Boutros Boutros-Ghali, Secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie


Logo B. Boutros-GhaliNous fêtons, en cette dernière année du deuxième millénaire, le dixième anniversaire de la Convention internationale sur les droits de l'enfant.

Une célébration qui nous invite, tout à la fois, à l'espoir et à l'humilité. Tant il est vrai que beaucoup de progrès ont été réalisés depuis dix ans. Tant il est vrai, aussi, qu'il faudra encore de nombreuses années pour que les droits de l'enfant s'incarnent véritablement partout dans la réalité.

Mais cette Convention est une étape importante parce qu'elle a introduit de nouvelles notions et surtout le principe d'une norme universelle.

Cette Convention est aussi un progrès indéniable dans l'évolution de nos sociétés parce qu'elle est le signe d'une prise de conscience, de l'émergence d'une éthique et de la volonté réelle de défendre ceux qui subissent, dans un silence résigné et douloureux, le pouvoir parfois destructeur des adultes.

Nous savons que la grande majorité de pays ont ratifié cette Convention. Beaucoup ont adapté leurs instruments juridiques pour mettre en uvre les dispositions qu'elle énonce.

La Francophonie s'est, elle aussi, mobilisée pour ce combat. Puisque les chefs d'Etat et de gouvernement réunis, à Chaillot, en 1991, ont souhaité que la Francophonie, dans le prolongement du Sommet de New York, accorde une priorité particulière à l'enfant dans ses programmes de coopération. Priorité réaffirmée lors de la Conférence des ministres francophones chargées de l'enfance, à Dakar, en 1993.Et nous avons encore progressé dans cette voie, à l'occasion du Sommet de Moncton, en septembre 1999, puisque ce Sommet avait pour thème la jeunesse. Mais beaucoup reste à faire.

Car si nécessaire, si encourageant soit-il, le travail normatif et institutionnel semble encore bien dérisoire lorsqu'on l'examine à la lumière de la tragédie vécue au quotidien par des centaines de millions d'enfants à travers le monde.

La tragédie de tous ces enfants reste la plus insupportable des injustices. C'est pourquoi nous devons inlassablement poursuivre l'uvre déjà accomplie. Mais nous ne parviendrons véritablement à éradiquer le mal que si les droits de l'enfant, et plus généralement, les droits de la personne, s'inscrivent dans une stratégie plus globale de droit au développement.

Car il ne saurait y avoir d'exercice réel des droits de l'enfant sans un développement durable. La mortalité infantile, la malnutrition, l'analphabétisme, le travail précoce, l'enrôlement des enfants soldats sont, en effet, presque toujours les corollaires du sous-développement.

C'est la raison pour laquelle la défense des droits universels de l'enfant passe, elle aussi, par cette solidarité que nous devons, plus que jamais, renforcer. Cette solidarité qui est au fondement même du projet francophone et qui doit s'imposer avec évidence, à tous, aujourd'hui.

C'est aux enfants d'aujourd'hui qu'il reviendra d'assurer la pérennité et la survie de la société de demain. Mais cette survie ne saurait se réduire à des taux de croissance démographique, à des projections savantes sur le seuil de renouvellement. La pérennité de nos sociétés dépendra, d'abord, de la faculté des adultes que nous sommes à transmettre nos cultures, nos idéaux et notre vision du monde. Et une vision du monde dans laquelle les enfants n'ont pas la place qu'ils sont en droit d'attendre, et qu'on est en devoir de leur donner, est une vision du monde sans avenir.

Je souhaite que ce dixième anniversaire soit l'occasion de redessiner l'avenir.

Boutros Boutros-Ghali. Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Paris, novembre 1999.

Crédit photo Photo OIT-BIT, 1999, G. Palazzo.