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2004-2006
Une Constitution pour l'Europe
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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__A mes amis écolos
par Corinne Lepage
Beaucoup d'entre vous, défenseurs de l'environnement
et écologistes hésitent à voter oui au projet
constitutionnel européen, craignant que l'aspect libéral
et concurrentiel du texte soit une menace pour l'environnement
et la santé humaine. Une telle appréhension, qui
repose sur l'incompatibilité entre déréglementation
et protection de la santé humaine et de l'environnement
est justifiée dans son fondement, doublement injustifiée
en ce qui concerne et le projet constitutionnel et la position
de la France au regard du droit communautaire de l'environnement.
Il est exact que la mondialisation s'accompagne d'un pillage
des ressources, d'un mépris irresponsable de l'impact sanitaire
que peuvent avoir de nouveaux produits sur la santé humaine
et l'environnement, d'un comportement qui met globalement en péril
la survie de l'espèce humaine.
Mais, il serait absurde de confondre mondialisation et projet
de constitution européenne. La seule question intéressante
est celle de savoir si le projet améliore la situation
des européens et potentiellement des terriens ou si il
la dégrade, au regard d'un rapport de forces économique
et politique qui dépasse bien évidemment le projet
constitutionnel lui même. Or, même si nous sommes
nombreux à regretter que le texte ne soit pas plus ambitieux
sur le plan social et environnemental, il n'est pas possible de
soutenir qu'il n'améliore pas directement et indirectement
notre situation au regard de nos préoccupations sanitaires
et environnementales.
Indirectement, à double titre. D'une part, il permet
l'émergence d'une Europe politique, qui est, quoiqu'on
en dise, l'entité régionale qui défend au
niveau planétaire le plus le développement durable
et un haut niveau de protection de la santé et de l'environnement.
Le protocole de Kyoto ou les litiges à répétition
devant l'OMC contre les Etats-Unis à propos de la viande
aux hormones ou des OGM en témoigne. D'autre part, il renforce
le pouvoir des Etats de l'Union pour lutter contre des multinationales
dont la politique consiste à organiser la compétition
entre Etats sous forme de dumping social et environnemental. Certes,
les excès de la directive Bolkensten - qui a été
validée par la Commission (MM. Barnier et Lamy inclus)
- sont inquiétants ; mais, son adoption ou non est indépendante
du projet de constitution et son rejet beaucoup plus probable
avec l'adoption du projet grâce au renforcement des droits
du Parlement européen et un poids plus grand de la France
en voix.
Directement, parce que le projet de Constitution élève
un haut niveau de protection de l'environnement et de la santé
humaine au niveau des objectifs de l'Union au même titre
que l'économie sociale de marché (article 1-3) et
oblige toutes les politiques de l'Union à intégrer
a priori ces objectifs (articles III-117 et III-119). Or, du fait
du renforcement du pouvoir judiciaire, de l'adhésion de
l'Union à la Convention européenne des droits de
l'homme, de la reconnaissance par l'Union de la jurisprudence
de la Cour européenne des droits de l'homme qui reconnaît
le droit un environnement sain, et du droit de tout citoyen à
un recours effectif devant un tribunal , ces principes fondamentaux
auront une valeur juridique forte et sanctionnée par la
CJCE comme par la CEDH. Ainsi, à titre d'exemple, le principe
de précaution, qui au niveau du droit communautaire concerne
la santé et pas seulement à l'environnement comme
en France, est régulièrement appliqué par
la Cour de Justice dont 11% du contentieux a trait à l'environnement.
Ainsi, le projet de Constitution renforce non seulement les droits
des citoyens et les moyens dont ils disposent pour exiger un haut
niveau de protection de la santé humaine et de l'environnement,
mais encore les obligations des institutions européennes
et des Etats membres.
A cet égard, il est pour le moins paradoxal que des
citoyens français, qui ne cessent -et à juste titre-
de s'appuyer sur le droit communautaire pour exiger de la France
qu'elle respecte le droit de l'environnement et que l'Etat cesse
de se comporter comme le soutien permanent et prévenant
des grands pollueurs, qu'il s'agisse des fabricants et utilisateurs
de pesticides, dioxines, produits cancérigènes,
mutagènes et tératogènes divers et variés,
des destructeurs de la nature , des nucléocrates ou des
pétroliers, ne soutiennent pas ce projet qui renforce directement
leurs droits. En tant que Français, citoyens de l'Etat
le plus réfractaire à une politique énergique
de l'environnement , le plus opposé à une politique
de transparence de l'information et de développement d'une
démocratie participative nous ne pouvons nous permettre
de nous opposer à un projet qui ne peut qu'améliorer
notre situation nationale sur un domaine qui pour nous, écologistes
et environnementalistes est majeur : le changement de priorités
par l'exigence de la protection des ressources et de la santé
humaine comme objectif majeur des politiques publiques.
Corinne Lepage est présidente de CAP21 et ancienne
ministre de l'environnement. Point de vue publié
par le quotidien Le Monde, Paris, 17 mai 2005.
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