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PARLEMENT EUROPEEN, STRASBOURG, OCTOBRE 2009 | DROITS DE L’HOMME
__Memorial, une organisation russe de défense des droits de l'homme, lauréate du Prix Sakharov 2009

Le Parlement européen a attribué, le 22 octobre 2009, son prix Sakharov 2009 à Memorial, une organisation non gouvernementale (Ong) russe de défense des droits de l'homme, qui a enquêté sur les exactions lors des deux sanglantes guerres de Tchétchénie et dont une collaboratrice a été récemment tuée.

Memorial a été préférée aux deux autres finalistes, l'écrivain suédo-érythréen et prisonnier politique Dawit Isaak, et le Palestinien Izzeldin Abuelaish, qui milite pour une fondation internationale pour l'éducation des femmes à Gaza et dans le monde.

Le prix sera remis le 16 décembre 2009 à Strasbourg. En 2008, il avait récompensé le dissident chinois Hu Jia. L'ancien président sud-africain Nelson Mandela, la militante birmane Aung San Suu Kyi, et l'ex-secrétaire général des Nations unies Kofi Annan - qui sont aussi prix Nobel de la Paix - figurent parmi les anciens lauréats.

Ce prix "pour la liberté de pensée", doté de 50’000 euros, a été décerné à trois militants - Lioudmila Alexeeva, Sergueï Kovalev et Oleg Orlov - au nom de l'organisation Memorial, ainsi qu'à "tous les autres défenseurs des droits de l'homme en Russie", a précisé le Parlement. Le physicien et Prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, décédé il y a vingt ans, a été le premier dirigeant de Memorial, fondée en 1989.

"Les personnes qui défendent les droits de l'homme doivent pouvoir exprimer leur liberté d'expression", a déclaré le président du Parlement européen Jerzy Buzek, pour qui le Parlement doit promouvoir les droits les plus fondamentaux de la société civile : la liberté de pensée et la liberté d'expression. "En remettant ce Prix à Oleg Orlov, Sergeï Kovalev et Lioudmila Alexeïeva au nom de l'association Memorial, nous espérons contribuer à la fin de la peur et de la violence à l'encontre des défenseurs des droits de l'homme en Russie", a-t-il souligné.

Les assassinats d’Anna Politkovskaïa et de Natalia Estemirova

Oleg Orlov
, responsable de Memorial, s'est dit à la fois "flatté" et "amer" de recevoir ce prix, quatre mois après l'assassinat de sa collaboratrice en Tchétchénie, Natalia Estemirova. Le 15 juillet 2009, elle avait été enlevée à Grozny puis retrouvée morte de deux balles dans la tête et la poitrine en Ingouchie voisine. Elle enquêtait sur des cas d'exécutions sommaires en Tchétchénie où l'Ong a ensuite du suspendre ses activités.

Natalia Estemirova était proche de la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006 à Moscou et qui était l'une des rares à avoir continué à se rendre en Tchétchénie pendant le conflit. Ce crime n'a jamais été élucidé. "Nous recevons aujourd'hui le prix et Natacha a reçu une balle", a dit avec tristesse Oleg Orlov. "A travers nous, c'est au mouvement de défense des droits de l'homme russe qu'il est rendu hommage", a-t-il ajouté.

Les réactions

La présidence suédoise de l'Union européenne (UE) a salué ce choix, soulignant que l'ONG s'était distinguée pour son combat "en faveur de la démocratie et des droits de l'Homme dans les pays de l'ex-Union soviétique et pour dire la vérité sur les victimes de l'oppression politique".

Les grandes ONG internationales ont salué unanimement le courage des collaborateurs de Memorial. Selon la présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Soulhayr Belhassen, ce prix "signifie qu'on ne laisse pas tomber cette partie de l'Europe".

"Le prix reconnaît le rôle important des activistes des droits de l'homme dans des circonstances particulièrement difficiles en Russie" selon Nicola Duckworth d'Amnesty International.

LES LAUREATS - TROIS MILITANTS DES DROITS DE L'HOMME ET LEUR ASSOCIATION

L'association Memorial - dont le premier dirigeant fut Andreï Sakharov - cherche à promouvoir les droits fondamentaux dans les pays post-soviétiques comme l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Géorgie, le Tadjikistan, la Moldavie et l'Ukraine. Elle fut fondée à la fin des années 1980 pour créer un complexe à la mémoire des victimes de répressions staliniennes. Plus tard, elle s'est élargie à la défense des droits civils. « Memorial promeut la vérité sur les répressions politiques de l'Union Soviétique et se bat contre les violations des droits de l'homme dans les pays post-soviétiques, cela  afin d'assurer leur avenir démocratique », ont expliqué les partisans de sa nomination.

Oleg Orlov est l'actuel président de Memorial. Le 6 octobre, il a été condamné à une amende et obligé de se rétracter publiquement suite à une poursuite en diffamation du Président tchétchène Ramzan Kadyrov. Orlov a accusé Kadyrov d'être derrière le meurtre de Natalia Estemirova, une militante des droits de l'homme en Tchétchénie. Il avait lui-même été enlevé en Ingouchie en novembre 2007 avec trois journalistes. Il avait été battu, menacé de mort puis finalement relâché.

Sergeï Kovalev a fondé la première association de défense des droits de l'homme en URSS en 1969. Il a également été l'un des fondateurs de Memorial. Il a critiqué les tendances autoritaires des régimes de Boris Eltsine et Vladimir Poutine. En signe de protestation, il démissionna en 1996 de son poste de responsable de la commission présidentielle des droits de l'homme. En 2002 il monta une commission d'enquête publique sur les attentats à la bombe en 1999 à Moscou. Cette commission ne put mener à bien son travail du fait de la persécution - et même de l'assassinat - de ses membres.

Lioudmila Alexeïeva est l'une des fondatrices - avec Andreï Sakharov - du groupe Moscou-Helsinki qui vérifiait la conformité des Soviétiques avec l'Acte final d'Helsinki en 1976. Depuis les années 1960, elle se bat pour des procès équitables pour les dissidents et un couverture objective par les médias. Elle a été exclue du parti communiste et déchue de son poste de journaliste dans un magazine scientifique. Elle critique le Kremlin pour sa politique en matière de droits de l'homme et a accusé le gouvernement russe d'encourager les extrémistes avec ses politiques nationalistes.

LE PRIX SAKHAROV POUR LA "LIBERTE DE PENSEE"

Depuis 1988, en hommage au physicien et prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, le Parlement européen remet chaque année son Prix pour "la liberté de pensée". Ce faisant, il rend hommage aux personnes ou aux organisations qui se battent pour les droits de l'homme et les libertés fondamentales. Le prix de cette année coïncide avec la commémoration de la mort d'Andrei Sakharov, il y a vingt ans.

Le Prix Sakharov récompense des personnalités exceptionnelles qui luttent contre l’intolérance, le fanatisme et l’oppression. A l’instar d’Andreï Sakharov, les lauréats du Prix Sakharov témoignent combien il faut de courage pour défendre les droits de l’homme et la liberté d’expression.

Qui était Andreï Sakharov ? Prix Nobel de la paix en 1975, le physicien russe Andreï Dmitrievitch Sakharov (1921-1989) est avant tout l’inventeur de la bombe à hydrogène. Inquiet des conséquences de ses travaux sur le futur de l'humanité, il cherche à faire prendre conscience du danger de la course à l’armement nucléaire. Il obtient un succès partiel à travers la signature du Traité contre les essais nucléaires en 1963.

Considéré en URSS comme un dissident aux idées subversives, il crée, dans les années 1970, un Comité pour la défense des droits de l'homme et la défense des victimes politiques. Ses efforts sont couronnés par le prix Nobel de la paix en 1975.

Sources : Parlement européen et presse internationale, octobre 2009.
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