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NATIONS UNIES, DECEMBRE 2006 / LE RAPPORT ARABE SUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN
Le Rapport recommande à certains pays arabes d'introduire des "changements significatifs et progressifs" dans la manière dont ils traitent les discriminations fondamentales entre les hommes et les femmes, qui sont monnaie courante dans la région. Pourtant, les auteurs citent plusieurs obstacles au développement équitable, des réformes cosmétiques qui ne produisent guère d'effets, aux conflits violents, à l'occupation étrangère et au terrorisme, qui font ombrage aux progrès évoqués ça et là dans les pages du Rapport.
"Le développement humain ne peut pas se nourrir uniquement de la croissance économique. La lutte contre la pauvreté n'est pas une campagne de charité, c'est une mission d'autonomisation. C'est particulièrement vrai concernant les femmes, puisque sur le milliard de personnes les plus démunies de la planète, les trois cinquièmes sont de sexe féminin. L'émancipation et la participation pleine et entière des femmes en tant que citoyennes, productrices, mères et surs, constitueront une force pour tous les pays arabes et permettront au monde arabe d'être plus prospère, plus influent et de s'acheminer vers un développement humain plus abouti", souligne Kemal Dervi, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, qui est à l'origine de ce Rapport. Ce rapport, le dernier en date d'une série de quatre, examine la situation des femmes dans la région, en s'intéressant tout particulièrement à leur santé, à leur niveau d'études et à leur participation à la vie politique. Il évalue également les avancées réalisées par les femmes en analysant le désir de la société arabe de voir ces progrès se concrétiser, ainsi que les actions sociales nécessaires pour que l'égalité entre hommes et femmes devienne une réalité dans ces pays. "Promouvoir le courage et le militantisme des femmes dans le monde arabe, c'est défendre les moteurs du développement humain. Les avancées durement acquises sur le plan des droits des femmes constituent l'aboutissement de plusieurs décennies d'engagement de la part de générations de militants féministes et de leurs alliés au sein des pouvoirs publics des pays de la région", affirme Amat Al Alim Alsoswa, directrice du Bureau régional des États arabes du Pnud. Le rapport affirme que, malgré l'égalité que le droit international accorde aux femmes arabes, malgré les multiples talents de ces dernières et les réalisations à leur actif dans différentes sphères de l'activité humaine, et malgré leur contribution inestimable au sein de leur famille et de la société, de nombreuses femmes ne sont pas encouragées à développer leurs capacités et à les utiliser au même titre que les hommes. Dans la vie publique, des facteurs culturels, juridiques, sociaux, économiques et politiques empêchent les femmes d'accéder comme les hommes à l'éducation, à la santé, aux opportunités professionnelles, aux droits civiques et à la représentation politique. Dans la vie privée, les schémas éducatifs traditionnels, les dispositions discriminatoires du droit de la famille et le code du statut personnel perpétuent les inégalités et la subordination. Sur le plan culturel, explique le Rapport, le principal obstacle à l'autonomisation des femmes reste l'arbitrage à opérer entre l'impératif d'une économie productive respectant des normes reconnues internationalement, d'une part, et les traditions et la coutume, d'autre part. Ce Rapport indique que l'occupation étrangère
et la "guerre au terrorisme" constituent
les principaux freins au développement de nombreux
citoyens arabes, hommes ou femmes. "Les femmes souffrent
à double titre pendant une occupation étrangère",affirme
le Rapport, et, bien souvent, les droits et les libertés
fondamentaux des citoyens arabes, depuis le droit à la
vie jusqu'aux droits sociaux et économiques, en passant
par les droits civiques et politiques, sont en permanence bafoués. Cet environnement délétère, conjugué au spectre du terrorisme extrémiste, que le rapport condamne avec la plus grande fermeté, compromet les perspectives d'un vaste renouveau du monde arabe en entravant les réformes et en empêchant toute solution pacifique et juste à l'occupation des terres arabes et aux restrictions des droits et des libertés du peuple arabe. Si l'on reste dans l'impasse, avertit le Rapport, la région pourrait s'enfoncer plus encore dans l'extrémisme et les protestations violentes, en l'absence d'un système équitable de gouvernance mondiale capable de veiller à la sécurité et à la prospérité de tous. Cependant, certains progrès ont déjà été accomplis : la plupart des pays arabes disposent désormais d'un Parlement, d'un cabinet ou d'un conseil municipal au mandat desquels uvre au moins effectivement une femme. Pourtant, souligne le Rapport, la réforme politique, à tous les échelons, doit aller au-delà du cosmétique et du symbolique : "dans tous les cas, dans le monde arabe, les vraies décisions sont prises par les hommes, à tous les niveaux". Les mouvements islamiques, souvent uniformément qualifiés de forces malveillantes en Occident, sont en réalité dans bien des cas à l'avant-garde de l'autonomisation des femmes, affirme le Rapport. "Au cours des cinq dernières décennies, la dynamique interne de ces mouvements, leurs relations avec l'ensemble de la société et leurs positions sur des questions sociales vitales, sur les droits humains, la bonne gouvernance et la démocratie, ont significativement évolué", explique le Rapport. Selon le rapport, la plupart des mouvements islamistes dominants assistent au développement remarquable, en leur sein, d'une nouvelle génération de dirigeants, relativement plus jeunes et éclairés. De plus, ils connaissent une dynamique ascendante vers davantage de démocratie interne, qui part de la base la plus large, affirme le Rapport. Néanmoins, ces évolutions positives ne font pas disparaître certains courants minoritaires, qui pourraient chercher à remettre en cause la liberté et la démocratie s'ils arrivaient au pouvoir, particulièrement pour ce qui touche aux femmes. Les résultats des sondages d'opinion commandités pour les besoins du Rapport donnent des raisons supplémentaires d'être optimistes. Ces sondages révèlent en effet une aspiration, largement partagée, à une égalité entre hommes et femmes supérieure à celle qui existe aujourd'hui, et certainement supérieure à celle qui existerait si les obstacles sociaux à la promotion des femmes au sein de la société arabe n'étaient pas levés. Ce Rapport affirme que le monde arabe est en train de connaître une mutation, car la question des femmes imprègne peu à peu le discours intellectuel et culturel : "les médias contemporains, tels qu'Internet, les forums de discussion, la télévision par satellite et ses programmes spécialisés, reposent sur le pouvoir du dialogue ouvert et public, de la rapidité de la communication et de l'accessibilité des communautés de réflexion et d'action. Ces médias ont facilité l'émergence d'un nouveau discours de la libération qui permet aujourd'hui aux femmes d'occuper des espaces publics qu'elles ne pourraient pas atteindre au moyen de la seule lecture des matériaux imprimés sur des livres et des journaux". Pourtant, le mouvement féministe arabe moderne est encore trop souvent considéré, à tort, comme importé de l'Occident, alors qu'en réalité, le concept d'égalité entre hommes et femmes est profondément enraciné dans la région. En Egypte, la première "société d'éducation des femmes" a été fondée en 1881, dans le but de sensibiliser la population aux droits des femmes. A l'ère du colonialisme, dans les années 40, les organisations féminines se sont multipliées, et la plupart d'entre elles se sont battues contre la polygamie et pour le droit des femmes à l'éducation. Le Rapport arabe sur le développement humain 2005 conclut que la promotion des femmes requiert tout d'abord de donner à toutes les femmes arabes les possibilités d'accéder au même niveau de santé et de savoir que les hommes. Ensuite, "il faudrait aussi offrir aux femmes toutes les chances de participer activement, sur décision personnelle librement prise, à tous les types d'activités humaines, en dehors du cadre familial, sur un pied d'égalité avec leurs homologues de sexe masculin". S'inscrivant en droite ligne des rapports précédents,
qui appelaient à une réforme complète de
la société fondée sur les droits, le rapport
2005 affirme que la promotion des femmes arabes passe par
: De plus, le rapport préconise un recours temporaire à la discrimination positive afin de favoriser la participation des femmes arabes à toutes les sphères de l'activité humaine. Cette pratique permettra de démanteler les structures qui perpétuent depuis des siècles les discriminations à l'encontre des femmes._Ce Rapport affirme que la promotion des femmes requiert un vaste mouvement dans la société civile arabe axé sur le développement humain pour tous. Par ce mouvement, poursuit le Rapport, les femmes arabes pourront gagner leur autonomie ainsi que celle de leurs alliés masculins. Ce mouvement se déploiera sur deux niveaux. Au niveau national, il englobera toutes les strates de la société, dans chaque pays. Au niveau régional, il reposera sur des réseaux internationaux de coordination et de soutien aux efforts régionaux d'autonomisation des femme. |