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EUROPE, JUIN 2006 / LE DEBAT SUR L'AVENIR DE L'UNION EUROPEENNE
__Pour les Pays-Bas, c'est encore non
par Atzo Nicolaï
Nous savons aujourd'hui ce que les électeurs redoutent. Voici nos propositions pour l'Union européenne de demain
Y aura-t-il encore une Constitution européenne ?
Si cela ne tient qu'aux Pays-Bas, non. Comme les Français,
les Néerlandais ont rejeté le traité constitutionnel
à une large majorité. Ce résultat ne peut
être ignoré.
Mais cela ne signifie pas pour autant que le gouvernement néerlandais
reste les bras croisés. Au contraire. Les citoyens ont
clairement exprimé par voie de référendum
ce qu'ils ne voulaient pas. Restait à savoir ce qu'ils
voulaient. C'est à cette fin que les chefs d'Etat et de
gouvernement ont annoncé l'an dernier une période
de réflexion.
Pour bien cerner les raisons du non néerlandais,
le gouvernement a lancé une enquête d'opinion sur
Internet. Durant un mois, les internautes ont pu donner leur avis
sur diverses questions d'actualité, telles que l'élargissement
de l'Union européenne, la situation économique et
la coopération en matière de justice et de police.
La participation a été très élevée,
avec près de 100 000 questionnaires remplis; un score exceptionnel
aux Pays-Bas.
Cette enquête en ligne confirme l'inquiétude des
Néerlandais. Beaucoup craignent que les Pays-Bas ne
soient engloutis dans une Europe toujours plus grande. Ils
la comparent à une boule de neige qui, petit à petit,
devient une avalanche emportant tout sur son passage, y compris
la prospérité à laquelle la coopération
européenne a contribué. Cette crainte est attisée
par le spectre omniprésent du travailleur d'Europe de l'Est,
moins cher et donc en passe de prendre nos emplois.
De nombreux Néerlandais s'inquiètent aussi du
rythme des changements; c'est le cas de l'élargissement
et de l'achèvement du marché intérieur. A
leur avis, il y aura des gagnants et des perdants, et ils considèrent
que les Pays-Bas pourraient être parmi les derniers. Beaucoup
de nos concitoyens sont néanmoins favorables au changement
et au renforcement de la coopération européenne
en matière de droit d'asile et de migration, de lutte contre
le terrorisme, d'environnement et d'énergie. Même
tendance dans le domaine de l'économie, même s'il
faudra beaucoup de force de persuasion pour que chacun croie que
les Pays-Bas y gagneront en prospérité.
La coopération européenne a été
la réponse à la seconde guerre mondiale. Les pionniers
de l'Europe d'alors ont su mettre leur leadership au service de
la paix, de la liberté et de l'essor économique
de notre continent, désormais réuni. Mais cette
coopération manque de visibilité, c'est pourquoi
nos concitoyens ont tiré le signal d'alarme lors du référendum.
Ils ne veulent pas paralyser l'UE, mais simplement savoir clairement
où elle va. Le gouvernement néerlandais a bien saisi
leur message. Dès le Conseil européen [à
Bruxelles les 15 et 16 juin 2006], où les résultats
de la période de réflexion seront examinés,
il présentera la vision néerlandaise de l'Europe
du XXIe siècle.
L'Europe de demain aura des frontières claires.
Les pays candidats, comme la Turquie et l'ex-Yougoslavie, pourront
intégrer l'Union européenne s'ils remplissent tous
les critères. Mais il ne peut être question d'accueillir
prochainement dans l'Union des pays qui n'ont pas de perspective
d'adhésion - à l'exception de la Suisse et de la
Norvège, en raison de leurs relations très intensives
avec l'UE. Du reste, absence de perspective ne signifie pas exclusion
du marché européen, auquel les pays limitrophes
de l'UE pourront accéder.
Pour conserver son visage social et maintenir son engagement
pour l'environnement, l'Europe du XXIe siècle s'appuiera sur la croissance économique. Cette croissance passe par la réforme de la protection sociale, qui reste la responsabilité des Etats membres. L'UE y contribue néanmoins par l'achèvement du marché européen et la promotion de la concurrence loyale. Pour aider l'Union dans son action, nous devons simplifier la libre circulation entre les Etats membres.
Sur la scène mondiale, l'Europe de demain conservera
son influence au moyen de sa politique commerciale, de l'aide
au développement et du soutien économique. Au
besoin, elle pourra aussi lancer une opération militaire.
Son action extérieure sera facilitée par le recours
plus fréquent au vote à la majorité lors
de la prise de décision. L'Europe de demain se consacrera
à ses missions essentielles, pour lesquelles elle apporte
une réelle plus-value. Les Parlements nationaux contrôleront
son action.
L'Europe du XXIe siècle ne se tiendra pas en coulisses.
Sans craindre la critique, elle donnera davantage de visibilité
à ses décisions. L'intensification de la coopération
entre Etats membres ne sera pas une fin en soi, même si
l'action commune se révèle souvent le meilleur moyen
de défendre des intérêts nationaux.
Dans l'Europe de demain, les Pays-Bas continueront à
conclure des coalitions en faveur de questions importantes.
Pour éviter que les grands pays ne négligent les
petits, nous continuerons à prendre fait et cause pour
une Commission européenne forte et indépendante.
L'Europe du XXIe siècle définira ses priorités
en fonction des besoins du moment. Elle privilégiera la
mise en place de l'économie de la connaissance, la lutte
contre le terrorisme et la définition de politiques communautaires
en matière d'asile et d'énergie. La réforme
de la politique agricole commune sera poursuivie.
L'Europe de demain sera plus qu'un marché commun.
L'Union n'est pas seulement la recette d'une mondialisation réussie.
Elle véhicule une conception de la vie qui se traduit dans
notre quotidien. Ce n'est pas moins d'Europe qu'il nous faut,
mais plutôt une meilleure Europe. Le plus important
n'est pas de rédiger une nouvelle Constitution - même
s'il faut réaménager régulièrement
les règles de fonctionnement -, mais d'obtenir des résultats
concrets. C'est alors seulement que l'on pourra à nouveau
envisager de modifier les traités en vigueur. Les Pays-Bas
y sont disposés.
Atzo Nicolaï est ministre néerlandais des
affaires européennes. Point de vue publié
dans le quotidien "Le Monde", Paris, 16 juin 2006.
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