Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
ESPAGNE - 12 avril 1869














Sommaire

__Emillo Castelar : Discours sur la liberté de religion et la séparation de 1'Eglise et de l'Etat


Sujet difficile entre tous, le problème des relations entre l'Eglise et l'Etat s'est toujours posé très différemment d'un pays à l'autre et a souvent eu sur les populations d'importantes répercussions. La forte tradition catholique de l'Espagne a conduit le pays à de violentes oppositions à ce sujet et la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat a souvent enflammé les esprits au XIXe siècle. En 1869, au lendemain de la "Gloriosa", révolution qui entraîna le départ de la reine Isabelle II en 1868, et après l'apparition de juntes révolutionnaires et la reprise en main par les militaires, les généraux Serrano et Prim, la question du régime se posait. Refusant la république, les militaires n'en accordèrent pas moins différentes libertés, dont celles d'association et de coalition, et se trouvèrent devant le problème de la liberté religieuse et de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ardent républicain et brillant orateur, historien et journaliste, Emilio Castelar (Cadix, 1832 - San Pedro del Pinatar, 1899), dans le discours ci-dessous, prit dans le débat une position qui influença profondément la rédaction de la Constitution du 5juin 1869. Celle-ci marqua une importante évolution dans la conception des droits de l'homme en Espagne.

[…] J'ai dit que l'Eglise catholique, organisée comme vous l'organisez, organisée comme un pouvoir de l'Etat, ne peut nous apporter que des troubles et des conflits importants, parce que l'Eglise catholique avec son idéal d'autorité, avec son idéal d'infaillibilité, avec l'ambition qu'elle a d'étendre ces idées à tous les peuples, ne peut être dans l'organisation des Etats libres que cause de troubles continus dans toutes les consciences, cause d'une menace constante de tous les droits.

[…] Au fur et à mesure que la liberté grandit, les liens matériels faiblissent; au fur et à mesure que les liens matériels faiblissent, les liens moraux se resserrent. Il est donc nécessaire, pour qu'une société puisse vivre, il est indispensable qu'elle maintienne de grands liens sur le plan des idées, qu'elle reconnaisse des devoirs, des devoirs imposés, non pas par l'autorité civile, non pas par l'armée, mais par sa propre raison, par sa propre conscience.

[…] Et cependant, dans la conscience humaine, le dogme de la protection des Eglises par l'Etat est fini pour toujours. L'Etat n'a pas de religion, il ne peut en avoir, il ne doit pas en avoir. L'Etat ne se confesse pas, l'Etat ne communie pas, l'Etat ne meurt pas. Je voudrais que M. Manterola ait la bonté de me dire à quel endroit de la vallée de Josaphat va se trouver l'âme de l'Etat qui s'appelle l'Espagne le jour du Jugement.

[…] Grande est la religion du pouvoir, mais la religion de l'amour est plus grande; grande est la religion de la justice implacable, mais plus grande est la religion du pardon miséricordieux; et moi, au nom de l'Evangile, je viens ici vous demander que vous écriviez dans votre code fondamental la liberté de religion, c'est-à-dire liberté, fraternité, égalité entre tous les hommes.

Source :
Espana. Cortes Constituyentes (1869-1871), Monarquia y democratia en las Cortes de 1869: preliminar de Antonio Maria Calero, Ed. Centro de Estudios Constitucionales, Madrid, 1987.

Traduction :
Mme Sere et Olmos.
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