Préambule
La Convention internationale sur les droits de l'enfant a été adoptée il y a juste dix ans. Les Nations unies affirmaient alors leur volonté de prendre toutes les mesures appropriées pour la promotion, le respect et la garantie des droits de l'enfant. A ce jour, 191 Etats - dont la Suisse - ont ratifié ce texte, fondé sur les valeurs de la Charte des Nations unies et de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
La Commission des droits de l'homme et le Comité des droits de l'enfant des Nations unies - qui siègent tous deux à Genève - veillent à favoriser la mise en oeuvre, par la communauté internationale, de l'ensemble des libertés fondamentales, des droits, des devoirs et des responsabilités reconnus par cette Convention à l'enfant et à sa famille.
Dix ans après son adoption, le bilan est pourtant loin d'être satisfaisant.
Pour des centaines de millions d'enfants à travers le monde, l'enfance est en effet marquée par la marginalisation économique et sociale, et l'exclusion. Là où la maladie, la guerre, la violence et la pauvreté gagnent du terrain, ce sont les enfants et les femmes qui en souffrent le plus. La mondialisation de l'économie et le fléau du sida font trop souvent des enfants leurs premières victimes.
La fin du 20e siècle est, pour l'enfance, une litanie d'horreurs sans fin qui est autant la marque d'une terrible catastrophe humanitaire que le signe flagrant d'un échec de civilisation. Quelques chiffres suffisent à témoigner de l'immense détresse physique et morale de millions d'enfants partout dans le monde:
650 millions d'enfants vivent dans un état d'extrême pauvreté et 32'000 d'entre eux meurent, chaque jour, victimes de malnutrition, de maladies et d'épidémies. Plusieurs centaines de millions d'enfants, de 5 à 14 ans, sont soumis aux "pires formes de travail" et ne sont pas scolarisés. Des dizaines de millions d'enfants tués, blessés ou déplacés - sont victimes des guerres et conflits qui ravagent la planète. Des millions d'enfants sont victimes d'abus, de trafic et d'exploitation sexuelles.
Cette situation ne peut durer. Il est de notre devoir de vouloir, pour utopie, un monde sans pauvreté et sans guerre; de vouloir, pour exigence, un 21e siècle tourné vers l'éducation pour tous.
En 1923, la Déclaration de Genève énonçait les principes de base de la protection de l'enfance. Cette première déclaration des droits de l'enfant s'inspirait des droits spécifiques définis pour les enfants par le pédiatre, éducateur et poète polonais Janusz Korczak. Elle proclamait que "l'Humanité doit donner à l'enfant ce qu'elle a de meilleur".
Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme et Manuel Tornare, Conseiller administratif de la Ville de Genève, lors de la présentation de l'Appel de la Ville de Genève, Palais des Nations, Genève, 19 novembre 99. Photo Beatrix-M. Stampfli.
APPEL DE LA VILLE DE GENÈVE
Par le présent Appel en faveur du respect des droits de l'enfant,
la Ville de Genève,
fidèle aux valeurs de paix et d'universalité, fidèle à la Déclaration de Genève sur les premiers droits de l'enfant, en appelle à la conscience et à la responsabilité de tous les Etats et de toutes les organisations internationales, et :
réaffirme
le devoir et la responsabilité de la communauté internationale de reconnaître, respecter, faire respecter et promouvoir les droits de l'enfant,
le droit de tout enfant à une "sécurité humaine", fondée sur les droits de portée universelle que sont la vie, la satisfaction des besoins fondamentaux, l'éducation et la culture, la santé, l'environnement, l'égalité,
l'obligation d'assurer la protection des enfants en temps de guerre, conformément au droit international humanitaire et à l'esprit des Conventions adoptées à Genève il y a cinquante ans.
de mettre en place, lors du Sommet social de Genève, en juin 2 000, les solutions appropriées permettant aux enfants de lutter contre la faim et la pauvreté,
d'adopter, avant la fin de l'an 2 000, les protocoles additionnels qui préviendront, d'une part, l'engagement des enfants dans les conflits armés; d'autre part, la vente d'enfants, la prostitution enfantine et la pornographie impliquant des enfants protocoles qui renforceront des droits qui continuent d'être bafoués et dont le non-respect est la cause de trop nombreuses souffrances.
engage tous les Etats
à mettre hors la loi le recrutement et la participation de personnes de moins de 18 ans dans les conflits armés,
à parvenir à une ratification universelle du traité d'interdiction des mines antipersonnel et à s'engager à ce que tous les enfants qui vivent dans une zone minée connaissent les procédures correctes de sécurité,
à ratifier, avant la fin de l'an 2000, la Convention interdisant "les pires formes de travail des enfants" adoptée, en juin 1999, à Genève par l'Organisation internationale du travail,
à décréter l'enfance "territoire de paix et de tolérance".
Le 2 septembre 2000, la communauté internationale célébrera les dix ans de l'entrée en vigueur de la Convention internationale sur les droits de l'enfant. Notre souhait est, qu'à cette date, la Convention, complétée de ses deux nouveaux protocoles, commence enfin à être fermement appliquée.
A l'aube d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire, nous devons nous rappeler que les droits de l'enfant sont les droits et la dignité que l'homme donne à l'enfant. Ces droits sont le fondement des droits de l'homme, des droits de la personne humaine. Nous avons le devoir impératif, d'urgence, de les garantir.
Alors, c'est notre conviction, l'enfance pourra rester humaine. Alors, c'est notre espoir, nos enfants pourront connaître un avenir meilleur, plus pacifique et moins inhumain.
La Ville de Genève demande aux villes et organisations de villes du monde entier de reprendre et de diffuser cet Appel en faveur du respect des droits de l'enfant. Elle proposera à la Ville de Barcelone, organisatrice du prochain forum "Villes européennes pour les droits de l'homme", en l'an 2000, de faire des droits de l'enfant l'un des thèmes majeurs de ce forum. Elle proposera au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), avec lequel elle organise, en avril 2000 à Genève, le 2e Forum de l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté, de manifester un engagement résolu en faveur de la survie de l'enfant dans les villes.
Appel adopté par le Conseil administratif de la Ville de Genève le mercredi 17 novembre 1999 et rendu public par Monsieur Manuel Tornare, Conseiller administratif, le 19 novembre 1999 au Palais des Nations à Genève, en présence de Madame Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. |