Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
SAINT-SIÈGE - 11 avril 1963














Sommaire

__Pape Jean XXIII : Encyclique Pacem in Terris


L'encyclique de Jean XXIII consacrée à la paix dans le monde a eu une grande répercussion. Le monde vivait en pleine guerre froide sous la menace nucléaire, un an après la crise de Cuba et deux ans après la construction du mur de Berlin. D'emblée le pape affirme que la paix ne peut "se fonder que ( ... ) dans le respect absolu de l'ordre établi par Dieu" (1). Cet ordre, il appartient à l'homme de le découvrir "dans les êtres vivants et dans les forces de l'univers" (2). Les normes de conduite des hommes sont à chercher là où Dieu les a inscrites, à savoir dans la nature humaine" (6). Pour la première fois, un document de l'Eglise énumère les droits de l'homme fondamentaux, sociaux, culturels et civiques, comme découlant de la nature même de l'homme. Comme les relations interpersonnelles, les relations internationales supposent le respect d'un ordre éthique basé sur la vérité, la justice, la solidarité et la liberté (86-125).

Tout être humain est une personne, sujet de droits et de devoirs

(9). Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c'est le principe que tout être humain est une personne, c'est-à-dire une nature douée d'intelligence et de volonté libre. Par là même il est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature: aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables.

(10). Si nous considérons la dignité humaine à la lumière des vérités révélées par Dieu, nous ne pouvons que la situer bien plus haut encore. Les hommes ont été rachetés par le sang du Christ Jésus, faits par la grâce enfants et amis de Dieu et institués héritiers de la gloire éternelle.

Le droit à l'existence et à un niveau de vie décent

(11). Tout être humain a droit à la vie, à l'intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l'alimentation, le vêtement, l'habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l'homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu'il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.Up

Droits relatifs aux valeurs morales et culturelles

(12). Tout être humain a droit au respect de sa personne, à sa bonne réputation, à la liberté dans la recherche de la vérité, dans l'expression et la diffusion de la pensée, dans la création artistique, les exigences de l'ordre moral et du bien commun étant sauvegardées; il a droit également à une information objective.

(13). La nature revendique aussi pour l'homme le droit d'accéder aux biens de la culture, et par conséquent d'acquérir une instruction de base ainsi qu'une formation technico-professionnelle correspondant au degré de développement de la communauté politique à laquelle il appartient. Il faut faire en sorte que le mérite de chacun lui permette d'accéder aux degrés supérieurs de l'instruction et d'arriver, dans la société, à des postes et à des responsabilités aussi adaptés que possible à leurs talents et à leur compétence.

Le droit d'honorer Dieu selon la juste exigence de la droite conscience

(14). Chacun a le droit d'honorer Dieu suivant la juste règle de la conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique. Lactance le déclare avec clarté: "Nous recevons l'existence pour rendre à Dieu, qui nous l'accorde, le juste hommage qui Lui revient, pour Le connaître Lui seul et ne suivre que Lui." A ce sujet Notre prédécesseur d'immortelle mémoire, Léon XIII, affirmait: "Cette liberté véritable, réellement digne des enfants de Dieu, qui sauvegarde comme il faut la noblesse de la personne humaine, prévaut contre toute violence et toute injuste tentative; l'Eglise l'a toujours demandée, elle n'a jamais rien eu de plus cher. Constamment les Apôtres ont revendiqué cette liberté-là, les Apologistes l'ont justifiée dans leurs écrits, les Martyrs en foule l'ont consacrée de leur sang."

Le droit à la liberté dans le choix d'un état de vie

(15). Tout homme a droit à la liberté dans le choix de son état de vie. Il a par conséquent le droit de fonder un foyer, où l'époux et l'épouse interviennent à égalité de droits et de devoirs, ou bien celui de suivre la vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse.

(16). La famille, fondée sur le mariage librement contracté, un et indissoluble, est et doit être tenue pour la cellule première et naturelle de la société. De là, l'obligation de mesures d'ordre économique, social, culturel et moral, de nature à en consolider la stabilité et à lui faciliter l'accomplissement du rôle qui lui incombe.

(17). Aux parents, en tout premier lieu, revient le droit d'assurer l'entretien et l'éducation de leurs enfants.Up

Droits relatifs au monde économique

(18). Tout homme a droit au travail et à l'initiative dans le domaine économique.

(19). A ces droits est lié indissolublement le droit à des conditions de travail qui ne compromettent ni la santé ni la moralité et qui n'entravent pas le développement normal de la jeunesse; et, s'il s'agit des femmes, le droit à des conditions de travail en harmonie avec les exigences de leur sexe et avec leurs devoirs d'épouses et de mères.

(20). La dignité humaine fonde également le droit de déployer l'activité économique dans des conditions normales de responsabilité personnelle. Il en résulte aussi - et il convient de le souligner - qu'à l'ouvrier est dû un salaire à déterminer selon les normes de la justice; compte tenu des possibilités de l'employeur, cette rémunération devra permettre au travailleur et à sa famille un niveau de vie conforme à la dignité humaine...

(21). De la nature de l'homme dérive également le droit à la propriété privée des biens, y compris les moyens de production. Comme Nous l'avons enseigné ailleurs, ce droit "est une garantie efficace de la dignité de la personne humaine et une aide pour le libre exercice de ses diverses responsabilités; il contribue à la stabilité et à la tranquillité du foyer domestique, non sans profit pour la paix et la prospérité publiques".

(22). Par ailleurs, il n'est pas hors de propos de rappeler que la propriété privée comporte en elle-même une fonction sociale.

Droit de réunion et d'association

(23). Du fait que l'être humain est ordonné à la vie en société découle le droit de réunion et d'association, celui de donner aux groupements les structures qui paraissent mieux servir leurs buts, le droit d'y assumer librement certaines responsabilités en vue d'atteindre ces mêmes buts.

(24). Encyclique Mater et Magistra dit à bon droit que la création de bon nombre d'associations ou corps intermédiaires, capables de poursuivre des objectifs que les individus ne peuvent atteindre qu'en s'associant, apparaît comme un moyen absolument indispensable pour l'exercice de la liberté et de la responsabilité de la personne humaine.

Droit d'émigration et d'immigration

(25). Tout homme a droit à la liberté de mouvement et de séjour à l'intérieur de la communauté politique dont il est citoyen; il a aussi le droit, moyennant des motifs valables, de se rendre à l'étranger et de s'y fixer. Jamais l'appartenance à telle ou telle communauté politique ne saurait empêcher qui que ce soit d'être membre de la famille humaine, citoyen de cette communauté universelle où tous les hommes sont rassemblés par des liens communs.

Droits d'ordre civique

(26). A la dignité de la personne humaine est attaché le droit de prendre une part active à la vie publique et de concourir personnellement au bien commun.

(27). Autre droit fondamental de la personne: la protection juridique de ses propres droits, protection efficace, égale pour tous et conforme aux normes objectives de la justice.

Sources et traduction :
- Encyclique Pacem in Terris est traduite en français dans le recueil Le Discours social de l'Eglise catholique de Léon XIII à Jean-Paul II, Paris, Centurion, 1994, p. 322-361.

- Au paragraphe 14, la citation de Lactance, auteur chrétien du IVe, siècle, est tirée de son œuvre Divinae Institutiones IV, 28,2; celle de Léon XIII, de l'encyclique Libertas praestantissimum dans Acta Leonis XIII, VIII (année 1888), p. 237-238.

- Aux paragraphes 21 et 24 est citée l'encyclique de Jean XXIII Mater et Magistra de 1961. Elle se trouve dans le recueil Le Discours (op. cit.), p. 253- 311.
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