|
FINLANDE - XIXe siècle-début du XXe siècle |
__Snellman, Runeberg : La lutte pour la langue et pour le droitLa lutte pour la langue et pour le droit Après la guerre de 1808-1809 entre la Suède et la Russie, qui fit passer la Finlande de la tutelle suédoise à la tutelle russe, les Finlandais eurent à se battre sur deux fronts, celui de l'affirmation de la langue finnoise face à la langue suédoise et celui de la résistance à la russification. Pour défendre la langue finnoise, ce fut Johan Vilhelm Snellman (Stockholm, 1806 - Kirkonummi, 1881) qui mena le plus long combat; la publication par Elias Ldnnrot de la grande épopée populaire finlandaise, le Kalevala, de 1833 à 1849, lui permit de prouver la qualité culturelle de cette langue; en 1850, la première école secondaire finnoise voyait le jour; en 1863, le finnois fut admis dans l'enseignement et dans les procédures judiciaires; enfin, la Constitution de 1919 et le "Language Act" de 1922 reconnurent comme langues nationales, le finlandais et le suédois. La résistance à la russification se développa surtout avec le raidissement de la politique tsariste de la fin du siècle : la grande uvre de Johan Ludvig Runeberg (Pietarsaari, 1804 - Porvoo, 1877), "Les Récits de l'enseigne Stäl", écrits entre 1848 et 1860, et évoquant la guerre de 1808-1809 - particulièrement le poème "Le Gouverneur" narrant la résistance du gouverneur Wibelius face à un général russe -, devint alors le texte sur lequel s'appuya le mouvement qui réclamait le retour à la loi et à la justice. Ce sont ces deux cheminements des Finlandais vers la reconnaissance de leurs droits qui sont évoqués ci-dessous.
1. Il faut "fenniser" ("finlandiser") la Finlande Nous ne sommes plus des Suédois, nous ne saurions devenir des Russes, nous devons être des Finnois [...]. Lorsque les gens cultivés d'un pays parlent une langue et que le reste de la population en parle une autre; la langue de la culture n'a aucune chance de survivre. A ceux qui ne comprennent jamais, notre parole paraîtra obscure si nous ajoutons: car une telle langue n'est aucunement soutenue par l'esprit national. La chose sera peut-être plus claire si nous disons: pour le peuple, il est parfaitement indifférent que cette langue soit le suédois ou le mésopotamien. Quand l'enseignement est donné et quand les lois sont promulguées et que la justice est rendue dans une langue qu'il ne comprend pas, le peuple ne remarque même pas quand cette langue est remplacée par une autre [...] Comme langue de culture en Finlande, le suédois reposait sur l'hégémonie politique de la Suède. Or, à présent, cette base s'est écroulée, et la force de l'habitude ne suffira bientôt plus pour éviter au suédois d'être mis à l'écart [...] Il faut seulement que les gens cultivés de ce pays fassent vraiment le nécessaire pour devenir ce qu'ils se font passer pour être: la classe cultivée du peuple finnois de Finlande. La majorité d'entre eux est d'origine finnoise, ou du moins est née et a grandi au sein d'une population finnoise. Relativement peu nombreux sont ceux qui descendent d'une famille suédoise ou qui ont appris à se considérer comme appartenant expressément à la race suédoise. Il est uniquement question ici de la langue employée par cette classe cultivée. De ce point de vue, celle que pourrait parler à l'avenir la population suédoise proprement dite, population peu nombreuse, est d'une importance relativement secondaire. A ces propos de Snellman, des critiques répondent : Les oies parlent certes toutes la même langue, mais elles n'en forment pas pour autant une nation, pas même les oies sauvages qui sont pourtant indépendantes. Si l'on n'est pas une nation, on ne peut acquérir ou se créer, ni encore moins commander à ses maîtres, une littérature nationale. La Constitution de 1919 mettra un terme au débat: Article 14 Le finnois et le suédois sont les langues nationales de la République. Le droit des citoyens finlandais d'employer devant les tribunaux et devant les autorités administratives, pour leurs propres affaires, leur langue maternelle, le finnois ou le suédois, et de recevoir leurs expéditions dans cette langue sera garanti par la législation, les droits de la population de langue finnoise et de celle de langue suédoise devant être sauvegardés de façon identique. L'Etat subviendra aux besoins intellectuels et économiques de la population de langue finnoise et de celle de langue suédoise selon des principes identiques. 2. La défense des droits contre la russification La réponse du gouverneur Wibelius... Vous avez gagné, le pouvoir vous appartient aujourd'hui; j'y suis résigné, faites de moi ce que vous voudrez ! Mais la loi est née avant moi et lorsque je serai réduit en cendres, elle s'imposera encore. ...et ses raisons De même, celui qui a remporté la victoire doit
faire preuve d'humanité. Il n'y a pas de responsabilité collective. Si un crime a été commis, il faut exclusivement en imputer le blâme à celui qui l'a perpétré. Sa famille et ses amis sont innocents. On ne peut changer les lois par la force des armes. L'opinion des défenseurs de la loi et du droit à la fin du siècle Il y a dans la vie d'innombrables conflits de droits et il n'y a qu'une seule manière de se sortir du présent conflit [...]. Que Les Récits de l'enseigne Stäl soient votre Evangile. Lisez-les et la réponse sera claire.
|