Entre octobre 1998 et septembre 1999, plus de 20.000 personnes dans 17 pays - aussi bien des civils que des combattants - ont été consultées afin de déterminer quelles règles essentielles devraient, à leur avis, être appliquées en temps de guerre et pourquoi ces règles sont si souvent bafouées. Les résultats de cette étude de recherche sociale sur la guerre - la plus importante jamais entreprise - ont été rassemblés dans des rapports, intitulés Rapports sur les consultations nationales, dont les premiers ont été présentés, en octobre 1999, à Genève. Dans les situations de guerre, les civils ne devraient pas faire l'objet d'attaques
"Une grande majorité des populations interrogées - entre 87% et 98% - sont d'avis que dans les situations de guerre, les civils ne devraient pas faire l'objet d'attaques", explique Christophe Girod, responsable du projet "Les voix de la guerre". Cependant, dans la pratique il en va souvent autrement. Les rapports sur les consultations nationales permettent d'en comprendre les différentes raisons. "Même à ce stade préliminaire de notre évaluation, nous voyons que le problème ne se résume pas à une perte du sens moral des gens, souligne-t-il. Au contraire, à mesure que des situations de conflit apparaissent, tant les civils que les combattants s'aperçoivent que les valeurs auxquelles ils sont traditionnellement attachés changent. Suite à ce changement et compte tenu de la nature particulière de la plupart des conflits armés d'aujourd'hui, il apparaît que le terme "civil" est de moins en moins clair pour beaucoup". Une guerre civile est plus terrible qu'une guerre internationale
En outre, dans un nombre croissant de conflits où la recherche d'une identité joue un grand rôle, faire la guerre est considéré par les combattants comme un acte d'autodéfense du groupe particulier auquel ils appartiennent. Une telle situation fait souvent disparaître la distinction entre civils et combattants, laquelle est énoncée dans le droit international humanitaire. Un ancien soldat a exprimé cette idée en disant que "ce n'est pas un crime quand on défend sa maison et sa famille". Une étape importante dans la recherche sociale sur la guerre
"Beaucoup étaient septiques en ce qui concerne le sondage d'opinions, et nous l'étions aussi avant de commencer", explique Christophe Girod à propos de ce qui fut loin d'être un sondage ordinaire. Le sondage a touché des personnes en des lieux où bien peu d'organisations humanitaires auraient osé s'aventurer et où les agences de sondage d'opinions auraient été bien en peine de faire les premiers pas. "Nous voulions parler avec des gens ordinaires qui avaient perdu leur maison, avec des soldats, des médecins et des prisonniers de guerre, avec ceux qui sont sans nouvelles de leurs proches, avec des membres de la guérilla et des membres de groupes paramilitaires, avec des représentants d'organisations non gouvernementales et des forces de paix internationales. "Et nous l'avons fait. Nous voulions couvrir le monde entier, parler des différents types de conflits qui ont marqué les 50 dernières années. Aujourd'hui cette étude arrive à son terme, et nous sommes en possession d'une des masses de données les plus importantes pour la recherche sociale sur la guerre, et une des plus innovantes aussi, qui ait jamais été rassemblée." Une relance du débat humanitaire actuel
Source : Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Genève, 12 octobre 1999. | Le projet phare du CICR | Octobre 99 : les premiers rapports |
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