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2004-2006
Une Constitution pour l'Europe
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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__Des Verts pour un oui européen
Le traité de Constitution, imparfait, est indispensable avant d'envisager l'étape suivante
Lors de la dernière campagne pour les élections
européennes, les Verts européens ont été
les seuls à mener campagne au niveau européen. Manifeste
commun, campagne de communication unique, réunions publiques
associant des orateurs venus de l'Europe entière... les
Verts français se sont largement immergés
dans la dynamique proposée par le jeune Parti vert européen.
En France, les formations politiques, à commencer par l'UMP
et le PS, ont mené une campagne avant tout nationale, non
seulement parce que leurs divergences avec leurs homologues européens
sont bien trop fortes pour qu'ils puissent mener une campagne
commune, mais surtout parce qu'ils ne cessent, depuis des décennies,
d'instrumentaliser l'Europe au profit de leurs polémiques
internes.
Il risque hélas d'en aller de même demain pour
le traité établissant une Constitution pour l'Europe
(TCE). Chirac privilégie le référendum pour
embarrasser Sarkozy à la tête de l'UMP d'une part,
et le Parti socialiste divisé d'autre part. Et le PS se
divise lui-même entre ceux qui sont pour le traité,
mais ne savent pas ce qu'ils feront voter au référendum
pour ne pas avantager Chirac (!) et ceux qui sont contre le traité,
souvent par tactique interne à leur propre organisation,
et disent que le texte est insuffisant, alors qu'eux-mêmes
ont fait voter les mauvais traités de Maastricht, Amsterdam
et Nice lorsqu'ils étaient au pouvoir !
Oui, décidément, l'Europe mérite mieux
que quelques stratégies politiciennes nationales. Un traité
européen mérite une position européenne.
C'est pourquoi les Verts français se prononcent en faveur
d'un référendum européen vert pour adopter
une position commune à l'ensemble du Parti vert européen.
C'est pourquoi les Verts continuent de demander qu'un référendum
européen soit organisé dans les 25 pays, selon des
modalités communes, afin de ratifier ce traité.
Mais, parti politique profondément européen,
nous ne pouvons nous contenter de définir des règles
du jeu pour l'adoption du traité : il nous faut prendre
position, dire quel est aujourd'hui notre sentiment et contribuer
ainsi au nécessaire débat sans lequel les gouvernements
organiseront en coulisse notre sort commun.
Rédigé pour la première fois par une convention
associant parlementaires européens, nationaux et membres
des gouvernements, ce traité est très loin du traité
européen idéal pour les Verts. Encore très
loin du fédéralisme, laissant toujours trop de place
aux Etats nationaux, et surtout entérinant nombre de politiques
actuelles de l'UE productivistes et libérales, ce traité
est indéniablement insuffisant. Pour toutes ces raisons,
il est légitime d'hésiter à l'entériner
et nous comprenons que nombre de militants, d'ONG, et de citoyens
critiquent ce texte et manquent d'enthousiasme.
Mais ce traité comporte aussi des avancées notables
: il renforce la codécision, il crée le droit d'initiative
citoyenne, il introduit des avancées sociales suffisamment
importantes pour que la Confédération européenne
des syndicats le soutienne, il ouvre les débats des Conseils
aux citoyens et à leurs représentants, il institue
une charte européenne des droits fondamentaux encore incomplète,
en un mot il franchit une nouvelle étape dans la construction
européenne, dans cette démarche longue et chaotique
qui la caractérise, mais qui progressivement construit
un possible espace de paix et de liberté.
Faut-il, comme le proposent certains, rejeter ce texte parce
que "la mariée ne serait pas assez belle" ? Nous
ne le croyons pas. Car on ne nous propose pas de choisir entre
ce traité imparfait et notre traité idéal,
mais entre ce traité imparfait et le statu quo qui
risque d'entraîner les peuples d'Europe dans la voie morbide
de la régression nationaliste. Ne nous y trompons pas :
si ce traité était rejeté, c'est le traité
de Nice qui continuerait de s'appliquer, avec tous les défauts
que l'on peut trouver au TCE, sans ses qualités. Rejeter
le TCE n'abolira pas le libéralisme, ne supprimera pas
l'unanimité en matière économique et fiscale,
ne verra pas émerger ex nihilo une Europe sociale,
environnementale et démocratique. Bien au contraire !
Il en va de même de l'argument sur l'irréversibilité
prétendue du traité. Certes, sa révision
sera difficile... mais tout autant que les traités passés
et que le statu quo du traité de Nice qui exige
aussi l'unanimité pour être dépassé.
Et, même de ce point de vue, le TCE offre des améliorations
en facilitant légèrement la révision. Mais
le plus important est surtout qu'en démocratie, et l'histoire
de la construction européenne est là pour le prouver,
rien n'est irréversible. Et cela, aucune formule de juriste
ne pourra le changer.
On nous dit que d'une potentielle crise découlant du
rejet du texte pourrait émerger le salut ! Qui peut le
croire ? Même avec la forte poussée à gauche
qu'ont connue la France et l'Espagne ces derniers mois, c'est
un Parlement européen résolument à droite
qui a émergé des dernières élections.
C'est cette assemblée, ce sont les peuples qui l'ont élue,
qui déciderait tout à coup d'instituer une Europe
socialiste et écologiste ? Les choses sont claires : si
le TCE était rejeté, ce ne serait ni la victoire
des progressistes, ni la victoire de l'Europe. Ce serait la victoire
des eurosceptiques et des nationalistes, un retour certain en
arrière de l'Europe, et un renfort décisif à
l'hégémonisme américain sur la géopolitique
mondiale.
Face à l'Histoire en train de se dérouler,
moins de dix ans après une terrible guerre et un terrible
nettoyage ethnique sur le sol même de l'Europe faute d'une
diplomatie et d'une régulation européenne, après
le 11 septembre et la guerre d'Irak, conséquence des velléités
hégémoniques américaines qui ont mis en évidence
plus que jamais la faiblesse politique de l'Europe, et face aux
enjeux environnementaux globaux dramatiquement urgents qui nécessitent
une volonté politique ferme dans les plus brefs délais,
nous ne pouvons nous permettre une crise européenne qui
conduirait à une re-balkanisation de notre continent, qui
renverrait les plus atlantistes dans les bras des Etats-Unis et
chacun à ses égoïsmes nationaux, bien loin
des décisions multilatérales qu'appellent la crise
écologique, les injustices sociales profondes de nos sociétés
et les inégalités planétaires.
La maîtrise des deux mondialisations, celle de l'économie
et celle des enjeux écologiques, rend nécessaire
la construction au plan mondial d'une régulation politique
et économique, seule façon de réduire la
violence et d'accroître la justice sociale. Or, l'Europe
constitue le premier espace où s'élaborent, certes
insuffisamment, des règles dont le but est de construire
un développement durable accessible à tous au plan
mondial.
Convaincus qu'on ne peut aujourd'hui penser le monde sans réussir
l'Europe, nous estimons donc que l'adoption du TCE est une étape
indispensable pour civiliser les relations internationales au-delà
des Etats. Un pas qui, s'il est réussi, donnera encore
plus de courage pour les indispensables suivants.
Parce que la responsabilité des Verts en matière
européenne dépasse depuis longtemps notre poids
électoral, c'est un choix de conviction, un choix politique
que nous devons faire : dire un oui européen au TCE. Mais
ce oui ne doit être ni passif ni résigné.
Nous militons pour un oui combatif et exigeant, un oui qui ne
soit pas qu'un avis sur le TCE, mais aussi un acte symbolique
fort porté par les peuples d'Europe et appelant à
la construction d'une Europe plus intégrée.
C'est pourquoi celles et ceux qui soutiennent cette orientation
s'engagent à ne pas en rester là. Sans attendre
la ratification du texte, nous engageons le Parti vert européen
à lancer dès maintenant la bagarre pour l'étape
suivante : l'approfondissement de la construction d'une Europe
des régions encore plus démocratique et fédérale,
plus solidaire, plus écologique, en s'appuyant dès
maintenant sur les nouveaux mécanismes d'initiative citoyenne
pour mener les grands combats pour la sortie du nucléaire,
la citoyenneté de résidence européenne, les
droits sociaux, etc. Un enjeu majeur pour notre génération,
et plus encore pour les générations futures.
Maryse Arditi, Marie-Hélène Aubert, Danielle
Auroi, Denis Baupin, Jean-Luc Bennahmias, Yves Cochet, Mireille
Ferri, Christophe Girard, Guy Hascoët, Pénélope
Komites, Jean-Michel Marchand, Anne Souyris, Dominique Voynet,
Yann Wehrling, Ce texte a déjà été
signé par plus de 200 responsables Verts. Point de vue
publié par le quotidien Libération, Paris,
l27 septembre 2004
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