Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
UKRAINE - 4 avril 1944














Sommaire

__Viktor A. Kravchenko : Le besoin de liberté du peuple russe


Né en Ukraine en 1902 dans une famille de cheminots, Viktor A. Kravchenko, après une jeunesse passée dans l'Union des jeunesses communistes, fit de brillantes études d'ingénieur métallurgiste et s'engagea comme volontaire dans la guerre contre l'Allemagne nazie. En 1943, envoyé à Washington comme membre d'une mission d'achats aux Etats-Unis, il profita de son séjour pour organiser sa fuite hors de son pays, ce qu'il fit le 4 avril 1944 en même temps qu'il publiait dans le New York Times et dans d'autres journaux un texte expliquant son acte. En 1946, il publia une autobiographie, J'ai choisi la liberté, traduite en français en 1947. Il y raconte après quelles épreuves il a progressivement rejeté l'idéal qui avait été le sien, mais la violence du réquisitoire contre le régime stalinien souleva l'opposition de la presse communiste et particulièrement celle de l'hebdomadaire français Les Lettres françaises, dirigé par Aragon. S'estimant diffamé, Kravchenko intenta contre ce journal un procès qui eut un retentissement international considérable à l'Ouest et se termina par la condamnation de l'hebdomadaire en avril 1949. Kravchenko poursuivit son combat mais, épuisé, il se suicida à New York le 25 février 1966.

(Extraits de la déclaration transmise au New York Times le 4 avril 1944 et publiés dans J'ai choisi la liberté.)

Alors qu'il prétend vouloir instaurer la démocratie dans les pays libérés du fascisme, le gouvernement des soviets n'a absolument rien fait chez lui pour octroyer au peuple russe les libertés élémentaires.

Le peuple russe continue d'être soumis à une oppression et à des cruautés indicibles, et le NKVD (police politique), agissant par l'intermédiaire de milliers d'espions à sa solde, continue de courber sous sa loi le peuple de Russie. Dans les territoires libérés des envahisseurs nazis, le gouvernement des soviets rétablit son régime d'arbitraire et de violence; les prisons et les camps de concentration se remplissent à nouveau.

Au début de la guerre, le peuple russe avait espéré voir se réaliser les réformes politiques et sociales qui lui étaient chères, mais il connut bientôt l'étendue de ses illusions.

[…] Je proclame que le peuple russe a, plus que d'autres, l'impérieux besoin de jouir de ses droits politiques élémentaires, c'est-à-dire du droit de parler et d'écrire librement, du droit de vivre autrement que dans la misère et dans la peur.

Ces droits, son gouvernement ne les lui a jamais octroyés qu'en paroles. Or, les sacrifices du peuple russe ont été immenses; ils ont sauvé le pays et le régime lui-même; c'est grâce à eux que les coups décisifs ont été portés au fascisme, c'est grâce à eux qu'on a pu gagner la guerre... C'est pourquoi le peuple russe a conquis son droit à la liberté […].

Source :
Document fourni par M. Kostyantyn Korsak.
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