Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes

FINLANDE - VERS 1760















Sommaire

__Anders Chydenius : A propos des paysans sans terre


Au XVIIIe siècle, la Finlande, qui vit sous la tutelle suédoise, participe au mouvement des Lumières et à la réflexion qui se développe alors sur les problèmes économiques et sociaux. Anders Chydenius (Sotkamo, 1729 - Kokkola, ou Gamla Carleby, 1803), pasteur dans une petite ville des bords du golfe de Bothnie, joignait à une action intense auprès de ses paroissiens - il les instruisait mais aussi les soignait - une réflexion approfondie sur tous les problèmes de ce temps. Il lutta à la fois pour la liberté de la presse, pour la liberté de culte à accorder aux immigrants et contre le mercantilisme dont il critiquait autant l'aspect social que l'aspect économique: il se battit notamment pour que le port de Stockholm n'ait pas le monopole de l'exportation des goudrons, richesse produite dans la région de Kokkola et susceptible d'être exportée à partir de cette ville.

Au moment où on traitait de la division multiparcellaire des terres et de l'éventuelle nécessité de remembrements, il posa le problème des paysans sans terre. Visionnaire original, en avance sur son temps, Chydenius eut une pensée proche de celle d'Adam Smith. Il n'aura pas vu de son vivant la réalisation de ses espérances.

Au XVIIIe siècle, la Finlande, qui vit sous la tutelle suédoise, participe au mouvement des Lumières et à la réflexion qui se développe alors sur les problèmes économiques et sociaux. Anders Chydenius (Sotkamo, 1729 - Kokkola, ou Gamla Carleby, 1803), pasteur dans une petite ville des bords du golfe de Bothnie, joignait à une action intense auprès de ses paroissiens - il les instruisait mais aussi les soignait - une réflexion approfondie sur tous les problèmes de ce temps. Il lutta à la fois pour la liberté de la presse, pour la liberté de culte à accorder aux immigrants et contre le mercantilisme dont il critiquait autant l'aspect social que l'aspect économique: il se battit notamment pour que le port de Stockholm n'ait pas le monopole de l'exportation des goudrons, richesse produite dans la région de Kokkola et susceptible d'être exportée à partir de cette ville.

Au moment où on traitait de la division multiparcellaire des terres et de l'éventuelle nécessité de remembrements, il posa le problème des paysans sans terre. Visionnaire original, en avance sur son temps, Chydenius eut une pensée proche de celle d'Adam Smith. Il n'aura pas vu de son vivant la réalisation de ses espérances.

Certains parlent de la liberté avec éloquence mais n'entendent par là que les libertés des individus de leur classe, sans penser aux plus démunis, à ceux qui n'ont pas eu la chance d'acquérir tout ce qui fait la force des plus favorisés.

Mais il y a aussi ceux qui ont grand mal à tolérer ce mot de liberté, et […] pour lesquels il importe de légiférer sur tout jusqu'au moindre détail. Il semblerait qu'ils imaginent que le Tout-Puissant n'a pas été capable de placer l'Homme sur Terre de façon qu'il puisse survivre, se reproduire et vivre sur cette planète, si eux-mêmes ne viennent au secours de cette race par l'intermédiaire de privilèges, de règlements corporatifs... de contremaîtres et d'exécuteurs.

[…] Chaque fois que je lis l'article 1, section 1, du décret royal du 29 août 1739 concernant les domestiques et ceux qui se placent, je suis dérangé par ce qui suit : "Qu'aucun vagabond, chemineau, paresseux, fainéant ou parasite ne soit toléré dans notre royaume." Ces invectives concernent ceux qui n'ont pas cherché à se louer pour l'année et sont donc des hors-la-loi, puisque la section II du même article décrète qu'"en aucun cas, une excuse, une prétendue raison ou explication ne saurait conférer aux valets de ferme, aux servantes et autres ouvriers le droit de se dispenser de se louer à l'année et ce, afin de faire un autre métier". La section IV continue, pour stipuler que ceux qui hébergent ces renégats hors-la-loi ou qui font preuve à leur égard de compassion ou de bonté seront taxés de dix ou vingt thalers.

La section V appelle tous les notables et les fonctionnaires du royaume les gouverneurs des régions, les membres des cours administratives des villes, les pasteurs et les marguilliers […] les doyens, les évêques, les chefs de police ruraux, etc. à rechercher ces malheureux, et à les incarcérer, à les envoyer en prison ou à les obliger à louer leurs bras.

[…] Je me demande sur quoi d'autre repose l'existence du malheureux valet de ferme, si ce n'est sur la liberté de s'établir et d'habiter sur la terre, de subvenir à ses besoins et à ceux des gens qu'il aime, de se marier et de procréer ? Les biens d'un homme pauvre se résument simplement à la liberté de travailler et de gagner son pain quotidien. Si on lui dénie ces droits uniques ou si on y met des restrictions et qu'on le place sous tutelle et qu'on le déclare incompétent à s'occuper de ses propres affaires, on le prive de propos délibéré d'une partie de ses biens et de sa liberté.

[…] La liberté accompagnée de pain rassis est bien plus agréable qu'un copieux repas sous tutelle.

[…] Mais puisque celui qui loue ses bras est, celui des hommes qui est le moins protégé, la plus simple humanité exige que nous nous dressions pour soutenir ses droits. La nature les a façonnés (valets de ferme, etc.) de naissance à notre ressemblance. Leur attitude, nourrissons dès le berceau, est, la même que la nôtre, leurs âmes sont aussi douées de raison que celle de tout un chacun. Ne peut-on en déduire que le Créateur les a conçus pour avoir les mêmes droits que les autres gens ? La sécurité de l'esprit est, sans doute possible, l'abri dont nous avons tous besoin pour protéger nos biens et tout ce qui nourrit notre existence. Notre Constitution, sans exception ni restriction, protège tous ces citoyens qui n'ont commis aucun acte criminel. De même, les hommes et les femmes qui se louent devraient être protégés dans la même mesure que les autres sujets. Sinon, leurs droits par Nature sont violés, et on supprime leur liberté innée.

[…] Dans chaque région, il y a des listes de barème de ce que les ouvriers et les servantes peuvent recevoir chaque année et les lois sur l'embauche de ces gens à partir de 1793 stipulent : "si le maître se risque, peu importe la raison, à promettre ou à donner plus ou si le valet de ferme réclame ou accepte plus de gages que ce qui est prévu et fixé dans, le barème, il sera condamné à payer vingt thalers."

[…] Pour comprendre dans quelle mesure ces barèmes sont vraiment raisonnables, nous n'avons qu'à nous rappeler qui les a définis. Là main-d'œuvre agricole n'a pas eu son mot à dire en la matière et il ne leur a pas été possible de voter contre... Si l'on garde présent à l'esprit que les intérêts des maîtres et des valets sont cruellement opposés en cette matière - le maître voulant que ses valets lui coûtent aussi peu que possible et le valet souhaitant recevoir un juste salaire pour son labeur -, il est aisé de reconnaître au bénéfice de qui les règlements ont été rédigés.

[…] Ne pensez-vous pas qu'il est temps de s'interroger […] à ce sujet ? Ne devrions-nous pas y regarder de plus près ?

Source : "Politiska skrifter al Anders Chydenuis" utgifna av E.G. Palmen, Helsingfors, 1880, p. 339-412.

Traduction : Françoise Abbate (France).
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