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> Reportage : les vies de quatre jeunes éthiopiennes après un mariage précoce

CICR, Genève
> Protéger les femmes de la guerre

> Une étude : les femmes victimes de la guerre

> Tribune : les femmes dans la guerre

Genève, une étude 1998/2000 du Comité international de la Croix-Rouge
__Les femmes victimes de la guerre


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Bosnie-Herzegovine, Mostar. Vieille femme coupant du bois pour se chauffer.CICR/Fred Clake. Réf.BA-D-00020

Dans leur grande majorité, les conflits armés actuels se déroulent à l'intérieur des frontières des Etats. Ces conflits internes ont des conséquences tragiques pour les populations civiles au sein desquelles, dans le passé, les femmes semblaient cependant bénéficier d'une certaine sécurité. Le sentiment prévalait en effet que chacune d'entre elles - en tant que femme, et plus particulièrement en tant que mère - serait épargnée et n'aurait pas à subir les excès de la guerre. Hélas, comme l'ont montré divers conflits récents ou en cours, la réalité est souvent bien différente : des femmes sont, au contraire, prises pour cibles précisément parce qu'elles sont des femmes. Ainsi, des viols sont commis dans le but d'humilier, d'effrayer et de soumettre le groupe "ennemi" auquel les femmes appartiennent.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) déploie des efforts incessants pour comprendre l'incidence des conflits armés sur leurs victimes. L'écoute accordée aux personnes touchées par ces événements constitue l'un des aspects majeurs de l'action menée en ce sens.

Au cours de ces deux dernières années, le CICR a conduit une étude devant lui permettre de mieux comprendre l'impact spécifique des conflits armés sur les femmes. L'étude - dont le rapport final est en voie d'achèvement - examine les besoins des femmes confrontées à la guerre, la protection dont elles bénéficient en vertu du droit international humanitaire et, enfin, les activités que le CICR déploie en leur faveur dans le cadre de ses opérations à travers le monde. Les enseignements tirés des expériences passées ou en cours permettent au CICR de mieux comprendre les diverses façons dont les femmes sont affectées par les conflits armés et d'améliorer la qualité, la pertinence et l'impact de son action. L'étude vise en outre à encourager tous ceux qui interviennent, directement ou indirectement, dans les situations de conflit à rechercher les moyens de prévenir et, le cas échéant, d'alléger les souffrances des femmes en temps de guerre.Haut de page

Le déroulement de l'étude

La collecte systématique d'informations a débuté en 1998 et s'est poursuivie jusqu'à la fin de l'an 2000.

Les délégations du CICR sur le terrain ont été invitées à fournir des rapports périodiques sur leurs activités en faveur des femmes. Des visites ont été effectuées auprès de 14 délégations afin de recueillir des informations et d'avoir un échange de vues avec le personnel du CICR. Des entretiens ont aussi été conduits avec des femmes touchées par un conflit armé et se trouvant dans des camps pour déplacés, dans des prisons, des hôpitaux ou des centres d'appareillage orthopédique, ainsi qu'avec des bénéficiaires des programmes du CICR et diverses organisations de femmes. Des informations ont été recueillies auprès du personnel CICR rentrant du terrain ainsi que dans les publications, les documents et le matériel didactique du CICR.

De plus, des femmes directement affectées par divers conflits ont fourni de précieuses informations dans le cadre du projet Les voix de la guerre qui a marqué le 50e anniversaire des Conventions de Genève.

>Principaux résultats de l'étude, ou huit thèmes relatifs à l'impact des conflits armés sur les femmes


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Azerbaidjan, Barda. Personnes déplacées en provenance d'Agdam. CICR/Boris Heger. Réf.AZ-D-00010-15

1. Déplacement En tant que membres de la population civile, les femmes et les jeunes filles peuvent subir d'innombrables actes de violence pendant les conflits armés. L'insécurité accrue et la peur des attaques jettent souvent les femmes et les personnes à leur charge sur les chemins de l'exode. De fait, il est souvent relevé qu'à travers le monde entier, la majorité [80 %, dit-on généralement] des réfugiés et des déplacés sont des femmes et des enfants. Cet exode intervient aussi parce que les hommes sont partis, sont détenus ou portés disparus en relation avec les hostilités. Parfois, les hommes envoient au loin femmes et enfants parce que les mécanismes traditionnels de protection sont défaillants. Pour les femmes, contraintes de quitter ainsi leurs foyers, les conséquences sont dramatiques. Elles doivent fuir vers l'inconnu et aller souvent au-devant du danger, en subvenant à leurs propres besoins et à ceux de leurs dépendants, alors qu'elles ne disposent que de peu de moyens ou de biens.Haut de page

2. Sécurité En l'absence des hommes, les femmes doivent immanquablement assumer davantage de responsabilités vis-à-vis de leurs enfants, des membres âgés de la famille et, plus largement, de leur communauté. Si les femmes décident souvent de ne pas fuir les combats ou les hostilités qui menacent, c'est parce qu'elles croient, comme leur famille, que le simple fait d'être des femmes et des mères les protégera davantage des belligérants. Elles restent donc sur place pour prendre soin de leur famille, et la protéger. Or, l'absence des hommes, l'instabilité générale et l'anarchie qui caractérisent nombre de conflits actuels augmentent l'insécurité et le danger pour les femmes confrontées à ces situations. Elles entraînent la disparition des mécanismes traditionnels de soutien sur lesquels la communauté - et notamment les femmes - comptaient auparavant.

3. Violence sexuelle Le viol, la contrainte à la prostitution, l'esclavage sexuel et la fécondation forcée sont des moyens et méthodes de guerre de caractère criminel. S'ils ont retenu de plus en plus l'attention ces dernières années, c'est principalement parce qu'un grand nombre de ces exactions ont été signalés au cours de conflits récents. La violence sexuelle a, en fait, toujours été utilisée contre les femmes et les jeunes filles - ainsi que, dans une moindre mesure, contre les hommes et les jeunes garçons - comme une forme de torture utilisée pour dégrader, intimider et, à terme, soumettre et faire fuir les populations visées. La violence sexuelle - y compris le viol - est un acte brutal et terrifiant, non seulement pour ses victimes, mais aussi pour la communauté tout entière. Elle constitue une violation grave du droit international humanitaire.


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El Salvador, La Guarjila. Femme de guérillero montrant la photo de son mari. CICR/Boris Heger. Réf.SV-D-00064

4. Personnes portées disparues
Le problème des disparus est l'une des conséquences les plus douloureuses de tout conflit armé et ses effets continuent à être ressentis longtemps après la fin des hostilités. La plupart des disparus sont des hommes, mais ce sont desfemmes qui, en grand nombre, cherchent à savoir ce qu'il est advenu d'un mari, d'un fils ou d'un frère. Parmi les quelque 18'000 personnes enregistrées en Bosnie-Herzégovine par le CICR comme étant toujours portée disparues en relation avec le conflit armé qui s'est terminé en 1995, 92 % sont des hommes et 8 % des femmes.Haut de page

Le fait de ne pas pouvoir connaître le sort d'êtres chers, comme l'impossibilité de faire le deuil des personnes décédées et de leur donner une sépulture, a des conséquences dramatiques pour les survivants d'une guerre et leur capacité d'adaptation. Les familles des disparus poursuivent leur quête d'informations longtemps après la fin des conflits, et ce problème peut entraver durablement le processus de réconciliation. De plus, les veuves et les proches des hommes portés disparus n'ont souvent aucun droit à la propriété foncière, au logement, à l'héritage, à l'assistance sociale ou aux pensions ; parfois, ils n'ont même pas le droit de signer des contrats.

5. Détention Les statistiques concernant la détention ou l'internement au cours des hostilités mettent en évidence les différences entre le sort des hommes et celui des femmes dans les situations de conflit armé. Même civil, un homme sera bien plus facilement perçu comme un combattant ou comme un combattant potentiel : le risque d'être emprisonné ou interné est donc bien plus grand que pour une femme. En 1999, par exemple, le CICR a visité plus de 225'000 détenus à travers le monde, dont moins de 10'000 femmes ou jeunes filles. Néanmoins, si les femmes sont moins souvent détenues pour des motifs liés aux hostilités, la détention des hommes de leur famille est lourde de conséquences, surtout lorsqu'elles doivent assumer le double rôle de soutien et de chef de famille. Beaucoup d'entre elles sont mal préparées à assumer ce rôle, rendu plus difficile encore par la situation d'insécurité et les privations provoquées par la guerre.

6. Accès aux soins médicaux Les conflits armés ont de graves répercussions sur la santé de la population tout entière - femmes, hommes et enfants. En raison de l'insécurité qui règne dans les zones de conflit ou de troubles intérieurs, il est difficile, pour les civils, d'avoir accès aux services de santé et de recevoir les soins médicaux et les médicaments que nécessite leur état. Les services et les infrastructures de santé locaux peuvent être gravement perturbés, et parfois même être partiellement ou entièrement détruits. Les soins de santé génésique jouent un rôle crucial en permettant de sauver la vie de nombreuses femmes et de prévenir ou réduire les maladies et les infirmités dues à des complications survenues pendant la grossesse, lors de l'accouchement ou après la naissance d'un enfant. En temps de guerre, il est souvent difficile pour les femmes d'avoir accès à des services de santé spécialisés, tels que les soins de santé génésique, alors même que les systèmes traditionnels de soutien médical fonctionnent à peine. Au-delà des soins dont elles mêmes peuvent avoir besoin, les femmes ont un rôle important à jouer afin de favoriser et de préserver la santé des membres de leur famille et de leur communauté. Elles savent, ou peuvent apprendre, comment prévenir les maladies et soigner les malades au sein de leur famille. Elles doivent recevoir aide et soutien dans ce domaine.Haut de page

7. Accès à l'assistance alimentaire et matérielle Dans les situations de conflit armé, la population civile - femmes, hommes et enfants n'a pas toujours les moyens d'assurer sa propre survie. Lorsque les hommes prennent les armes, s'enfuient, deviennent invalides, sont portés disparus, sont détenus ou perdent la vie, les conséquences peuvent être dramatiques pour les femmes, à qui incombe le lourd fardeau de diriger le ménage tout en subvenant à leurs propres besoins et à ceux de leur famille. Certaines tâches traditionnellement assumées par les hommes peuvent être difficilement remplies par les femmes, en raison de barrières sociales et culturelles ou d'un manque de savoir-faire. De plus, l'insécurité provoquée par les hostilités restreint leur mobilité. En raison du conflit, les femmes se trouvent en outre exposées aux dangers des mines et des munitions non explosées et risquent de subir des attaques et des abus sexuels.

Les femmes devraient être associées à la planification, à l'exécution et à l'évaluation des programmes d'assistance mis en place en leur faveur, afin de s'assurer que l'aide fournie répond à leurs besoins, priorités et exigences socioculturelles - et qu'elle parvient réellement aux bénéficiaires prévus.

8. Droit international humanitaire Le droit international humanitaire protège les femmes :

en tant que combattants, par le biais des restrictions imposées aux moyens et méthodes de guerre ;
en tant que combattants capturés, malades ou blessés ;
en tant que membres de la population civile ne participant pas activement aux hostilités.

Cette protection est consacrée par les quatre Conventions de Genève de 1949 et leurs deux Protocoles additionnels de 1977, ainsi que par plusieurs autres instruments. Les femmes bénéficient à la fois d'une protection générale - sur la même base que les hommes - et d'une protection spéciale tenant compte de leurs besoins spécifiques. Les femmes qui ne participent pas, ou plus, aux hostilités sont protégées contre les effets des combats ainsi que contre les traitements abusifs que pourraient leur infliger les belligérants. Elles doivent être traitées avec humanité et ont droit au respect de leur vie et de leur intégrité physique. Elles ne doivent pas être soumises à la torture, aux mauvais traitements, à des actes de violence et au harcèlement. Elles bénéficient d'une protection spéciale contre les attaques, en particulier contre le viol, la contrainte à la prostitution ou tout autre attentat à leur pudeur. De tels actes sont interdits. [Voir la IVe Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, art. 27, par. 2, et le Protocole additionnel I, art. 75 et 76.]Haut de page

La protection spéciale octroyée aux femmes concerne également leurs conditions de détention ou d'internement. Il est prévu, par exemple, qu'elles bénéficient de dortoirs séparés et d'installations sanitaires distinctes de celles des hommes détenus ou internés. Le droit international humanitaire reconnaît et protège également les besoins spécifiques des femmes enceintes et des mères d'enfants en bas âge, qu'elles soient membres de la population civile ou combattantes détenues.

Les Tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda constituent des étapes majeures de la mise en place de mécanismes plus efficaces pour faire respecter le droit international humanitaire. Par exemple, le fait que le viol et d'autres formes de violence sexuelle en temps de conflit armé soient désormais poursuivis comme crimes de guerre constitue indéniablement une victoire importante dans la lutte contre l'impunité.

Conclusions

Le fait que des violations du DIH soient commises ne signifie pas que cette branche du droit est inadéquate. Des règles sur les méthodes et moyens de guerre licites ont été établies afin de protéger les femmes, les hommes et les enfants qui ne participent pas activement aux hostilités. Si les femmes ont à supporter une si grande part des conséquences tragiques de tout conflit armé, ce n'est pas dû à des lacunes dans les règles qui les protègent, mais au non-respect de ces règles.

Si, aujourd'hui plus que jamais, la population civile ne bénéficie pas de l'assistance et de la protection que lui octroie le droit international humanitaire, c'est principalement parce que des organisations humanitaires telles que le CICR n'ont pas accès aux régions où se déroulent les combats les plus violents et que l'assistance offerte pour porter secours aux civils blessés ou malades est refusée.

Les organisations humanitaires doivent obtenir rapidement et librement accès aux populations touchées par un conflit armé afin de leur fournir assistance et protection. Les activités de secours des organisations humanitaires sont déployées sans aucune distinction défavorable, conformément au droit international.

Souvent, le sort des femmes membres de la population civile qui sont confrontées à la guerre est lié à celui des hommes de leur famille ou de leur communauté. En d'autres termes, l'absence des hommes est à l'origine - en partie, tout au moins - des maux endurés par les femmes, tels que les attaques lancées contre des foyers ou des femmes sans défense, le viol en tant que moyen d'attaquer la population "ennemie " ou le déplacement forcé des femmes et de leurs dépendants.Haut de page

Reconnaître cela n'équivaut pas à nier les terribles difficultés que les femmes doivent affronter en temps de conflit armé, ni le fait qu'elles ont des besoins et des vulnérabilités spécifiques. Au contraire, cela équivaut à reconnaître que le sort des femmes pourra être amélioré si le droit humanitaire est pleinement appliqué et respecté, tant en ce qui concerne les combattants que les non-combattants et qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes.

Il est important de corriger l'idée selon laquelle les femmes sont "vulnérables" et "victimes". Il y a des femmes parmi les politiciens, les responsables communautaires, les partenaires des opérations d'assistance conduites au sein de leurs communautés, de même que parmi ceux qui militent pour la reconstruction, la réconciliation et la paix. Des femmes prennent aussi activement part aux hostilités, en tant que combattantes ou dans des fonctions de soutien au sein des forces armées. Si les femmes ne sont pas nécessairement vulnérables et victimes, il est vrai que la guerre rend de nombreuses femmes particulièrement vulnérables.

>Un appel du CICR : les femmes doivent bénéficier d'une protection accrue dans les situations de guerre

La Journée internationale de la femme donne l'occasion de rendre hommage au courage, à la force morale et à la capacité d'adaptation des femmes. Les femmes font preuve d'une ingéniosité extraordinaire dans les mécanismes qu'elles adoptent et qui leur permettent de survivre aux guerres, de participer aux programmes humanitaires et d'assumer le rôle de chef de famille. L'un des défis majeurs que la communauté humanitaire devra relever consiste à améliorer le sort des femmes, qui devraient bénéficier de davantage de soutien, de protection et d'assistance quand elles sont confrontées à la guerre.

Pour marquer cette Journée internationale de la femme, le 8 mars 2001, le CICR lance un appel pour que la protection générale et spéciale conférée aux femmes par le droit international humanitaire devienne réalité dans chacun des conflits armés en cours dans le monde. Les femmes bénéficieront d'une protection accrue dans les situations de conflit armé si la mise en oeuvre et le respect du droit international humanitaire et d'autres normes internationales déjà existants sont améliorés. Chacun doit être rendu responsable de l'amélioration du sort des femmes en temps de conflit. Ce n'est pas là une chimère, mais une obligation, un engagement pris et consacré par le droit, et qui doit être honoré.

Source : CICR, Genève, mars 2001Haut de page