Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
UKRAINE - 5 avril 1710














Sommaire

__Pylyp Orlyk, hetman de l'armée de Zaporizhzia :
Le serment de Pylyp Orlyk et la première Constitution de l’Ukraine


C'est au milieu du XVIIe siècle, avec l'insurrection du chef cosaque, l'hetman Bogdan Khmelnitski (vers 1595-1657), que s'amorça dans le territoire ukrainien appartenant alors à la Pologne le mouvement en faveur de l'indépendance. En 1654, en effet, l'alliance entre l'hetman et le tsar de Moscou conduisit à la guerre entre la Russie et la Pologne et, en 1667, à un partage de l'Ukraine (le Zaporizhzia - territoire d'Ukraine occupé par les cosaques - allant à la Russie). Au début du XVIIIe siècle, alors que les Suédois et les Russes s'affrontaient dans la Grande Guerre du Nord (1700-1721), l'hetman Mazeppa (1644-1709) s'appuya sur le roi de Suède Charles XII pour lutter contre le tsar de Russie, Pierre 1e, et faire l'unité de l'Ukraine. Son successeur Pylyp Orlyk (1672-1742) poursuivit le même objectif et, même émigré en Suède à partir de 1714, tenta - en vain - de monter une coalition entre la France, la Suède, la Pologne et la Turquie contre la Russie.

Le texte ci-dessous a été rédigé au moment où, après la mort de Mazeppa, Pylyp Orlyk, qui avait été son "scriptor général", devenait par élection le nouvel hetman. Par une entente entre chefs militaires, nobles et paysans cosaques, il était établi que le pouvoir de l'hetman serait limité et qu'il ne pourrait agir qu'en accord avec son Conseil général, qu'un corps de fonctionnaires élus serait créé et que seraient mis en uvre la séparation des pouvoirs, l'égalité de tous devant la loi et le soutien de l'Etat à ceux qui en ont besoin. Ces idées, sur lesquelles le silence a été imposé au long des siècles, ont alimenté la réflexion de la population jusqu'à la récente indépendance de l'Ukraine.

Si les Etats indépendants respectent […] un régime et un ordre raisonnables et utiles […] pour le bonheur de tout le monde, si, en se réunissant, […] les conseils et les souverains sont d'accord pour soumettre leurs décisions à l'analyse et à l'approbation des ministres et des conseillers, pourquoi ne pas appliquer cet ordre bénéfique à la vie d'une nation libre? Dans l'armée de Zaporizhzia, cet ordre est respecté depuis toujours d'après les lois anciennes sur les libertés […] . Aussi nous, les dirigeants et toute l'armée de Zaporizhzia, avons fixé, lors de l'élection, un accord avec Son Excellence l'hetman dans une loi qui doit avoir force pour toujours […]Up

Avec les conseillers, les généraux en chef et les colonels, notre hetman et ses successeurs sont obligés de se consulter sur la sécurité de la patrie, le bonheur de chacun et les affaires communes. Rien ne doit se décider, commencer, s'accomplir sans leur consultation et leur approbation. Chaque conseiller général doit être élu au Conseil général par élection publique. Lui-même et le colonel de la ville ont le devoir d'assurer la justice et de protéger la population contre l'oppression et l'injustice […].

Tous les fonctionnaires devront être élus dans des élections libres […].

Une fois la patrie libérée de la tutelle moscovite et la paix revenue, Son Excellence l'hetman devra rétablir dans toutes les villes un ordre juste qui éliminera les charges déraisonnables imposées au peuple pour le développement de l'Etat.

Par un usage convenable de son pouvoir légitime, Son Excellence l'hetman veillera sur cet ordre.

Toutes les libertés, tous les droits en Ukraine sont à la charge de l'hetman et de son gouvernement.

Afin de mieux accomplir ces tâches et de mieux respecter ces accords et la Constitution,

Serment

Moi, Pylyp Orlyk, hetman de l'armée de Zaporizhzia, nouvellement élu par de libres élections d'après les anciennes coutumes, je jure devant Dieu:

d'accomplir dans leur intégralité les accords et les constitutions ci-dessus formulés […];

d'être fidèle à notre patrie et d'appliquer tous mes efforts au bonheur commun et à l'intégrité de l'Ukraine;

de renforcer dans toute la mesure de mes possibilités les droits et les libertés de l'armée de Zaporizhzia […].

Que Dieu me vienne en aide,
Bendery, le 5 avril 1710.

Source et Traduction :
Voir "Addendum" du tome Il de l'Anthologie.
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