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OCTOBRE 2003 / LES DROITS DE L’HOMME DANS LES PAYS MUSULMANS
__Le prix Nobel de la paix 2003 a été attribué à l’Iranienne Chirine Ebadi

Le prix Nobel de la paix 2003 a été attribué, le 10 octobre 2003, à Oslo, à Chirine Ebadi, 56 ans, avocate et militante des droits de l'homme, "pour ses efforts en faveur de la démocratie et des droits de l'homme" en Iran. Selon le jury d'Oslo qui l'a distinguée en tant que "musulmane avertie, particulièrement attachée à la lutte en faveur du droit des femmes et des enfants", elle "s'est affirmée comme une personne compétente, courageuse, qui n'a jamais tenu compte des menaces qui pesaient sur sa sécurité".

"En tant qu'avocate, juge, lectrice, écrivain et militante, elle a osé parler clairement et avec force dans son pays, l'Iran, et bien au-delà de ses frontières", a souligné le jury norvégien. La désignation de cette avocate pratiquement inconnue en dehors de son pays, est un message en direction du régime des mollahs, dont la légitimité est de plus en plus contestée, écrit Le Monde.

Dans un entretien accordé au quotidien, Chirine Ebadi a déclaré que le peuple iranien "est profondément déçu par la révolution islamique". Elle se prononce pour la séparation de l’Etat et de la religion. Les premières réformes qu’elle souhaite voir appliquer en Iran sont la suppression de la lapidation et de l’amputation des membres, la modification de l’âge de la majorité des jeunes (actuellement de 13 ans pour les filles et de 15 ans pour les garçons). "C’est essentiel, dit-elle, car cela touche à la liberté, à la vie et à la sécurité de la population".

La réaction des autorités iraniennes

En Iran, le gouvernement réformateur, après quelques flottements, a finalement "félicité" Chirine Ebadi pour l'attribution du prix. Dans les milieux conservateurs, en revanche, le choix du jury est considéré comme le signe d'une conspiration de l'étranger. Assadollah Badamchian, président du comité politique de la Coalition islamique, le principal mouvement conservateur, a qualifié le prix d'"infamie", ajoutant que Chirine Ebadi avait été récompensée "pour les services rendus à l'oppression et au colonialisme occidentaux".Up

De son côté, le président réformateur, Mohammad Khatami, a tenu à minimiser l'importance de la distinction reçue en déclarant que "le prix Nobel de la Paix n'est pas si important que ça, les prix décernés pour la science et la littérature le sont davantage". Il a également mis en garde Chirine Ebadi contre toute exploitation de sa distinction par les ennemis de la République islamique.

Kofi Annan : "une combattante courageuse en faveur des droits de l'homme"

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a salué l'attribution du prix Nobel de la paix à Chirine Ebadi, "la première femme musulmane à recevoir le prix et une combattante courageuse en faveur des droits de l'homme".

Kofi Annan a indiqué que Chirine Ebadi était également connue "pour ses convictions selon lesquelles les droits de l'homme sont pleinement compatibles avec l'Islam et pour son interprétation de l'Islam qui considère que droits de l'homme, démocratie et égalité devant la loi peuvent coexister harmonieusement".

"Son travail est une excellente illustration des principes que défendent les Nations unies et cette distinction devrait servir d'inspiration aux hommes et aux femmes, musulmans et non-musulmans, et à tous les défenseurs des droits de l'homme à travers le monde", a-t-il ajouté.

La première femme juge en Iran

En 1974, Chirine Ebadi a été la première femme à devenir juge en Iran, mais elle a dû quitter son poste après la révolution islamique de 1979, les imams ayant décrété que les femmes étaient trop émotives pour diriger un tribunal. Titulaire d'une maîtrise en droit de l'université de Téhéran, elle a alors embrassé la carrière d'avocate, œuvrant pour la défense des droits des femmes et des enfants dans une société musulmane conservatrice, et fournissant une aide juridique aux personnes persécutées en dépit des menaces dont elle a souvent fait l'objet.

Elle a accepté des dossiers difficiles, enquêtant en particulier sur une série de meurtres d'intellectuels et d'opposants en 1998 et 1999 et représenté les intérêts des familles des opposants libéraux Darioush et Parvaneh Foruhar, également assassinés.

Chirine Ebadi : "Le monde reconnaît le combat des femmes musulmanes"

Plusieurs milliers de personnes, des femmes pour la plupart, ont accueilli Chirine Ebadi, le 14 octobre 2003, à l'aéroport de Téhéran, à son retour en Iran après un séjour européen, aux cris de "Libérez les prisonniers politiques" et "Liberté et justice sont les devises de notre pays". La plupart des femmes portaient un voile blanc, signe de contestation dans un pays ou les autorités religieuses leur conseillent de porter du noir. Zahra Chojaie, la petite-fille du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Khomeiny, lui a passé une couronne de fleurs rouges autour du cou.

"Je me sens comme une enfant revenue auprès de sa mère, comme une goutte d'eau retournée à l'océan", a-t-elle déclaré aux journalistes, ajoutant que "le monde reconnaît le combat des femmes musulmanes". Elle a demandé, une nouvelle fois, la libération de tous les prisonniers politiques.

"Ce prix n'est pas seulement pour moi, mais pour tous ceux qui sont en faveur de la paix, de la démocratie, des droits de l'homme et de l'Etat de droit", a ajouté Chirine Ebadi. "Mon message pour les Iraniens est un message d'amour, d'amitié, de paix et de justice."

Sources : presse internationale, octobre 2003.
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