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Janusz Korczak compte au nombre des grands pédagogues de ce siècle. Si sa fin héroïque, en 1942, avec les 200 enfants et les éducateurs de son orphelinat qu'il n'a pas voulu quitter constitue bien une part de sa légende, il serait néanmoins réducteur de limiter l'oeuvre de Korczak à cet acte unique. Celui-ci découle finalement d'une pensée et d'une ligne de conduite manifestées en bien d'autres occasions, de manière souvent novatrice, voire révolutionnaire, et dont l'enseignement reste pleinement valable aujourd'hui.
Qui donc était Korczak ? D'abord, un homme aux intérêts et talents multiples. Né à Varsovie en 1878, de son vrai nom Henryk Goldszmit, il grandit dans un environnement bourgeois et cultivé: son père est un avocat renommé et son grand-père, Hirz Goldszmit, s'active dans les cercles juifs progressistes inspirés de la philosophie des Lumières, la "Haskala". Son oncle Jakub, également avocat, pratique accessoirement le journalisme, ce que le jeune Henryk ne manquera pas de faire à son tour dès l'adolescence. On sait de Goldszmit qu'à treize ans, passionné de poésie, lecteur de Mickiewicz et Kraszewski, il tient son journal. Dès l'âge de dix-sept ans, il publie diverses uvres littéraires et des dessins humoristiques dont le style contraste avec la gravité de ses textes. A l'âge de vingt ans, il présente lors d'un concours son premier texte sous pseudonyme: dès lors, on ne connaîtra plus Goldszmit que sous le nom de Korczak. La personnalité du jeune homme est alors presque formée et déroule ses intérêts autour de l'analyse des manifestations du mal, de l'injustice et des inégalités, du chômage et de la pauvreté, de leurs causes et leurs effets. Lié à des médecins, écrivains, avocats, penseurs et philosophes, Korczak fréquente des milieux progressistes, "de gauche" dirait-on aujourd'hui, et s'attache à l'indépendance de la Pologne. Ses préoccupations sociales ne le lâcheront pas au cours de ses études de médecine, qu'il commence en 1898 à Varsovie, tentant déjà d'amener dans les salles de cours des notions alors peu en vogue: l'éducation de l'hygiène, l'égalité des hommes et des femmes et, déjà, le droit de l'enfant au respect, à la parole et à l'éducation. De la gloire au ghettoParallèlement à ses études médicales qu'il poursuit à Varsovie, Paris et Berlin (pédiatrie et psychopédagogie), Korczak publie régulièrement des communications scientifiques. Manifestement, il s'intéresse moins à la santé "interne" des enfants qu'à leur cadre de vie "externe". Moniteur dans une colonie de jeunes catholiques dès 1908, il fonde en 1911 l'orphelinat juif de Varsovie, collabore sous l'uniforme à plusieurs hôpitaux et orphelinats durant la Première Guerre mondiale, et oeuvre dès 1919 au développement d'orphelinats juif et catholique. En 1920, il publie son premier ouvrage, sans cesse réédité dans le monde entier, même en russe aujourd'hui après avoir été longtemps censuré par les autorités soviétiques, Comment aimer un enfant. Il développe simultanément une méthode pédagogique permettant aux enfants de réaliser leur propre journal et dirige lui même, de 1926 à 1939, la Petite Revue dont des enfants constituent le comité de rédaction. En 1929, il publie son ouvrage majeur, Le droit de l'enfant au respect, qui fait référence aujourd'hui encore. Quelques axes: l'enfant a droit "à l'amour, au savoir, aux meilleures conditions de croissance et de développement, à l'écoute des autres, à l'erreur, à être reconnu comme un partenaire à part égale et à disposer d'un tribunal des enfants pour protester ou témoigner devant ses pairs" ; l'enfant a droit aussi, professe-t-il, "au respect de ses biens et de son budget, de ses ignorances et de ses larmes". Dès 1935, il anime à la radio une émission, "Le vieux Docteur vous parle", où il développe ces thèmes. Le nazisme le contraint à déménager en 1941 son orphelinat, alors renommé "hôpital-asile" dans le ghetto de Varsovie. L'année suivante, malgré l'offre qui lui est faite de s'échapper avant l'arrestation collective des pensionnaires, il se laisse conduire au camp d'extermination de Treblinka où son oeuvre et les vies dont il a la charge partent en fumée. Ce que font aujourd'hui les défenseurs de son uvreCréée en 1980 sous l'impulsion du Prof. Vladimir Halpérin, l'Association suisse des amis du Dr Janusz Korczak propage aujourd'hui la pensée pédagogique et sociale du "vieux Docteur" et, guidée par la recherche du respect et de l'ouverture, soutient des programmes spécifiques au service des droits de l'enfant. C'est ainsi que l'Association soutient activement, avec la Ville de Genève, le Jardin de la Paix à Jérusalem (Gan Hashalom - Raoud Al-Salam), dont les enfants juifs, chrétiens et musulmans sont éduqués en hébreu et en arabe. Unique à Jérusalem, cette expérience s'appuie sur les principes démocratiques de l'éducation korczakienne et vise à promouvoir l'apprentissage de la tolérance par la connaissance de "l'autre" dès le plus jeune âge. L'Association entretient aussi des liens étroits avec diverses institutions. Notamment la "Hope Flowers School" de Bethléem, une école privée agréée par l'Autorité nationale palestinienne, qui développe les notions d'ouverture et de coexistence pacifique tout en pratiquant une pédagogie démocratique.
Elle soutient l'atelier pour enfants du Musée d'Art et d'Histoire de Genève et collabore avec d'autres associations (Païdos, GEODE, Camarada, etc.) visant à soutenir des enfants en situation précaire ou à sensibiliser la population à l'exploitation abusive des enfants. Association suisse des amis du Dr Janusz Korczak, CH-8, rue Chandieu, 1202 Genève. Tél. (+41.22) 733 31 38, fax (+41.22) 733 33 03, e-mail : korczak@gkb.com |