| FRANCE - 1794-1848 |
__Les abolitions de l'esclavage
1. La première abolition (1794). Débat à la Convention et décret Le débat à la Convention Le 15 pluviôse an II Le député Camboulas Depuis, 1789, un grand procès restait en suspens: l'aristocratie nobiliaire et l'aristocratie sacerdotale étaient anéanties, mais l'aristocratie cutanée dominait encore: celle-ci vient de pousser le dernier soupir, l'égalité est consacrée; un Jaune, un Noir, un Blanc vont siéger parmi nous au nom des citoyens libres de Saint-Domingue. (On applaudit) Danton Oui, l'égalité est consacrée, mais il faut que l'arbitraire cesse; et je demande que le Comité des colonies vous fasse un rapport sur les persécutions qu'on a fait éprouver aux Noirs en France depuis 1789. [Cette proposition est décrétée]. Le député Levasseur (de la Sarthe) Je demande que la Convention, ne cédant pas à un mouvement d'enthousiasme, mais aux principes de la justice, fidèle à la déclaration de l'homme, décrète, dès ce moment, que l'esclavage est aboli sur tout le territoire de la République. Saint-Domingue fait partie de ce territoire et cependant, nous avons des esclaves à Saint-Domingue. Je demande donc que tous les hommes soient libres, sans distinction de couleur. Le député Lacroix (d'Eure-et-Loir) En travaillant à la Constitution du peuple français, nous n'avons pas porté nos regards vers les malheureux hommes de couleur. La postérité aura un grand reproche à nous faire de ce côté; mais nous devons réparer ce tort. Inutilement avons-nous décrété que nul droit féodal ne serait perçu dans la République française. Vous venez d'entendre un de nos collègues dire qu'il y a encore des esclaves dans nos colonies. Il est temps de nous élever à la hauteur des principes de la liberté et de l'égalité. On aurait beau dire que nous ne reconnaissons pas d'esclaves en France, n'est-il pas vrai que les hommes de couleur sont esclaves dans nos colonies? Proclamons la liberté des hommes de couleur. En faisant cet acte de justice, vous donnez un exemple aux hommes de couleur esclaves dans les colonies anglaises et espagnoles. Les hommes de couleur ont comme nous voulu briser leurs fers; nous avons brisé les nôtres, nous n'avons voulu nous soumettre au jugement d'aucun maître; accordons-leur le même bienfait. Le député Levasseur S'il était possible de mettre sous les yeux de la Convention le tableau déchirant de l'esclavage, je la ferais frémir de l'aristocratie exercée dans nos colonies par quelques Blancs. Le député Lacroix Président, ne souffre pas que la Convention se déshonore par une plus longue discussion. [L'assemblée se lève par acclamation. Le président prononce l'abolition de l'esclavage au milieu des applaudissements et des cris mille fois répétés de "Vive la République! Vive la Convention! Vive la Montagne! " Les deux députés de couleur sont à la tribune, ils s'embrassent. On applaudit. Lacroix les conduit au président, qui leur donne le baiser fraternel. Ils sont successivement embrassés par tous les députés...] Un député Je demande que le ministre de la Marine soit tenu de faire partir sur-le-champ des avisos pour porter aux colonies l'heureuse nouvelle de leur affranchissement. Danton Représentants du peuple français, jusqu'ici nous n'avons décrété la liberté qu'en égoïstes et pour nous seuls. Mais aujourd'hui, nous proclamons à la face de l'univers, et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret, nous proclamons la liberté universelle! Le décret du 16 pluviôse an II La Convention nationale déclare aboli l'esclavage des nègres dans toutes les colonies. En conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution. 2. La deuxième abolition (1848) - conclusions de la commission Schlcher et décret Les conclusions de la commission Schlcher La République n'entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle ne croit pas qu'il suffise, pour se glorifier d'être un peuple libre, de passer sous silence toute une classe d'hommes tenue hors du droit commun de l'humanité. Elle a pris au sérieux son principe. Elle répare envers ces malheureux ce crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour pays la France et pour héritage tous les droits du citoyen français, et par là elle témoigne assez hautement qu'elle n'exclut personne de son immortelle devise: Liberté, Egalité, Fraternité. Le décret du 27 avril 1848 Le gouvernement provisoire, considérant que l'esclavage
est un attentat contre la dignité humaine; qu'en détruisant
le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du
droit, et du devoir, qu'il est une violation flagrante du dogme
républicain: Liberté-Egalité-Fraternité;
considérant que si des mesures effectives ne suivaient
pas de très près la proclamation déjà
faite du principe d'abolition, il en pourrait résulter
dans les colonies les plus déplorables désordres, Décrète Article 1er L'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles. A partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres seront absolument interdits... 3. L'abolition de l'esclavage. Poème Le ciel enfin sourit aux martyrs sans couronnes Le peuple à flots pressés inondait le rivage, |