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1963 - 2003 / LA CELEBRATION DU TRAITE FRANCO-ALLEMAND DE LELYSEE
__Jacques Chirac : La construction européenne ne trouvera son aboutissement que si elle parvient à réaliser sur notre continent une véritable union de droit, de sécurité et de liberté

Tribune libre de Jacques Chirac, Président de
la République française, parue le 22 janvier 2003
dans les quotidiens Berliner Zeitung et Libération. |
Quarante ans, jour pour jour, après la signature
du Traité de l'Elysée qui a scellé
la réconciliation franco-allemande, nous accomplissons
ensemble un nouveau pas, historique, sur le chemin tracé
par le chancelier Adenauer et le général de Gaulle.
Nous voulons aujourd'hui retrouver l'élan donné
par ces deux hommes qui, après avoir vécu eux-mêmes
deux guerres acharnées, ont décidé de construire
la paix.
Nos deux gouvernements [ont tenu le 22 janvier 2003] à
Paris un Conseil des ministres commun pour marquer la force de
cette union. La déclaration adoptée à
l'occasion de ce 40e anniversaire témoigne de notre vision
partagée de l'avenir de l'Europe et de notre engagement
en faveur d'une Union plus forte, plus démocratique et
plus solidaire.
Un nouveau souffle au pacte fondateur entre nos deux pays
Parce que nous avons su, à partir de positions souvent
différentes, aller l'un vers l'autre, nous avons constitué
une force d'entraînement inégalée pour l'Europe
et qui lui a fait franchir des étapes décisives:
la liberté de circulation des Européens dans un
espace commun créé par les accords de Schengen;
la liberté des échanges dans un grand marché
unique; la naissance de l'Europe de la Défense; et enfin
notre monnaie, l'Euro.
Au moment où l'Europe s'élargit et se recompose,
ce moteur franco-allemand est plus que jamais nécessaire
et c'est pourquoi nous avons décidé de donner un
nouveau souffle au pacte fondateur entre nos deux pays.
Ainsi, nous travaillons ensemble pour doter l'Europe d'une
Constitution et des institutions dont elle a besoin pour faire
face au défi de l'élargissement. Tel est le sens
de la contribution que le Chancelier et moi-même avons transmis
à la Convention : donner davantage de visibilité
au Conseil Européen grâce à la continuité
et la stabilité de sa présidence; conforter parallèlement
l'autorité de la Commission, qui doit incarner l'intérêt
général européen, grâce à l'élection
de son Président par le Parlement Européen.
Ce cadre institutionnel, qui s'appuie sur une légitimité
renforcée, nous permettra d'être plus efficace et
plus ambitieux dans la réalisation des objectifs que nous
assignons à l'Union européenne : assurer notre sécurité,
promouvoir la défense de nos intérêts et de
nos valeurs démocratiques, donner à l'Europe toute
sa place dans le règlement des affaires du monde.
Notre ambition de mettre la puissance de l'Europe au service de
la paix détermine notre action en Afghanistan ou dans la
crise iraqienne. Nos valeurs humanistes dictent notre approche
commune face aux défis de la bioéthique. Notre sens
des responsabilités vis-à-vis des générations
futures nous amène à militer pour le développement
durable et une solidarité accrue envers les pays du Sud.
Lorsque Berlin et Paris se mettent d'accord, l'Europe peut avancer
Une vraie volonté d'agir ensemble unit nos deux pays.
Tous les Européens ont pu en constater, au cours des derniers
mois, la réalité et l'efficacité. Lorsque
Berlin et Paris se mettent d'accord, l'Europe peut avancer; s'il
y a divergence, l'Europe marque le pas.
La nécessaire cohésion des démarches de
la France et de l'Allemagne dans l'entreprise européenne
implique évidemment que nous établissions entre
nos deux gouvernements une concertation de plus en plus étroite.
C'est pourquoi, des deux côtés, un Secrétaire
général pour la coopération franco-allemande,
assisté d'un adjoint de l'autre pays, donnera les impulsions,
préparera les décisions et veillera à leur
exécution.
Cette nouvelle étape de la relation franco-allemande
n'est pas seulement l'affaire des gouvernements. Elle doit être
portée et partagée par tous. La construction européenne
ne trouvera son aboutissement que si elle parvient à réaliser
sur notre continent une véritable union de droit, de sécurité
et de liberté. C'est naturellement à nos parlements
qu'il appartiendra de s'impliquer et de traduire davantage dans
ces domaines les aspirations de nos citoyens. La réunion,
[ce 22 janvier 2003] à Versailles, des députés
allemands et français revêt en ce sens une grande
importance historique et politique.
J'ai confiance dans l'avenir de l'Europe
Il nous faut identifier et éliminer entre nous toutes
les dernières barrières qui font obstacle au rapprochement
de nos peuples. Au cours du conseil des ministres de ce matin,
des directives sont données à tous les membres concernés
des deux gouvernements pour que soient prises les mesures et développés
les projets qui permettent aux femmes et aux hommes de nos deux
pays de se sentir plus proches, d'entreprendre ensemble, de se
connaître mieux.
Cette meilleure connaissance de l'autre passera nécessairement
par un effort conjoint pour rapprocher nos systèmes d'éducation
et améliorer en particulier l'enseignement de nos langues.
Notre objectif est que tous les enfants, au sein de l'Union, puissent
maîtriser deux langues étrangères européennes.
Il faut aussi des réformes pour rendre plus facile l'étude,
l'exercice d'une profession, la fondation d'une famille dans le
pays voisin, pour faciliter la vie de toutes celles et de tous
ceux qui partagent leur existence entre les deux rives du Rhin.
Ce 22 janvier ne marque pas seulement, quarante ans après,
notre attachement à la relation franco-allemande. Il souligne
son actualité au service de l'Europe. Cette responsabilité,
que j'ai le privilège de partager avec le Chancelier Schroeder,
dans la continuité de ceux qui nous ont précédés,
est pour nous, comme elle l'était pour eux, une ardente
obligation. Elle est établie sur une relation d'estime
et d'amitié personnelle à laquelle je suis attaché.
J'ai confiance dans l'avenir de l'Europe parce que j'ai confiance
dans la solidité de la relation franco-allemande.
Tribune libre de Jacques Chirac, Président de
la République française, parue le 22 janvier 2003
dans les quotidiens Berliner Zeitung et Libération.
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