Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
ITALIE - 1764














Sommaire

__Cesare Beccaria : Traité "Des délits et des peines" -
Les fondements du droit de punir et l'irrégularité des procédures judiciaires


Dans le changement intellectuel que connaît, comme la France et l'Angleterre, l'Italie au XVIIIe siècle, Milan se trouve engagé sous le signe des Lumières dans une rénovation culturelle que protège un esprit éclairé, le comte Firmiani, gouverneur de la ville sous l'autorité autrichienne. Deux hommes se détachent: Pietro Verri (1728-1797) et Cesare Beccaria (1738-1794), le premier dans le domaine de l'économie politique surtout, le second dans celui du droit.

Le traité "Des délits et des peines", écrit - à 26 ans! - par Beccaria en 1764, propose une réforme d'ensemble et une révision de toutes les valeurs qui gouvernaient la justice. Influencé par les Encyclopédistes, le livre - critiqué par certains en Italie -fut salué par Voltaire, Diderot, l'impératrice Catherine II de Russie, réédité de nombreuses fois et traduit dans de nombreuses langues. Il fustige les procédures criminelles du moment et, plus essentiellement, s'interroge sur le fondement du droit de punir.

Tandis que beaucoup de préjugés se sont dissipés à la lumière de ce siècle nous voyons qu'on ne s'est point occupé de réformer l'irrégularité des procédures criminelles, partie de la législation aussi importante que négligée dans toute l'Europe.

On ne s'est point élevé contre la cruauté des peines en usage dans nos tribunaux. On n'a point combattu ces erreurs accumulées depuis plusieurs siècles. On n'a point opposé la force de la vérité connue à l'abus d'un pouvoir mal dirigé et à ces exemples répétés et autorisés d'une atrocité froide. Cependant les gémissements des faibles sacrifiés à l'ignorance cruelle et à l'indolence des puissants; des tourments barbares prodigués inutilement pour des crimes ou mal prouvés ou chimériques; l'horreur des prisons augmentée par ce qui fait le supplice le plus grand des misérables - l'incertitude de leur sort -, auraient dû réveiller l'attention des philosophes, cette espèce de magistrats dont l'emploi est de diriger les opinions humaines...

Quelle est l'origine des peines et quel est le fondement du droit de punir? Quels sont les moyens praticables dans une bonne législation pour saisir le criminel, découvrir et constater le crime? La torture est-elle juste, et conduit-elle bien au but que se proposent les lois? Les peines ne doivent-elles pas être proportionnées aux crimes et comment établir cette proportion? Quelle est la mesure de la grandeur des délits? La peine de mort est-elle utile et nécessaire pour la sûreté et le bon ordre de la société? Quelles peines faut-il infliger aux différents crimes? Les mêmes peines sont-elles également utiles dans tous les temps? Quelle influence ont-elles sur les murs? Quels sont les moyens les plus efficaces pour prévenir les crimes? Tous ces problèmes méritent d'être résolus avec cette précision géométrique qui triomphe de l'adresse des sophismes, de la séduction de l'éloquence et de la timidité du scepticisme.

Source :
Traité des délits et des peines, trad. A. Morellet, Paris, 1797, p. 3-7.

Traduction anglaise :
Conseil de l'Europe.
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