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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__Dix articles de la Constitution européenne pour dire OUI
par Jean-Pierre Raffarin
Le traité constitutionnel que le président
de la République a décidé de soumettre aux
suffrages des Françaises et des Français le 29 mai
[2005] améliore concrètement l'organisation et les
perspectives de l'Europe. L'humanisme à la française
a largement inspiré ce nouveau traité. Dix articles,
plus particulièrement, me paraissent illustrer les véritables
avancées de l'Europe du XXIème siècle.
1 - Une Europe plus politique
Art. 1-22 : "Le Conseil européen élit
son président à la majorité qualifiée
pour une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois".
Avec cette décision, le traité met fin à
l'actuelle instabilité politique de la présidence
du Conseil qui, changeant tous les six mois, ne peut réellement
imposer son autorité à une administration qui, elle,
bénéficie de la durée. Le traité est
nécessaire pour endiguer les dérives technocratiques
du passé.
2 - Une Europe plus sociale
Art. 1-3 : "L'union uvre... pour une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social... Elle combat l'exclusion sociale et les discrimination et prône la justice et la protection sociale, l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l'enfant".
L'Europe affiche son ambition sociale pour la première
fois aussi clairement, notamment en reconnaissant le rôle
actif des partenaires sociaux dans le cadre d'un sommet tripartite
pour la croissance et l'emploi (art.1-48).
3 - Une ouverture à la société
civile
Art. 1-47-2 : "Les institutions entretiennent un
dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations
représentatives et la société civile".
L'Europe s'ouvre enfin, au-delà de Bruxelles, à
toutes les forces vives qui animent la société européenne.
4 - Une Europe solidaire pour sa sécurité
Art. 1-43 : "L'Union et ses Etats membres agissent
conjointement dans un esprit de solidarité si un État
membre est l'objet d'une attaque terroriste, ou la victime naturelle
ou d'origine humaine".
L'Europe, par cet engagement, met sa puissance au service de
la solidarité de ses peuples pour, ensemble, faire face
aux multiples menaces qui font un monde toujours instable. 
5 - L'Europe des Etats et l'Europe des peuples réconciliés
Art. 1-25 : "La majorité qualifiée
se définit comme étant égale à au
moins 55 % des membres du Conseil, comprenant au moins quinze
d'entre eux et représentant des États membres réunissant
au moins 65 % de la population de l'Union".
Le débat Europe fédérale - Europe des
Etats est maintenant dépassé. L'Europe nouvelle
retient le principe d'une double majorité, qualifiée,
55 % des Etats et 65 % de la population. Pour prendre une décision,
il faudra donc réunir l'Europe des peuples et celle des
Etats.
6 - Le "voisinage" n'est
pas nécessairement l'adhésion
Art. 1-57 : "L'Union développe avec les
pays de son voisinage des relations privilégiées,
en vue d'établir un espace de prospérité
et de bon voisinage, fondées sur les valeurs de l'union
et caractérisées par des relations étroites
et pacifiques reposant sur la coopération".
Le choix ne se limite plus comme auparavant entre adhésion
et exclusion, mais il devient possible d'établir avec un
pays un statut de coopération privilégiée.
De plus, toute nouvelle adhésion sera soumise à
deux conditions, l'une européenne, le pays candidat doit
faire la preuve qu'il veut et qu'il peut appliquer correctement
les valeurs de l'Union, l'autre française, depuis la dernière
révision de notre Constitution le peuple français,
par référendum, aura le dernier mot.
7 - L'Europe doit participer à l'équilibre
et à la paix du monde
Art. 1-12-4 : "L'Europe dispose d'une compétence pour définir et mettre en uvre une politique étrangère et de sécurité commune, y compris la définition progressive d'une politique de défense commune".
Nos parents ont fait l'Europe pour faire la paix à l'intérieur
de nos frontières, notre génération doit
conforter l'Europe pour faire la paix à l'extérieur
en participant à un nouvel équilibre du monde. Pour
sa sécurité, contre le terrorisme et les tensions
régionales ou continentales, le monde a besoin d'une puissante
Europe, force de paix.
8 - Une grande Europe qui permet des "Europe
plus petites mais plus fortes"
Art. 1-44-4 : "Les actes adoptés dans le
cadre d'une coopération renforcée ne lient que les
Etats membres participants".
Entre pays qui veulent avancer plus vite et plus loin sur des
politiques communes, il sera possible de construire des coopérations
renforcées, sans retard.
9 - Des services publics à la française
sur tout le territoire
Art. II-96 : "L'Union reconnaît et respecte
l'accès aux services d'intérêt économique
généraux tel qu'il est prévu par les législations
et pratiques nationales, conformément à la constitution,
afin de promouvoir la cohésion sociale et territoriale
de l'Union".
Les services publics sont reconnus dans leur dimension économique
et sociale mais aussi territoriale. L'Europe ne menace donc pas
les services publics à la française, ni en milieu
rural ni ailleurs; bien au contraire, elle les consacre.
10 - Une Europe fidèle à l'humanisme français
Art. 1-9 : "L'Union reconnaît les droits,
les libertés et les principes énoncés dans
la Charte des droits fondamentaux... l'Union adhère à
la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme
et des libertés fondamentales".
La Charte des Droits fondamentaux de l'Union en 53 articles défend les valeurs de l'humanisme français fondé par la "Grande Déclaration" de 1789 et par le préambule de la Constitution de 1946. Les idées et convictions de la France sont ainsi placées au cur du nouveau projet européen proposé par le nouveau traité.
De nombreux autres articles m'ont convaincu que ce nouveau
traité, dont je suis l'un des signataires, est bon pour
la France. La France a besoin de l'Europe et l'Europe est nécessaire
à l'équilibre du monde. Ainsi, le Oui est la
réponse d'avenir à la question posée au peuple
de France.
Jean-Pierre Raffarin est Premier ministre. Point de
vue publié par le quotidien Ouest-France, 13 avril
2005.
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