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2004-2006
Une Constitution pour l'Europe
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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__Ne votez pas contre la France !
Un rejet du traité constitutionnel par notre pays pèserait lourd... contre lui.
par Robert Badinter
La vérité est simple : le Traité
constitutionnel est nettement préférable au Traité
de Nice qui nous régit actuellement. Or tel est le véritable enjeu du référendum et la question posée devrait être : "Préférez-vous le projet de Traité constitutionnel à l'actuel Traité de Nice ?".
Le Traité constitutionnel marque d'indiscutables
avancées. Les institutions de l'Union seront plus démocratiques
grâce au renforcement des pouvoirs du Parlement européen
et au droit de pétition collective reconnu aux citoyens
européens. Elles seront plus efficaces, notamment par l'extension
du domaine des décisions prises par le Conseil à
la majorité qualifiée et non plus à l'unanimité.
La présence de l'Union sur la scène internationale
sera renforcée par la création d'un Président
du Conseil européen élu pour deux ans et demi, et
d'un ministre des Affaires étrangères qui s'exprimera
au nom de l'Union tout entière. Les Parlements nationaux
pourront veiller au respect du principe de subsidiarité,
c'est-à-dire à la sauvegarde de leurs compétences
nationales.
Et, s'agissant de la France, son influence sera accrue au sein
du Conseil, l'exception culturelle préservée, les
services publics reconnus.
Je pourrais énumérer d'autres progrès. Mais je veux insister sur un sujet qui me tient à cur : la Charte des droits fondamentaux des citoyens européens.
Elle sera intégrée dans la Constitution et revêtira
force juridique. Dorénavant, tous les actes de l'Union
devront respecter ces droits fondamentaux et les citoyens
européens auront le pouvoir de faire annuler en justice
les dispositions contraires. Garantie essentielle pour chacun
d'entre nous et instrument efficace de progrès social.
Car les droits sociaux inscrits dans la Charte - notamment l'égalité
hommes / femmes, la liberté syndicale, le droit de grève
et la négociation collective, la protection contre le licenciement
injustifié, les droits des personnes handicapées
- feront l'objet de décisions de la Cour de Justice de
Luxembourg. Et grâce à sa jurisprudence, le droit
social commun de l'Union européenne se développera.
La Confédération européenne des Syndicats
ne s'y est pas trompée, qui appelle à ratifier le
Traité qualifié par elle de "seul grand instrument
dont on dispose pour progresser vers une Europe plus sociale".
Les adversaires du traité, invoquent, à cet égard,
les dispositions de la partie III du Traité qui reprennent
les règles des traités existants, notamment en matière
de concurrence. Ils y voient l'expression d'une conception "ultra
libérale" de l'économie, qu'ils refusent au
nom du progrès social. Or ce traité énonce
comme objectif de l'Union une "économie sociale de
marché". Cette seule référence doit
faire frissonner les champions de l'orthodoxie libérale
!
Mais l'essentiel, à l'heure du vote, est ailleurs. Toutes
les dispositions de la partie III du traité existent déjà
dans les traités actuels. Or, si le non l'emporte,
ces traités ne seront pas abrogés. Ils continueront
à régir l'Union. Ce qui disparaîtra, ce sont
les avancées institutionnelles et la garantie des droits
fondamentaux, notamment sociaux, que le nouveau texte apporte.
Ainsi, paradoxalement, les compagnons du non proposent de rejeter
les progrès qu'apporte le traité, et de conserver
en vigueur les dispositions qu'ils dénoncent.
Pour masquer cette contradiction, les partisans du non avancent
un pari politique : "Si les Français disent non, la
négociation reprendra avec nos partenaires et nous obtiendrons
un nouveau traité conforme à nos vues". Quelle
illusion ! A supposer que la discussion reprenne au Conseil européen,
sur quelles bases négocierons-nous avec les autres gouvernements
de l'Union ? Il n'existe aucun accord, aucun programme
commun des partisans du non. En vérité, tout
oppose M. Le Pen à Mme Buffet et M. de Villiers à
M. Besancenot. Quant au non de certains socialistes français,
où trouverait-t-il un écho dans l'Union européenne,
quand tous les partis socialistes européens se sont prononcés
pour le oui à la Constitution ?
La construction de l'Union européenne est la grande
entreprise des Européens depuis quarante ans. Dans le regard
admiratif que posent sur l'Union les citoyens du monde, elle apparaît
comme une grande réussite. Les Européens ont su
briser le cours d'une Histoire tragique.
Ils ont substitué le règne du Droit à
celui de la force, réalisé un espace commun
de libertés mieux protégé que partout ailleurs.
L'Union s'est révélée source de progrès
et de prospérité pour chacun des Etats membres.
Pourquoi interrompre cette marche en avant ? Au contraire, dès
le Traité constitutionnel ratifié, il faudra repartir
vers de nouveaux horizons européens : la recherche, l'éducation,
la culture, la sauvegarde de l'environnement, l'aide aux pays
en développement. Pour les jeunes Français, il n'est
d'avenir qu'européen. Ne cédons pas à la
tentation du refus, du repli, ou de la crise qui ne servirait
qu'aux adversaires de l'Union européenne. La France
- et c'est son vrai titre de gloire depuis un demi-siècle
- a toujours été à l'avant-garde de la
construction européenne. Un non des Français
au traité constitutionnel, qu'elle a voulu et signé,
pèserait lourd au sein de l'Union, mais contre elle. Puissent
les citoyens tentés par le non y penser au moment du vote,
et nous rejoindre dans le camp de l'avenir.
Robert Badinter est sénateur, ancien président
du Conseil Constitutionnel, éditorialiste au Nouvel Observateur.
Point de vue publié par l'hebdomadaire Le Nouvel
Observateur, Paris, 25 mai 2005.
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