aidh    Villes européennes



1998 BARCELONE
La conférence
L'Engagement

2000 ST-DENIS

La conférence
Le texte de la Charte européenne
Rendre réels les droits de l'homme
Des droits inscrits dans la réalité locale

2002 VENISE

2004 NUREMBERG

La conférence
Le programme
[ 500 ko]
Appel à une Coalition européenne des villes contre le racisme [ 80 ko]

2006 LYON
La déclaration finale

:: L'Engagement de Barcelone

A l'occasion du 50ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies, les maires de 41 villes européennes, réunis à Barcelone du 14 au 17 octobre 1998, ont adopté, à l'unanimité, un Engagement des villes pour les droits de l'homme, dit : Engagement de Barcelone.

Aucune ville n'est une île. Le réseau des villes parcourt le monde actuel et en fait un organisme vivant, souple, connecté sans cesse. Cependant, nous savons que des humeurs différentes peuvent couler dans ses veines. La ville a été - est souvent - un instrument de libération, une vraie machine de réduction de la pauvreté et l'espace où sont nés les droits de la personne. Mais nous savons aussi que l'espace urbain peut jouer le rôle d'une puissante machine d'exclusion sociale et que, au cours de ce XXe siècle qui s'achève, la barbarie s'est acharnée contre les villes, laissant dans nos mémoires un chapelet de noms : Verdun, Guernica, Berlin et Hiroshima à Vukovar, Sarajevo et Srebrenica.

C'est pour cette raison que, à l'occasion du 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, nous tenons à affirmer notre volonté que ces droits nourrissent la vie de nos villes. Leur caractère universel possède une valeur extraordinaire lorsqu'il s'agit d'unir les villes du monde entier pour créer une nouvelle culture des droits de l'homme. Les valeurs d'égalité et de solidarité, de justice, de démocratie dans la proximité, de participation, de transparence et de bon gouvernement inspirent la mise en place des droits de l'homme dans le domaine des villes. Le respect de ces valeurs implique que, partout, les villes puissent s'unir pour défendre un même concept de la dignité humaine afin que la citoyenneté puisse s'approprier l'ancienne devise : l'air de la ville nous rend libres.

A l'horizon du siècle qui vient, dans un contexte de globalisation, d'urbanisation croissante et de fractures sociales, nous sommes conscients que l'interrelation est un trait fondamental de notre monde et rend indissociables la satisfaction des besoins minimaux de l'ensemble de la population mondiale, la protection de l'environnement et le respect des droits des générations futures. Dans ce monde futur, la ville est appelée à devenir l'un des principaux acteurs pour la promotion du développement durable et pour la défense des droits de l'homme interdépendants et indivisibles. Dans un monde globalisé, la ville est plus proche des citoyennes et citoyens, ce qui lui permet d'assurer la visibilité des situations de vulnérabilité des droits et la légitimité pour agir en conséquence.

La culture de la communication, qui donne lieu aux transfert du savoir entre différents domaines et à la transmission des actions et des idées, fait émerger progressivement les villes comme une nouvelle voix dans la vie internationale. À travers les nombreuses initiatives de la société civile et des politiques municipales, la ville joue à l'heure actuelle un rôle dans les politiques actives de défense des droits de l'homme, dans la coopération internationale; elle est un bastion pour les victimes des violations des droits; elle peut se montrer généreuse dans l'accueil des réfugiés... Dans un contexte d'échanges multiples, il devient impératif d'encourager de toutes nos forces l'Alliance mondiale des villes contre la pauvreté, pour renforcer les droits économiques, sociaux et culturels, qui sont une partie intrinsèque des droits de l'homme.

POUR UNE CULTURE DES DROITS DE L'HOMME DANS LA VILLE

Nous, maires de villes et de capitales européennes et représentants des pouvoirs locaux, nous assumons l'héritage de cinquante ans de développement de la Déclaration universelle des droits de l'homme et le défi des nouveaux contextes dans lesquels vivent les hommes et femmes d'aujourd'hui. En vertu du principe de subsidiarité et de la proximité de l'administration municipale des citoyens et citoyennes, nous affirmons notre volonté de promouvoir la culture des droits de l'homme et de la responsabilité humaine dans la ville et, au regard des nouvelles réalités, nous assumons les engagements suivants :

1. Nous voulons l'extension du droit de participation politique, le droit de suffrage et la liberté d'association dans le domaine municipal pour tous les citoyens et citoyennes, incluant tous ceux qui, résidant en ville depuis un certain temps, n'ont pas la nationalité de l'État. Dans ce sens, il faudra décidément travailler avec les organismes ou instances compétents pour changer, de façon appropriée, les lois électorales. Il faudra entre-temps créer, dans nos villes, des mécanismes aptes à faciliter la participation réelle et effective de tous les citoyen(ne)s, et surtout des membres des groupes politiquement plus exclus.

2. Les droits de l'homme sont indivisibles, et les droits sociaux, économiques et culturels en sont une partie inaliénable. Le principe de proximité fait que l'administration municipale est plus sensible aux réalités où ces droits sont particulièrement vulnérables. Ainsi, nous soutenons que les politiques urbaines contre l'exclusion sociale, les politiques pour l'emploi, la promotion du droit à un logement adéquat, et les actions citoyennes visant à protéger les collectifs vulnérables (enfants, femmes, homosexuels, personnes âgées, personnes avec différents handicaps...), ainsi que les politiques visant à reconnaître aux immigrés en situation irrégulière leur droit à l'accès aux services sociaux, à l'éducation et à la santé publique, font de la ville un bastion des droits de l'homme.

3. La promotion des droits sociaux et le développement économique sont de nos jours indissociables de la protection de l'environnement. Nous devons mener des actions de prévention de l'atteinte à l'environnement mais également sanctionner les responsables des dégradations écologiques et environnementales et coopérer avec les autorités locales des pays de l'Est et du Sud dans une alliance pour protéger le climat, l'eau, la terre et la bio-diversité. Dans ce but, nous voulons engager les villes à réaliser et à appliquer les programmes locaux 21 en tenant compte de l'article 28 du Programme Général 21 et de la Charte Européenne d'Aalborg.

4. Enracinées dans la culture de leur pays, les villes sont aussi un pôle d'attraction pour les personnes et les communautés d'autres cultures. La ville doit protéger le pluralisme et la convivialité. Elle doit respecter la culture de chacun par le biais d'une action politique diversifiée comprenant : la défense des droits des communautés linguistiques qui habitent le pays et des droits linguistiques de chacun, l'adoption de politiques multiculturelles, la promotion du dialogue entre les religions, le suivi et l'action permanente contre la discrimination ethnique et la création de centres d'assistance communautaire aux réfugiés.

5. Il s'avère nécessaire de mettre en place des mécanismes de protection et de surveillance des droits de l'homme dans toutes les villes européennes - grandes, moyennes et petites- par le biais d'institutions objectives et indépendantes du pouvoir local, chargées de défendre les citoyens et de les soutenir en ce qui concerne leurs droits en matière de compétence municipale.Haut de page

6. Nous constatons le rôle actuel des villes dans la promotion de la culture des droits de l'homme à l'échelle internationale. Nous lançons donc un appel aux institutions internationales pour qu'elles ouvrent des espaces qui permettraient d'entendre notre voix. Dans ce nouveau contexte, nous désirons favoriser la coopération entre les villes des différentes cultures, aux situations économiques différentes et, surtout, avec des villes des régions en conflit. Chaque ville doit assumer sa responsabilité dans la coopération internationale et dans la participation aux réseaux des villes pour la défense des droits de l'homme.

* * *

Les politiques municipales en ce domaine exigent un dialogue permanent avec la société civile et une étroite collaboration avec les associations et les organisations non gouvernementales (ONG). Il faut que les conseils municipaux maintiennent de façon permanente le contact avec les différents agents sociaux impliqués dans la défense des droits de l'homme et que les politiques municipales puissent être mises en place en partenariat ou à travers l'action des organisations.

La culture des droits de l'homme dans la ville se développera vraiment à partir de la plus vaste participation de tous les citoyens. La démocratie de proximité doit faire en sorte que, dans l'image de l'administration locale, tous les habitants puissent se reconnaître : citoyennes et citoyens, population autochtone et groupes d'immigration, membres des minorités religieuses et culturelles.

Nous voulons humaniser l'espace urbain, lui donner corps par le biais de la protection et de la promotion des droits de l'homme. Le droit à la ville que nous affirmons est le suivant: le droit de chacun à la participation active dans la vie de la ville. Le droit à être le protagoniste de sa citoyenneté.

 OBJECTIFS 

À Barcelone, le 17 octobre 1998, journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, nous signons cet engagement et nous convenons d'en diffuser le contenu et l'esprit partout et, pour le faire, nous assumons les objectifs suivants :

1. Maintenir un rapport permanent entre nos villes afin de partager les actions, les pratiques et les politiques qui font avancer les droits de l'homme dans les villes et dans les multiples domaines de celles-ci.

2. Continuer à aller de l'avant dans la réflexion sur le rôle présent et futur des villes comme bastion des droits de l'homme, en partenariat avec les associations spécialisées dans leur défense et leur promotion, comme nous l'avons fait jusqu'à présent. À partir de la synthèse des travaux des séminaires préparatoires et des résultats de la Conférence de Barcelone, et à partir de la collaboration avec les Nations unies et le Conseil de l'Europe ainsi que d'une collaboration souhaitée avec la Commission Européenne, nous voulons continuer à coopérer en vue de la rédaction d'une future Charte des droits de l'homme dans la ville, et parvenir ainsi à avoir, par la voix des villes, une répercussion réelle sur les délibérations de ces organismes internationaux.

3. Faciliter les mécanismes pertinents pour promouvoir les contenus de cet Engagement dans nos villes avec la participation municipale et le rattachement des personnes appartenant à la société civile pouvant être des points de référence indiscutables de l'engagement dans la défense et la promotion des droits de l'homme, et qui puissent assurer la présence permanente du souci pour les droits de l'homme dans les structures de gouvernement des villes.

4. Mettre en place des mécanismes d'évaluation du respect de cet Engagement dans chaque ville et proposer, dans ce sens, la création d'un groupe de travail au sein d'un des organismes européens ayant des pouvoirs locaux déjà existants.

5. Inviter les villes signataires à étudier ce document et à l'approuver dans une séance plénière municipale.
6. Faire connaître les contenus et les valeurs de ce document à nos concitoyens et concitoyennes et travailler pour les étendre à d'autres villes.

Nous chargeons les villes de Barcelone, de Saint-Denis (F) et de Gérone d'assurer la diffusion internationale de cet Engagement et la coordination de la poursuite des travaux, ainsi que d'encourager la création d'un groupe de travail, au sein d'un organisme européen de coordination municipale déjà existant, afin qu'ait lieu, en l'an 2000, la 2e Conférence européenne des villes pour les droits de l'homme.

Le texte de l'Engagement de Barcelone, a été signé par les représentants de 41 villes européennes à Barcelone, le 17 octobre 1998, dans le cadre des manifestations organisées pour la célébration du 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Les villes signataires sont les suivantes : Anvers (Belgique), Badalone (Espagne), Barcelone (Espagne), Belfast (Irlande du Nord), Berlin (Allemagne), Bordeaux (France), Bruxelles (Belgique), Cornelià de Llobregat (Espagne), Saint-Sébastien (Espagne), Genève (Suisse), Guernica (Espagne), Gijon (Espagne), Gérone (Espagne), Granollers (Espagne), Kirklees (Grande-Bretagne), Hospitalet de Llobregat (Espagne), Ljubljana (Slovénie), Lérida (Espagne), Logrono (Espagne), Mataro (Espagne), Nuremberg (Allemagne), Orléans (France), Palerme (Italie), Palma de Mallorque (Espagne), Perpignan (France), Reading (Grande-Bretagne), Riga (Lithuanie), Rome (Italie), Sabadell (Espagne), Saint-Denis (France), Santa Coloma de Gramenet (Espagne), Saint-Jacques de Compostelle (Espagne), Stockholm (Suède), Strasbourg (France), Turin (Italie), Irun (Espagne), Venise (Italie), Vitoria (Espagne), Varsovie (Pologne), Saragosse (Espagne), Zgierz (Pologne).
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