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2004-2006
Une Constitution pour l'Europe
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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__Les vérités successives de Michel Barnier
par Philippe de Villiers
Jusqu'ici on n'entendait guère Michel Barnier et peut-être
était-ce mieux ainsi - y compris pour son propre camp.
Voici qu'avec les progrès du non, il s'essaye à
mugir. Ce lion n'impressionne personne et sa rage serait plutôt
pathétique ; mais son désarroi n'autorise pas tout.
Pour accuser les autres de mensonge ("Référendum
: les contre vérités du non", Le Monde
du 31 mars 2005), il faut être bien sûr que l'accusation
ne vous reviendra pas au visage avec la force d'un boomerang.
J'aurais menti, écrit-il, à propos de la directive
Bolkestein. Mais lui-même, quand dit-il la vérité
? Quand il approuve la directive comme commissaire européen
ou quand, comme ministre, il la condamne à une profonde
remise à plat ? Il me trouve trop discret à Strasbourg.
Que dire de son silence à la Commission et au gouvernement
pendant de longs mois ? Au moins est-il avéré que
j'ai perçu, avant lui, les dangers inhérents à
la directive; et qu'il a fallu que je les dénonce pour
qu'il veuille bien, à retardement, s'en aviser.
Il n'y a pas, d'ailleurs, que sur la directive que sa perspicacité
se soit laissé prendre en défaut. Se tromper, chez
lui, a tout l'air d'une habitude. Il s'est trompé avec
ceux qui trouvaient excellent le pacte de stabilité, jusqu'à
ce qu'à l'expérience on se persuade qu'il fallait
le changer. Il s'est encore trompé sur le traité
de Nice, qui lui a paru, sans doute, comme à M. Chirac,
le texte européen le plus important depuis le traité
de Rome, mais que, maintenant, il stigmatise comme gros des pires
calamités pour l'Europe.
N'est-il pas en train de se tromper derechef sur le traité
constitutionnel ? Et qui nous dit que, demain, dans six mois ou
six ans, il ne nous conviera pas à brûler ce qu'il
adore aujourd'hui ? En votant non, peut-être ne fait-on
que prendre un peu d'avance sur sa vérité de demain.
Venons-en à la Turquie. On se doutait que M.
Barnier avait survolé la Constitution plutôt qu'il
ne l'avait lue. On n'imaginait pas que l'article 58 lui ait échappé.
Qu'il le lise, et il verra que cet article est spécifiquement
consacré aux demandes d'adhésion; et donc qu'il
s'applique très directement au cas turc. Bien ou mal, la
Constitution, si c'en est une, traite de la Turquie. M. Barnier
sera seulement le dernier à s'en apercevoir.
C'est, en tout cas, se moquer du monde que d'écrire,
comme lui, que si d'aventure "l'adhésion turque devait
prendre tournure, elle serait préalablement soumise au
peuple français par un autre référendum".
Les Français ne voient que trop bien qu'on est en train
de donner tournure à l'adhésion turque, et qu'on
n'a aucune intention de les consulter, sinon quand il sera trop
tard.
Quant à la dernière prétendue "contre-vérité"
- "J'aime l'Europe, je vote non" - sa dénonciation
est plus accablante pour le dénonciateur que pour le dénoncé.
Le slogan incriminé ne dit qu'une chose : que les partisans
du non jugent cette Constitution mauvaise pour l'Europe. Si c'est
interdit, cela veut dire que ce référendum n'est
qu'un diktat, puisqu'il n'admet qu'une seule réponse, celle
des oui, qui pensent que cette Constitution est bonne pour l'Europe.
Comment, d'ailleurs, se fait-il qu'on ait le droit
de remettre à plat la directive Bolkestein tout en aimant
l'Europe, mais pas le projet de Constitution ?
Quelle idée, enfin, M. Barnier se fait-il de nos partenaires
pour penser qu'en cas de victoire du non, ils ostraciseraient
la France ? Au nom de quoi le feraient-ils ? La France n'aurait
fait qu'exercer son droit de répondre librement à
la question posée et n'aurait aucune raison d'en avoir
honte. Que M. Barnier, s'il était désavoué,
se sente condamné au silence, c'est justice, mais il n'est
pas la France.
Quoi qu'il en dise, les promesses de grand soir européen
ne sont pas surfaites, j'en prends le pari. Le soir du non,
une onde de choc partira de France et parcourra l'Europe :
elle sera porteuse d'un message de renouveau, celui d'une Europe
qui veut se bâtir, mais pas contre les peuples ni sans eux;
celui, aussi, d'une Europe qui entend rester européenne,
c'est-à-dire ni asiatique, avec la Turquie, ni ultralibérale
à l'anglo-saxonne ni américaine à la sauce
OTAN.
Tout indique que, loin d'être solitaire, ce message sera
contagieux.
Philippe de Villiers est président du Mouvement
pour la France. Point de vue publié par le quotidien Le
Monde, Paris, 8 avril 2005.
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