C'est avec beaucoup de plaisir que l'Organisation internationale du travail (OIT) s'associe à la Ville de Genève pour célébrer le 10e anniversaire de l'adoption de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour l'OIT dont le siège se trouve précisément à Genève, cette initiative revêt un sens particulier parce que la Ville de Genève a toujours été très intimement liée à toutes les décisions majeures prises par l'Organisation, pour promouvoir et faire respecter les droits de l'homme en général, et ceux de l'enfant en particulier.
Selon les estimations du Bureau international du travail, 250 millions d'enfants âgés de 5 à 14 ans travaillent pour gagner leur vie dans le monde. Il suffit de réaliser que cette population équivaut à celle des Etats-Unis d'Amérique pour se rendre compte de l'ampleur du problème et de l'urgence des solutions que nous devons tous y apporter. Après avoir adopté plusieurs conventions destinées à réglementer l'âge minimum d'admission des enfants à l'emploi dans divers secteurs économiques, l'OIT a adopté en 1973, une convention globale, la Convention no. 138, sur l'âge minimum qui exige des Etats qu'ils poursuivent une politique nationale visant à assurer l'abolition effective du travail des enfants et qu'ils fixent un âge minimum d'admission à l'emploi destiné à être relevé progressivement. Afin de soutenir les efforts des Etats Membres dans la lutte contre le travail des enfants, l'OIT a lancé en 1992 le Programme international pour l'élimination du travail des enfants (IPEC). Ce programme qui couvre aujourd'hui plus de 60 pays dans toutes les régions, a remporté de nombreux succès et grandement favorisé l'émergence de l'idée de se concentrer dans l'immédiat sur les formes de travail des enfants qui sont moralement inacceptables et que rien, y compris le degré de développement ne saurait justifier. C'est là le but de la Convention n° 182 sur les pires formes de travail des enfants, adoptée à Genève, le 17 juin 1999 à l'unanimité. Ce nouvel instrument international et la Recommandation n° 190 qui l'accompagne prennent pour cible des pratiques telles que l'esclavage, le travail forcé, la traite, la servitude pour dette et le servage des enfants, l'utilisation des enfants à des fins de prostitution ou à des fins pornographiques et diverses formes de travail dangereux. La Convention n° 182 invite également les Etats Membres à tenir compte de la situation de vulnérabilité accrue des filles et des enfants travailleurs d'un très jeune âge. Dès juillet 1998, l'OIT a lancé une campagne mondiale de ratification de la nouvelle convention avec pour objectif précis d'en obtenir la ratification universelle dans les plus brefs délais. C'est pourquoi je vous invite à vous joindre à cette campagne, à vous engager personnellement dans ce mouvement mondial, à agir dans le but de faire ratifier cette convention le plus rapidement possible et à contribuer concrètement à la réalisation des buts qui y sont énoncés. Dans un monde en déficit de causes susceptibles d'unir les êtres humains de la planète autour d'un projet exaltant, l'élimination des pires formes du travail des enfants constitue à mes yeux une cause mondiale capable de galvaniser notre volonté d'agir et notre décision de changer les choses. Je voudrais affirmer ici que l'OIT ne ménagera aucun effort pour mettre ses connaissances et son influence au service de la réalisation de cet objectif qui concerne, selon les dernières estimations, 60 millions d'enfants. Juan Somavia. Directeur général du Bureau international du travail, Genève, novembre 1999.
|