats. Alliance irakienne unifiée : 140 sièges. Alliance kurde : 75 sièges. Liste d'Iyad Allaoui (chiite laïc) : 40 sièges. Liste du président sortant sunnite Ghazi al-Yaouar : 5 sièges. Alliance du front turcoman d'Irak : 3 sièges. Cadres et élites nationaux indépendants, proches du chef radical chiite Moqtada Sadr : 3 sièges. Union du peuple (communiste) : 2 sièges. Groupe islamique du Kurdistan : 2 sièges. Organisation de l'action islamique (chiite) : 2 sièges.

La liste nationale de Mésopotamie (chrétienne), l'Alliance nationale démocratique (nationaliste arabe) et le Mouvement de réconciliation et de libération (sunnite) obtiennent chacun 1 siège.]

_6 FEVRIER. Alors que s'annonce une large victoire de l'Alliance irakienne unifiée (AIU), la liste chiite parrainée par le grand ayatollah Ali Al-Sistani, deux des quatre grands dignitaires religieux chiites de Nadjaf demandent que la Constitution qui sera élaborée par la prochaine Assemblée transitoire issue du scrutin du 30 janvier, fasse de l'islam la source unique de la législation en Irak. "Tous les oulémas, les marjaa [les autorités du chiisme] et la majorité du peuple irakien demandent à l'Assemblée nationale de faire de l'islam dans la Constitution permanente la source de la législation et de rejeter toute loi qui soit contraire à l'islam", affirme cheikh Ibrahim Ibrahimi, représentant du grand ayatollah Mohammed Ishaq Al-Fayad.

Un proche du grand ayatollah Ali Al-Sistani a confirmé cette revendication à l'Agence France-Presse (AFP). "Nous mettons en garde les responsables contre une séparation entre l'Etat et la religion, car cela est complètement rejeté par les oulémas et les marjaa et nous n'accepterons aucun compromis sur cette question", a-t-il précisé.#

[La loi fondamentale transitoire qui régit actuellement le pays dans l'attente d'une Constitution définitive indique que "l'islam est la religion de l'Etat et doit être considéré comme une source de la législation. Aucune loi contredisant les préceptes universellement reconnus de l'islam ne peut être acceptée." L'islam n'est pas la source unique de la législation, mais "une" source. Le texte précise également que "la liberté totale de toutes les autres religions et leurs pratiques religieuses" sont garanties.]

JANVIER

_30 JANVIER. Plus de la moitié des 12 à 14 millions d'Irakiens (pouvant voter) ont pris part à un "scrutin historique", dans un climat marqué par des attentats sanglants - qui ont tué 30 civils et six policiers - et placé sous la haute surveillance des forces de la coalition multinationale emmenée par les Etats-Unis. Forte participation de l'électorat chiite et kurde. L'organisme chapeautant quelque 10'000 observateurs indépendants assure que ces premières élections multipartites depuis 1953 n'ont connu que "très peu de fraudes".

->Le MondeLe courage des Irakiens

Le porte-parole du premier ministre Iyad Allaoui proclame la "victoire" de l'Irak face à la "tentative d'assaut" des terroristes contre le processus électoral. A Washington, le président américain George W. Bush parle de "succès éclatant", tout en soulignant qu'il y a "encore beaucoup de chemin à parcourir sur la route de la démocratie" : "Aujourd'hui, les Irakiens ont parlé au monde et le monde a entendu la voix de la liberté venant du centre du Moyen-Orient. En grand nombre et malgré de grands risques, les Irakiens ont montré leur attachement à la démocratie. Les Irakiens eux-mêmes ont fait de cette élection un succès éclatant".

_23 JANVIER. A six jours des élections générales en Irak, le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, déclare "une guerre sans merci" aux élections générales prévues le 30 janvier. Dans un message diffusé sur Internet, l'"émir" du réseau terroriste Al-Qaida en Irak affirme que les élections sont "un piège abominable, destiné à assurer aux "rafidha" [appellation péjorative des chiites] le contrôle des rouages du pouvoir" dans ce pays. "Nous avons déclaré une guerre farouche à ce processus ignoble, qui constitue, dit-il, une grande farce américaine".

Numériquement majoritaires, les chiites devraient être les principaux vainqueurs du scrutin, qu'une majorité de sunnites devraient boycotter à l'appel de dirigeants politiques et religieux de leur communauté.#

_14 JANVIER. "J'encourage tous les Irakiens à exercer leur droit démocratique. L'Irak a besoin d'une base aussi large que possible pour une succession réussie", déclare Kofi Annan. "J'ai toujours clairement indiqué que les élections devaient être aussi ouvertes que possible si, comme je l'espère, elles doivent apporter une contribution positive à la transition politique en Irak", ajoute-t-il, soulignant qu'il est "indispensable d'associer les composantes arabes de la société, en particulier les Arabes sunnites, à ce processus". Le secrétaire général des Nations unies reconnaît toutefois que "les conditions dans lesquelles vont se dérouler les élections sont loin de l'idéal", faisant référence aux "tentatives d'intimidation".

_12 JANVIER. Le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, annonce que le groupe des inspecteurs américains en Irak, l'ISG [Iraq Survey Group], a cessé ses recherches d'armes de destruction massive (ADM) en Irak et que le rapport publié en octobre 2004 concluant à l'absence d'ADM dans le pays ne sera pas réellement modifié.

Scott McClellan réaffirme cependant que "le régime de Saddam Hussein avait l'intention et les capacités nécessaires en ce qui concerne les armes de destruction massive" et qu'il cherchait à contourner les sanctions des Nations unies pour en fabriquer ou en obtenir. Et de poursuivre. "Sur la base de ce que l'on sait aujourd'hui, ajoute-t-il, le président [Bush] aurait pris les mêmes décisions" pour "faire face à la menace représentée par Saddam Hussein". "Ce qui est important à présent, c'est de regarder ce qui était faux dans les renseignements que nous avons accumulés pendant douze ans et que nos alliés ont accumulés durant la même période et d'en corriger les erreurs."

Dans une interview à la chaîne américaine ABC, George Bush ne regrette "absolument" pas d'avoir envahi l'Irak en 2003, même si les inspecteurs américains n'ont pas trouvé d'ADM. "Je pensais que nous trouverions des armes de destruction massive. Beaucoup ici aux Etats-Unis, beaucoup dans le monde, les Nations unies, pensaient qu'il [Saddam Hussein] avait des armes de destruction massive et nous devons trouver ce qui a cloché dans la collecte de renseignements". Selon lui, "Saddam était dangereux et le monde est un endroit plus sûr, maintenant qu'il n'est plus au pouvoir".

_5 JANVIER. Le premier ministre intérimaire irakien, Iyad Allaoui, confirme la tenue des élections générales à la date prévue du 30 janvier, en dépit de la recrudescence des violences et des menaces et malgré le souhait de certains, parmi lesquels des ministres, de voir le scrutin reporté à une date ultérieure. Il affirme qu'il "ne permettra pas aux terroristes d'arrêter le processus politique et de saboter le pays" et appelle les Irakiens à remplir leur devoir électoral.

[L'Irak a été défini circonscription électorale unique et le scrutin fixé à la proportionnelle intégrale, indique Mouna Naïm dans "Le Monde". Outre leurs 275 représentants à l'Assemblée intérimaire, pour lesquels ils ont le choix entre plus de 7'000 candidats inscrits sur 109 listes, les Irakiens devront élire, le même jour, les conseils des 18 provinces. A ce double scrutin s'ajoute, pour les Kurdes, un troisième : l'élection de leurs 111 représentants à leur Parlement régional.]

LibérationLes élections prévues pour le 30 janvier [doivent] ouvrir la voie à une sortie du conflit par l'"irakisation" du régime de Bagdad, écrit Patrick Sabatier dans "Libération". Cette voie risque d'être coupée par l'intimidation mise en oeuvre par les groupes terroristes. Il n'est pas sûr que ces élections aient lieu. Et encore moins, si elles ont lieu, qu'elles servent à quelque chose.

Les quatre cinquièmes du peuple irakien - chiites, Kurdes, Turkmènes, laïcs et sunnites modérés - veulent certes voter, pour la part de pouvoir qui leur a toujours été niée en Irak. Alors que la "résistance", qui réclame le départ de l'occupant et bénéficie du soutien, au moins passif, de la minorité sunnite, a partie liée avec la galaxie Ben Laden, qui veut faire de l'Irak une "base" du jihad contre l'Occident et la démocratie.

Il n'est pas de fin concevable de la guerre autre que la mise en place à Bagdad d'un pouvoir représentatif de tous les Irakiens, capable d'assurer leur sécurité et libéré de l'occupation étrangère. Mais le résultat d'élections organisées dans un pays en guerre, hors de tout contrôle international, et dont un cinquième de la population serait exclu par la terreur ou le boycott, sera un régime tenu pour illégitime aux yeux des sunnites, donc menacé de guerre civile. Auquel cas, ces élections ne seraient qu'une illusion. Libération, 6 janvier 2005.
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