Durban 2001


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Durban II

NATIONS UNIES, GENEVE, 20-24 AVRIL 2009 | LA CONFERENCE D’EXAMEN DE DURBAN
__Projet de déclaration finale : un nouveau texte, consensuel, pourrait réconcilier Occidentaux et Etats arabo-musulmans avant la Conférence

Le Groupe de travail préparant la Conférence des Nations unies contre le racisme, Durban II, a diffusé, le 17 mars 2009, un nouveau projet de déclaration finale qui élimine les points de discorde dans l'espoir de couper court aux menaces de boycott des pays occidentaux.

La Conférence de Durban II, qui se tiendra du 20 au 24 avril 2009, à Genève, doit assurer le suivi de celle organisée en 2001 dans la ville sud-africaine de Durban, et qui s'était terminée dans la confusion et sur des accusations d'antisémitisme.

Le Russe Youri Boychenko, qui dirige le Groupe de travail chargé d’élaborer un projet de déclaration finale de Durban II, est parvenu, aidé d’un petit groupe d'experts – dont une Belge, un Norvégien et un Egyptien –, à donner corps à un texte "acceptable pour la plupart des Etats et qui doit désormais servir de base de travail".

Le Comité préparatoire de la conférence, présidé par la Libye, se réunira le 6 avril pour finaliser le document, qui devra encore être approuvé par tous les Etats.

La "diffamation des religions" 

Le document fait l’impasse sur la majorité des sujets d'achoppement entre Occidentaux, monde arabo-musulman et pays africains figurant dans le précédent texte. Il ne fait plus mention d’Israël, accusé de racisme et d'apartheid envers les Palestiniens, ni du concept de diffamation des religions - deux éléments réclamés par les pays arabes et considérés comme "une ligne rouge" par les Occidentaux.

"Le document, qui est passé d’une soixantaine de pages à 17 pages, ne parle plus du concept de diffamation des religions que les Occidentaux voyaient comme une manière de réduire la liberté d’expression de façon inacceptable, relève Stéphane Bussard, dans le quotidien romand Le Temps.

"Il ne fait pas non plus mention d’Israël et ne contient plus de propos jugés antisémites par certaines délégations. Enfin, la notion de réparations relatives au colonialisme a disparu du texte présenté hier aux différents groupes régionaux. Les pays musulmans ont eu droit à une concession : les discriminations liées à l’homosexualité ne sont plus mentionnées".

Dans ce nouveau document, écrit Agathe Duparc, dans le quotidien Le Monde, "la "diffamation" des religions, concept aussi flou juridiquement qu'inacceptable quant à la liberté d'expression, disparaît, comme le souhaitaient les Européens qui en avaient fait leur principale ligne rouge. L'islamophobie, mais également l'antichristianisme et l'antijudaïsme, est désormais abordée à travers l'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui pénalise "l'incitation à la discrimination", qu'elle résulte d'un appel à la haine nationale, raciale ou religieuse. Le document ne fait également plus mention de demandes de réparations pour l'esclavage pratiqué autrefois par certains pays européens, que réclamaient les pays africains.

"Cette porte de sortie permet de réaffirmer que les droits de l'homme ont pour objectif la défense des individus et non des religions. Elle avait été suggérée par Navi Pillay, la haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, qui, depuis des semaines, se démène pour que la conférence ne soit pas désertée par les Occidentaux".

"Mais, constate Agathe Duparc, "ces concessions ont apparemment un prix. La discrimination liée à "l'orientation sexuelle", inscrite dans le texte préparatoire, passe à la trappe sur demande du groupe de l'Union européenne (UE). La question des discriminations liées à l'homosexualité, défendue cette fois par les capitales occidentales au grand dam des pays musulmans et africains, ainsi que du Vatican, a en effet été supprimée.

Navi Pillay : une base solide de discussion 

La haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, s’est félicitée de cette nouvelle proposition de déclaration finale.

"Nous avons une bonne et solide base de discussion pour entrer dans la dernière ligne droite de la conférence d'examen", a déclaré la haut commissaire, qui a exhorté tous les Etats à s'abstenir de prendre des positions politiques polémiques sur des questions particulières et à travailler à protéger les victimes de discrimination raciale et d'intolérance à travers le monde – un phénomène dangereux qui, a-t-elle souligné, n'épargne aucun continent ni aucun pays.

Les réactions en Europe 

En Europe, les appels au boycottage émanant d'intellectuels et de parlementaires se multiplient. En France, par exemple, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), ainsi que des obédiences maçonniques dont le Grand Orient de France, se sont déjà exprimés en ce sens.

Ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies à Genève et coordinateur pour l’Organisation de la conférence islamique (OCI) en matière de droits de l’homme, Zamir Akram, cité par Le Temps, souligne que "le nouveau document est le résultat d’un consensus et de négociations. Pour l’obtenir, il fallait accepter de ne pas défendre des positions maximalistes".

Zamir Akram assure n’avoir pas été lui-même satisfait du premier projet de déclaration finale, "un fourre-tout incohérent". D’où son regard critique sur le bras de fer engagé par les Occidentaux : "C’est une tempête dans un verre d’eau". Dans le processus de préparation de Durban II, l’ambassadeur pakistanais approuve le fait que la diffamation des religions ne soit pas érigée en principe. La notion d’incitation à la haine raciale et religieuse, contenue dans l’article 20 du Pacte relatif aux droits civils et politiques, lui paraît suffisante. Le diplomate n’a toutefois pas apprécié "qu’il y ait [de la part des Occidentaux] des pré-conditions à une négociation multilatérale".

Vice-représentant de l’Egypte auprès des Nations unies et ministre plénipotentiaire, Ahmed Ihab Gamaleldin espère que la Conférence de Genève sera un succès et que tous les Etats y participeront. "Le texte raccourci reflète l’une des plus grandes priorités du groupe africain, le racisme. J’espère que tous les Etats vont s’approprier ce texte de consensus", déclare-t-il.

DE DURBAN I A DURBAN II. Septembre 2001. Conférence mondiale des Nations unies contre le racisme à Durban, en Afrique du Sud. En marge de la réunion, le Forum des ONG donne lieu à des débordements antisémites.

Novembre 2006.
L’Assemblée générale des Nations unies demande l’organisation d’une nouvelle conférence en 2009.

Août 2007.
Mise en place d’un Comité préparatoire dont les membres sont élus sur la base d’une représentation géographique équitable. Sa présidente, Najat Al-Hajjaji, est libyenne; elle est assistée de vingt vice-présidents.

2008.
Des conférences régionales préparatoires sont organisées. En octobre, le second comité préparatoire rend public un document de 148 pages reflétant toutes les positions, y compris les plus extrêmes.
En novembre, le Russe Youri Boychenko, nommé facilitateur, est chargé de proposer un nouveau projet de déclaration finale acceptable aussi bien pour les Occidentaux que pour les Etats arabo-musulmans.

Sources : Nations unies, Genève et New York; quotidiens Le Temps, Genève, et Le Monde, Paris, mars 2009.
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