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DECEMBRE 2002 / LE DEBAT SUR LE PROJET DE CONSTITUTION EUROPEENNE
__Romano Prodi propose une Constitution fédéraliste pour l'Europe
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Romano Prodi.
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Le président de la Commission européenne [l'exécutif européen], Romano Prodi, a présenté, le 5 décembre 2002, à Bruxelles, un projet de Constitution européenne qui rassemble des propositions politiques de réforme institutionnelle très fédéralistes: refus d'un président de l'Europe, transformation de la Commission en exécutif responsable devant le Conseil et le Parlement européens, création d'un ministre des affaires étrangères européen, etc.
"Nous devons simplifier le mode de fonctionnement des institutions européennes et accroître leur efficacité, souligne-t-il. Le statu quo n'est pas une option, encore moins dans la perspective de l'élargissement. Les dirigeants nationaux devraient respecter leur engagement à faire de l'Europe une superpuissance: il est essentiel de parler d'une seule voix pour défendre le modèle social européen dans un monde globalisé et pour promouvoir nos valeurs."
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Ce projet, "pour l'Europe des Trente" (à venir),
a été rédigé, à sa demande,
dans le plus grand secret, par une petite équipe de cinq
personnes dirigée par le Français François
Lamoureux, directeur général responsable des transports
et de l'énergie. Les propositions avancées visent
à contrer les ambitions des "grands" pays de
l'Union européenne - pays qui prônent notamment la
nomination d'un "patron" de l'Union issu des gouvernements
-, et du président de la Convention européenne,
Valéry Giscard d'Estaing.
Un modèle européen de société
Pour Romano Prodi, la nomination du président
du Conseil européen nommé par ses pairs marginaliserait
la Commission, une institution "voulue les fondateurs de
l'Europe, en tant qu'institution indépendante qui assure
l'égalité de traitement entre les Etats membres
et représente concrètement le lieu de cohérence,
de synthèse et de prise en compte de l'intérêt
général".
Le rôle du président de la Commission,
qui serait élu par le Parlement et confirmé par
le Conseil européen, serait renforcé par rapport
à la situation actuelle. En contrepartie, l'exécutif
européen serait responsable non seulement devant les députés,
mais aussi devant les gouvernements, qui pourraient le censurer.
Le projet invoque dans son préambule un "modèle
européen de société", se montre "soucieux
de léguer aux générations futures un environnement
sauvegardé, un héritage culturel intact, des conditions
de vie et d'emploi meilleures", et "tient compte",
dès l'article 4, "des services publics".
Un chapitre spécial est consacré à la
politique des relations extérieures: un poste de
"secrétaire de l'Union" serait créé
au sein de la Commission avec rang de vice-président pour
conduire la diplomatie européenne, dont le représentant
[Javier Solana] dépend actuellement des gouvernements.
Il serait nommé par le Conseil européen et le président
de la Commission et rendrait des comptes devant les deux.
Les propositions de Romano Prodi
Le projet de Constitution du président de la
Commission distingue sept "politiques principales",
que l'Union est censée mener en encadrant l'action des
Etats membres : espace de liberté, sécurité
justice; marché intérieur; concurrence; politique
économique et monétaire; agriculture et pêche;
transports; utilisation pacifique de l'énergie atomique
(ce qui permet de sauvegarder le traité Euratom).
Viennent ensuite sept "politiques d'accompagnement"
où l'Union se contente d'accompagner "les efforts
des Etats membres, à travers la coordination et la convergence
de leurs politiques nationales": cohésion économique
et sociale; politique sociale et l'emploi; environnement; recherche
et développement technologique; protection des consommateurs;
réseaux transeuropéens; santé.
Très fédéraliste, l'article 6 précise
qu'"au cas où l'un des Etats membres connaîtrait
des difficultés en raison d'événements exceptionnels,
les autres Etats lui porteront l'assistance nécessaire".
Le cas de guerre civile est même prévu, puisque l'article
99 ordre public précise que "lorsqu'un
Etat membre peut être appelé à prendre des
mesures en cas de troubles intérieurs graves affectant
l'ordre public, [...] le conseil [...] arrête les mesures
appropriées".
Enfin, si la défense n'est pas communautarisée, le texte prévoit que les Etats membres peuvent souscrire à un acte additionnel. Son objectif serait de "décider et conduire des opérations militaires" hors de l'Union ou sur son territoire "en réponse à des agressions y compris par des entités non étatiques". L'objectif global de la Constitution est de jeter les bases d' "une Europe appelée à exercer les responsabilités d'une puissance mondiale".
"DES ETATS ET DES PEUPLES QUI PARTAGENT DE FACON SOLIDAIRE UNE MEME COMMUNAUTE DE VALEURS"
Voici quelques extraits de la Constitution de l'Europe proposée
par Romano Prodi.
PREAMBULE
Considérant que la paix mondiale ne peut être
sauvegardée que par des efforts créateurs à
la mesure des dangers qui la menacent;
Convaincus que la contribution qu'une Europe organisée
et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable
au maintien des relations pacifiques;
Conscients que l'Europe ne se construira que par des réalisations
concrètes créant d'abord une solidarité de
fait, et par l'établissement de bases communes de développement
du modèle européen de société ; Soucieux
de léguer aux générations futures un environnement
sauvegardé, un héritage culturel intact, des conditions
de vie et d'emploi meilleures;
Résolus à substituer aux rivalités
séculaires une fusion de leurs intérêts essentiels
et à établir, par la présente Constitution,
les fondements d'une Union sans cesse plus étroite entre
les peuples d'un continent trop longtemps divisé et à
jeter les bases d'institutions capables d'orienter un destin désormais
partagé dans une Europe appelée à exercer
les responsabilités d'une puissance mondiale.
FONDEMENTS
Article premier / Union européenne
1. L'Union européenne est constituée par les
Etats et les peuples européens qui partagent de façon
solidaire une même communauté de valeurs et s'engagent
à promouvoir la paix, la sécurité et le progrès
dans l'Europe et dans le monde.
2. L'Union est fondée sur les principes de liberté,
de démocratie, d'Etat de droit, de respect des droits de
l'homme et des libertés fondamentales, principes communs
aux Etats membres.
3. A partir de l'acquis communautaire, l'Union coordonne
étroitement les politiques des Etats membres et gère,
sur le mode fédéral, certaines compétences
communes. [...]
Article 4
[...] 3. L'Union tient compte des spécificités
des Etats membres pour leur sécurité interne et
externe et leurs services publics.
Article 5
[...] 2. Les Etats membres peuvent instaurer entre
eux des coopérations plus étroites, dans la mesure
où les objectifs de celles-ci ne pourraient être
atteints en application de la Constitution. [...]
Article 9 / Objectifs
L'Union s'attache à promouvoir le modèle européen
de société par un développement durable des
activités économiques et sociales, un épanouissement
des cultures des Etats membres, une protection élevée
de l'environnement et une solidarité entre toutes ses régions
centrales, périphériques ou insulaires. [...]
L'Union parle d'une seule voix sur la scène internationale,
agit de façon cohérente et solidaire, exerce les
responsabilités d'une puissance mondiale et défend
son indépendance et sa sécurité.
Article 10 / Actions
1. Dans la poursuite de ses objectifs, l'Union agit :
a) sur le plan interne : par la définition
et la conduite de politiques qu'elle mène à titre
principal [...]; par des politiques qui accompagnent les
efforts des Etats membres [...].
POLITIQUES PRINCIPALES
Le projet énumère en articles distincts les
politiques suivantes :
Espace de liberté, sécurité, justice. Marché
intérieur. Concurrence. Politique économique et
monétaire. Agriculture et pêche. Transports. Utilisation
pacifique de l'énergie atomique. [...]
POLITIQUES D'ACCOMPAGNEMENT
Le projet énumère en articles distincts les
politiques suivantes :
Cohésion économique et sociale. Politique sociale
et emploi. Environnement. Recherche et développement technologique.
Protection des consommateurs. Réseaux transeuropéens.
Santé. [...]
COMPETENCES
Article 30 / Principe de subsidiarité
L'Union veille à ce que les décisions soient
prises le plus près possible des citoyens. A cette fin,
l'Union n'agit que si et dans la mesure où les objectifs
de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés
de manière suffisante par les Etats membres. [...]
PARLEMENT EUROPEEN
Article 40 / Mode de décision [...]
2. Lorsque la Constitution prévoit que le Parlement
statue à la majorité renforcée, les décisions
sont acquises à la majorité des deux tiers des membres
qui la composent.
LE CONSEIL
Article 42 / Conseil européen
1. Le Conseil, réuni au niveau des chefs d'Etat ou
de gouvernement constitue le Conseil européen. Le président
de la Commission est membre du Conseil européen. La présidence
est exercée à tour de rôle par chaque Etat
membre pour une durée de six mois selon un ordre fixé
par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée
renforcée.
Article 44 / Mode de décision
1. Sauf dispositions contraires de la Constitution, les délibérations
du Conseil sont acquises à la majorité qualifiée.
La majorité qualifiée est atteinte lorsqu'au moins
la majorité des membres du Conseil, représentant
les gouvernements des Etats membres dont la population excède
la moitié de la population totale de l'Union, s'exprime
en faveur de la décision.
2. La majorité qualifiée renforcée
est atteinte lorsqu'au moins les trois quarts des membres du Conseil,
représentant les gouvernements des Etats membres dont la
population excède les deux tiers de la population totale
de l'Union, s'expriment en faveur de la décision.
LA COMMISSION
Article 46 / Composition
1. La Commission comprend un national de chaque Etat membre,
dont un président et un secrétaire de l'Union chargé
des relations extérieures.
2. A partir de la date d'entrée en fonctions de
la première Commission postérieure à la date
d'adhésion du vingt-septième Etat membre, le nombre
de membres est inférieur au nombre d'Etats membres. [...]
Article 52 / Censure
1. Le Parlement européen, après avoir entendu
le président de la Commission, peut décider par
une motion de censure adoptée à la majorité
renforcée, que les membres de la Commission doivent abandonner
collectivement leurs fonctions.
2. Le Conseil européen, après avoir entendu
le président de la Commission, peut décider que
les membres de la Commission doivent abandonner collectivement
leurs fonctions. [...]
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