| POLOGNE - 5 juillet 1415 |
__Pawel Wlodkowie (Paulus Wladimiri) : Limites des pouvoirs du pape et de l'empereur à l'égard des infidèles
Tolérance vis-à-vis des infidèles pacifiques qui vivent dans le pays Lorsque les infidèles veulent vivre pacifiquement parmi les chrétiens, il ne faut ni les molester ni les spolier [ ]. Un souverain commet donc un péché s'il les dépouille sans raison de leurs biens et même le pape ne doit pas s'emparer de leurs possessions. Bien au contraire, il doit les tolérer autant qu'il le pourra. Et la raison, c'est qu'en agissant ainsi, nous pouvons faire en sorte qu'ils servent les desseins du Seigneur. Il faut en particulier tolérer les Juifs, car ce sont leurs livres qui sont la source de nos vérités et de notre foi. Et puisqu'ils ne veulent pas croire nos livres, laissons-les croire les leurs, comme le dit Saint-Augustin [ ]. Les Etats des infidèles Il est évident que ces Etats ont été créés par la volonté de Dieu qui prend soin de toutes les créatures raisonnables, qui ordonne au soleil de se lever sur le mal comme sur le bien, qui nourrit tous les oiseaux du ciel et qui donne à manger à tout être vivant [
]. Les infidèles peuvent donc licitement et sans commettre de péché posséder des territoires sur lesquels ils peuvent exercer leur souveraineté, car c'est là une prérogative de toute créature raisonnable, comme nous venons de le dire, et non pas seulement des fidèles. Il faut en déduire [
] qu'il n'est pas licite de s'emparer des territoires des infidèles car ils leur appartiennent licitement, et par la volonté de Dieu [
]. Les biens des schismatiques et des hérétiques On peut se demander s'il est licite de saisir les biens des schismatiques et des hérétiques. Il semble que non, tout comme il n'est pas licite de s'emparer des biens des infidèles [ ]. Attitude vis-à-vis des infidèles Nous ne devons pas les excommunier ni recourir à la force pour les contraindre à embrasser notre religion à laquelle nul n'est appelé sinon par la grâce de Dieu; il en va différemment s'ils molestent les chrétiens ou commettent toute autre offense. L'empereur et les infidèles A ceux qui s'interrogent [ ] sur la nature du pouvoir et de la souveraineté de l'empereur sur les infidèles et sur leurs biens, en particulier sur ceux qui ne reconnaissent pas son empire, il faut préciser clairement que sur terre, les gouvernements tirent leur autorité de trois sources; premièrement, la volonté de Dieu, révélée d'une manière ou d'une autre aux hommes; deuxièmement, le consentement de ceux qui sont gouvernés; troisièmement, la violence. Dans le premier et le deuxième cas, ce pouvoir est légitime, dans le troisième cas, il ne l'est pas. L'autorité du pape, qui découle du pouvoir conféré aux patriarches dans l'Ancien Testament - pouvoir dévolu ensuite au Christ et transmis à Pierre et à ses successeurs -, se justifie de la première manière. Elle se justifie également de la deuxième manière, puisqu'elle dérive du consentement de toute l'Eglise catholique et du corps des fidèles. En outre, ce pouvoir était déjà sanctionné par une coutume très ancienne de la contrée dont il ne reste pas trace. Quant à la troisième source du pouvoir, il est inutile d'en dire plus car, dans ce cas-là, il s'agit d'un pouvoir de facto et non pas d'un pouvoir légitime. En conséquence, puisque la souveraineté sur les infidèles ne saurait généralement se justifier ni de la première ni de la seconde manière, force est de déduire que l'empereur n'a aucun pouvoir sur lesdits infidèles, sinon celui qui dériverait de la tyrannie, comme nous venons de le voir. Octroi du droit d'occuper les terres des infidèles Il faut conclure de ce qui précède [
] que l'empereur n'a pas [le pouvoir] d'accorder le droit d'occuper les terres des infidèles qui ne reconnaissent pas sa souveraineté, car ce pouvoir appartient non pas à l'empereur, mais au pape, et l'empereur n'exerce son pouvoir qu'au nom et à la place du pape, comme nous l'avons amplement démontré ci-dessus. Et seul le pape, à l'exclusion de toute autre personne, peut déclarer la guerre aux infidèles [
]. Les guerres des croisés contre les infidèles ne sont pas justes La réponse à la question de savoir si les croisés, qui combattent des infidèles pacifiques du fait que ce sont des infidèles, mènent une juste guerre découle à l'évidence de ce qui précède. Il est clair que toutes les lois condamnent ceux qui attaquent des [infidèles] qui veulent vivre en paix:
De surcroît, on ne saurait concilier ces attaques contre les infidèles, surtout si elles n'ont pas une juste cause, avec l'amour du prochain, car un contraire exclut l'autre, et selon la Vérité qui nous a été révélée, les fidèles tout comme les infidèles sont nos prochains, sans distinction aucune. Il n'est pas licite de contraindre les infidèles au baptême Il n'est pas licite de contraindre les infidèles par les armes ou par l'oppression à embrasser la religion chrétienne, car en agissant ainsi, on nuit à son prochain et la fin ne justifie pas les moyens [ ]. En conséquence, le Concile général de Tolède (en 1129) a prescrit d'user de la persuasion, et non de la contrainte, pour convertir les infidèles [ ]. Et ce qui est dit des Juifs s'applique exactement de la même manière et selon le même raisonnement à tous les infidèles. Cette loi vaut pour tous, car ceux qui recourent à la force et non à la charité poursuivent leurs propres fins et ne servent pas le Christ, et c'est ainsi que les lois divines sont facilement enfreintes. A chaque fois que l'on préfère la domination à la charité, on en tire une gloire et un orgueil démesurés et ce qui devait tendre à la concorde va en sens contraire [ ]. Les conquêtes dans les guerres injustes Il ne fait aucun doute que ceux qui s'emparent par la force de biens dans une guerre injuste ne peuvent prétendre les posséder légitimement, ni les garder sans commettre un péché, et il ne saurait y avoir prescription dans ces cas-là [ ] en découle qu'ils doivent, pour le salut de leur âme, restituer à leur propriétaire, autant que faire se peut, les biens ainsi saisis, car ce n'est qu'à ce prix que leur péché pourra être remis. Quant à celui qui a commencé ou qui dirige une guerre, il est sans conteste également responsable non seulement des pillages et des déprédations auxquels il se livre lui-même, mais également des pillages et des déprédations de tous les autres qu'il a entraînés avec lui dans la guerre. Cela vaut également pour tous les homicides et crimes perpétrés dans une telle guerre. Il en porte la responsabilité non seulement quand ils sont commis par ses hommes, mais même quand ils sont commis à leur encontre [ ].
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