Message Carol Bellamy


Droits de l'enfant
C. BellamyLa Convention internationale sur les droits de l’enfant a tout juste 10 ans. Elle a été ratifiée par 191 pays - soit la quasi totalité des nations du monde, à l’exception de deux pays. Nul autre traité de ce type n’a recueilli un tel niveau de soutien en un laps de temps si court - avec pour conséquence des acquis sans précédents en faveur des enfants ces dix dernières années.

La Convention a force obligatoire pour les gouvernements envers les enfants, tout en établissant un code de conduite pour les communautés et les familles. En conséquence, les questions relatives aux enfants sont plus que jamais à l’ordre du jour dans l’élaboration des programmes publics et politiques - et il est généralement acquis que l’enfant a le droit de développer pleinement son potentiel physique, mental et social.

Dans de nombreux pays, et dans toutes les régions du monde, l’importance des droits de l’enfant se reflète dans les changements concrets survenus au niveau du droit, des orientations de la puissance publique et dans la pratique.

Dans plus de 50 pays, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a appliqué les recommandations du Comité des droits de l’enfant basé à Genève. Il en résulte, entre autres, un meilleur contrôle du respect des droits de l’enfant, des réforme légales - notamment dans le cadre de la justice des mineurs -, un droit élargi de l’enfant à la santé, à l’éducation et à la protection contre toute forme de mauvais traitements ainsi que l’égalité des chances entre les sexes.

Malgré ces énormes progrès, de grands défis subsistent.

Quelque 650 millions d’enfants sont pris au piège du plus grand dénuement, privés de leurs droits les plus fondamentaux - ils font trop souvent l’objet de violences et de discriminations intolérables, souvent basées sur leur sexe.

Chaque année apporte son lot de morts infantiles, estimées à 12 millions d’enfants de moins de cinq ans, presque tous terrassés par des causes auxquelles il serait facile de remédier. Quelque 300 millions d’enfants en âge de scolarité, dont une majorité de filles, ne sont pas scolarisés.

Au moins 160 millions d’enfants souffrent de malnutrition sévère ou partielle; 1,4 milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable; et 2,7 milliards de personnes vivent sans installations sanitaires adéquates. Un nombre incalculable de bébés et d’enfants font l’objet d’un ignoble trafic sous couvert d’adoption internationale.

On estime à 250 millions le nombre d’enfants forcés de travailler dans des conditions très dures qui les privent de leur enfance.

Et la prolifération du virus du sida dans le monde en développement menace d’anéantir tous les efforts entrepris par l’Unicef et ses partenaires en faveur des enfants et des femmes. En effet les acquis arrachés de haute lutte au cours des dernières décennies sont déjà minés, notamment par l’apparition d’un grand nombre d’orphelins du sida trop tôt livrés à eux-mêmes.

Entre temps, des centaines de milliers d’enfants sont encore exploités dans les conflits armés comme soldats, comme porteurs, comme esclaves sexuels, et, dans des dizaines d’actions militaires de par le monde, les enfants et les femmes sont intentionnellement pris pour cibles - enlevés, torturés et tués.

L’ampleur du défi que révèlent ces chiffres est la raison pour laquelle l’Unicef met en place des initiatives au plan directeur dans chaque pays et dans chaque secteur afin de réaliser, au cours du nouveau millénaire, les promesses de la Convention. Car tant que chaque enfant ne tiendra pas la réalisation de cette promesse entre les mains, le travail de la Convention ne sera pas achevé.

Carol Bellamy. Directeur général du Fond des Nations unie pour l'enfance (Unicef), New York, novembre 1999.

Crédit Photo Photo Unicef, Egypte, 1996, Nicole Toutounji.