12 août 99, Genève : le 50e anniversaire des Conventions de Genève

Peut-on "humaniser" la guerre?

par André Naef



Tribune de GenèveLe droit humanitaire, dont les Conventions de Genève – aujourd'hui cinquantenaires – sont l'instrument, ne prétend pas "humaniser" la guerre, car ce serait une contradiction dans les termes. Quelle que soit son intensité, la guerre reste une abomination, mais, comme le rappelle Jean Pictet, l'architecte des Conventions, elle peut se justifier par la nécessité. Partant de cette réalité, le droit humanitaire cherche seulement à en limiter les maux en évitant toute violence "non indispensable", notamment à l'égard de ceux que ne sont pas – ou plus – directement concernés par les hostilités: blessés, prisonniers, populations civiles.


Pourtant, objectera-t-on, tous ces beaux textes n'ont nullement évité, en cette fin de siècle, les pires exactions: Sierra Leone, Rwanda, Kosovo. A suivre ce raisonnement, on devrait alors conclure à l'inanité de la Déclaration universelle des droits de l'homme, voire de notre code pénal puisqu'il n'empêche nullement les crimes et les assassinats. Seule différence, de taille: les Etats disposent d'un pouvoir de coercition autrement plus efficace que celui, encore embryonnaire, de la communauté internationale.

Second reproche, plus fondamental: au lieu de réglementer la guerre, il faudrait l'interdire. Or, c'est précisément le cas, la guerre d'agression ayant été formellement mise hors-la-loi par les Nations unies. Le problème est qu'il y a aujourd'hui de plus en plus de guerres non déclarées, ce qui dispense les belligérants d'appliquer les Conventions de Genève puisque, officiellement, ils ne la font pas! Bref, à défaut d'abolir la guerre – il y a actuellement dans le monde plusieurs dizaines de conflits armés internes ou internationaux – il reste impératif d'en atténuer les effets par quelques règles élémentaires d'humanité.

André Naef. Editorial, La Tribune de Genève, 12 août 1999.