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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__Pays fondateurs, principaux gagnants des nouvelles règles de majorité
par Harlem Désir
L'un des progrès les plus importants de la Constitution
pour la France est aussi l'un de ceux dont on parle le moins.
Il concerne le changement des règles de majorité
qualifiée au sein de l'Union européenne.
Avec le traité de Nice, il est très facile
aux petits pays de s'opposer à des décisions voulues
par les grands et de constituer des minorités de blocage.
À 25, c'est la paralysie assurée.
Les règles de Nice, à la fois complexes et injustes,
prévoient en effet qu'une décision est adoptée
lorsqu'elle est approuvée par la moitié des Etats
membres, représentant 62 % de la population de l'Union
et 72,27 % des voix ! Avec ce système, il n'y a que 2,1
% des coalitions qui sont gagnantes et la pondération des
voix avantage les petits pays. La France et l'Allemagne par exemple,
qui représentent ensemble près d'un tiers de la
population de l'Europe, ne disposent que de 18 % des voix.
La Constitution change radicalement la donne. Elle remplace
la pondération des voix par un principe de "double
majorité" : une décision sera adoptée
lorsqu'elle sera soutenue par 55 % des pays, représentant
65 % de la population.
Cette nouvelle règle, simple et juste, bénéficie
aux pays les plus peuplés, ce qui avantage fortement le
noyau fondateur et le groupe des pays de la zone euro. Ceux-ci
disposent alors d'une majorité qualifiée presque
automatique, puisqu'il leur suffit de trouver un seul allié
pour l'atteindre.
Les grands pays sont également avantagés lorsqu'ils
veulent bloquer une décision. Ainsi, les trois grands pays
fondateurs - France, Allemagne, Italie - n'ont besoin que d'un
pays supplémentaire pour faire barrage à un projet
qu'ils désapprouvent (il faut au moins quatre États
pour constituer une minorité de blocage). C'est un bouleversement
complet des rapports de force au sein de l'Union notamment face
à la Commission. On peut penser à l'examen de certaines
directives récentes.
Au total, le nouveau système multiplie par six le nombre
de coalitions gagnantes et en change totalement la composition.
Avec Nice, ce sont les pays partisans de l'Europe zone de libre-échange
qui maîtrisent le jeu. Avec la Constitution, ce
sont les partisans de l'Europe puissance et de la défense
du modèle social qui sont aux commandes. A lui seul
le couple franco-allemand passe de 18 % à 31 % des voix.
Les dix nouveaux membres, eux, passent de 25,9 % à 16,2
% des voix. Ils ne disposent plus de la minorité de blocage.
La France a tout à y gagner et aurait beaucoup à
perdre si l'on en restait à Nice. Pour la défense
de ses intérêts comme pour sa vision de l'Europe.
De la part de ceux qui prônent le "non" au nom
des intérêts nationaux, voir du renforcement de l'axe
franco-allemand, ou d'un "premier cercle" de pays qui
serait composé des pays fondateurs et de ceux la zone euro,
il y a plus qu'une contradiction, une faute.
Le poids des grands pays mieux pris en compte, celui des fondateurs
rendu incontournable, un fonctionnement de l'Europe plus démocratique
et efficace : les nouvelles règles de majorité ne
sont pas la moindre des avancées de cette Constitution.
Harlem Désir est député européen,
secrétaire national à l'Europe du Parti socialiste.
Point de vue publié par le quotidien Le
Monde, Paris, 14 mai 2005.
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