Que des enfants soient les victimes directes de conflit est intolérable !
De la douloureuse réalité des conflits qui frappent toujours davantage les populations civiles et au nombre de leurs victimes, le sort des enfants est sans doute l'un des plus tragiques et les plus insoutenables. D'une enfance qu'on leur vole, de leurs parents et de leurs proches dont ils sont sans nouvelles ou dont ils pleurent la disparition, de leur environnement qu'on leur arrache des visions d'horreur qu'on leur impose, des mutilations physiques et psychologiques qu'on leur inflige, de l'exil auquel on les contraint, aucune souffrance ne leur est épargnée. Alors qu'à l'évidence les enfants requièrent une attention et une protection d'autant plus accrues lors de situations de conflits armés. Nous nous devons de nous mobiliser tous contre de telles exactions, de telles tragédies qui vont marquer à jamais ces enfants dans leur chair et dans leur âme. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en tant qu'organisation chargée d'apporter protection et assistance aux victimes de conflits armés est particulièrement concerné par le sort des enfants victimes de conflits armés. Nos délégués sont à l'oeuvre, jour après jour sur les théâtres d'opérations de plus en plus complexes que sont les guerres de cette fin de siècle. Bien des conflits actuels se caractérisent par le mépris des règles humanitaires les plus élémentaires. En plus d'être les victimes innocentes des combat, les populations civiles deviennent l'enjeu stratégique des Parties au conflit. Entre la réalité et le respect des principes humanitaires, un long chemin reste à parcourir. Et de cette réalité, l'enfant happé dans la guerre est, hélas trop souvent encore, l'un des aspects les plus poignants et les plus odieux. Recruter des enfants et les faire participer aux hostilités constitue un crime de guerre. Il est tout aussi intolérable d'abuser de la fragilité, de l'immaturité et de la détresse de ces enfants pour les amener à leur tour, par la contrainte ou l'endoctrinement, à devenir les vecteurs d'une violence aveugle. Ces enfants n'ont alors pas la conscience du danger ni la crainte de la mort et sont placés dans une telle situation qu'ils sont alors incapables de discerner le bien du mal ni ne sont en mesure de mesurer le danger ou craindre la mort. Mais n'oublions jamais qu'ils sont des victimes avant tout. Les normes du droit international humanitaire et du droit des droits de l'homme se complètent pour offrir une protection aux enfants. Il serait certes illusoire de prétendre que cette protection est parfaite. Certaines normes doivent être, en effet améliorées, comme l'âge de recrutement et de participation des enfants aux conflits armés qui devrait être élevé à un minimum de 18 ans pour toute situation de conflit et qu'elle s'applique à tous les acteurs impliqués dans les conflits y compris les entités non gouvernementales. Il importe, dès lors, de renforcer nos efforts pour oeuvrer de concert afin d'enrayer ce véritable drame, redonner une chance et un espoir à des millions d'enfants de par le monde. Pour faire véritablement face à ce fléau, il ne convient pas seulement d'agir dans l'urgence mais d'aboutir à un véritable changement de mentalité pour en prévenir l'apparition. Cornelio Sommaruga. Président du Comité international de la Croix-Rouge, Genève, novembre 1999.
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