Jet d'eau Genève, ville des droits de l'homme

Genève, ville des droits de l'homme





LA SUISSE
A L'ONU

> L'adhésion
> Kaspar Villiger
> Déclarations
> Ruth Dreifuss
> Joseph Deiss
> De la Sdn à l'Onu


10 SEPTEMBRE 2002, L’ADHESION DE LA SUISSE AUX NATIONS UNIES
__Kaspar Villiger : "La neutralité suisse ne procède pas d'un égoïsme frileux. Elle ne nous ferme pas les yeux face à l'injustice et à la misère, pas plus qu'elle ne nous interdit de faire entendre notre voix pour dénoncer l'iniquité"


DrapeauxDiscours prononcé par le président de la Confédération Helvétique Kaspar Villiger à l'ouverture de la 57e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à l'occasion de l'adhésion de la Suisse à l'Organisation des Nations unies (ONU), le 10 septembre 2002, à New York.

Kaspar Villiger

Kaspar Villiger.

I. Le 3 mars [2002], le peuple suisse a décidé, lors d'une votation populaire, d'adhérer à l'Organisation des Nations Unies. Vous avez aujourd'hui accepté notre demande d'adhésion. Et je suis fier d'abord que vous accueilliez la Suisse au sein d'une organisation si importante. Je suis fier ensuite de pouvoir confirmer notre volonté d'adhésion, au nom du peuple suisse. Ce jour représente beaucoup pour la Suisse. Comme notre pays réunit quatre cultures et quatre langues nationales, à savoir l'allemand, le français, l'italien et le romanche, je me permettrai de m'adresser à vous dans trois de ces langues.

II. Je commencerai par remercier tous les membres de l'Assemblée générale d'accueillir la Confédération suisse parmi les Nations unies. Mes remerciements vont aussi au ministre français des affaires étrangères, à nos pays voisins et à tous les Etats qui ont déposé ou co-parrainé la résolution d'adhésion. Je remercie également les représentants des groupes régionaux et notre Etat hôte pour leurs paroles bienveillantes. Enfin, notre reconnaissance et notre gratitude sont acquises au secrétaire général de l'ONU pour son indéfectible engagement.Up

III. L'Organisation des Nations Unies est plus nécessaire que jamais. Il n'est pas tolérable que perdurent des écarts de richesse à l'échelle planétaire. En de trop nombreux endroits du monde, la paix n'est encore qu'un rêve. Trop de conflits sont résolus non par le droit mais par la force. Poussés par tous ces maux, des millions de personnes fuient leur pays. Le terrorisme est devenu une menace pour le monde entier. L'équilibre écologique d'une grande partie du globe est menacé.

Saurons-nous apporter une réponse à ces problèmes - sur cette question repose le destin du monde. Ces problèmes sont l'affaire de tous. Un Etat seul, aussi grand soit-il, n'est pas en mesure de les résoudre. Il est dans notre intérêt à tous qu'une organisation universelle relève le défi. Cette organisation universelle ne peut être que l'ONU. C'est pourquoi l'ONU est si importante pour l'humanité. Nous en étions déjà conscients alors que nous n'en étions pas membres. Aussi, depuis de nombreuses années, nous prenons une part active aux institutions de l'ONU. Le peuple suisse a toujours soutenu cette participation. Un solide partenariat s'est construit au fil des ans. En tant qu'Etat observateur, nous pratiquions déjà l'esprit de bon voisinage prôné par la Charte des Nations Unies.

IV. Pourtant l'adhésion pleine et entière n'est pas allée de soi. Nombre de mes concitoyens étaient partagés.

D'un côté, la justice, la paix et la solidarité sont des valeurs phare aussi bien pour notre démocratie que pour l'ONU. Elles sont inscrites dans le préambule de la Charte des Nations Unies et dans celui de la Constitution suisse. Nos objectifs de politique extérieure concordent avec les objectifs de l'ONU. Nous sommes fiers et reconnaissants que Genève soit un des sièges des Nations Unies. Nous savons aussi depuis toujours combien le droit international est important - d'autant plus pour un petit Etat qui dispose de peu de moyens de coercition. Nous savons enfin que l'ONU est un instrument incontournable pour tenter de substituer le droit à la force. Toutes ces raisons parlaient pour l'adhésion.

Mais un grand nombre de Suisses doutaient. Ils se demandaient si l'ONU était vraiment en mesure d'atteindre ses buts. Le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité ne s'accordait pas, pour beaucoup d'entre eux, avec leur conception de la démocratie. Ils craignaient également que l'entrée à l'ONU nuise à notre neutralité, laquelle est profondément ancrée dans l'esprit de notre peuple. Up

La Suisse, Etat composite dont l'existence est issue de la volonté de ses habitants, ne repose pas sur l'unité d'une culture ou d'une langue commune. L'une des composantes de notre cohésion nationale est la démocratie directe, c'est-à-dire le droit du peuple de voter sur toutes les grandes décisions politiques. Seul le peuple pouvait donc se prononcer sur l'adhésion de la Suisse à l'ONU. Après un débat long et passionné, le peuple et les cantons ont accepté l'adhésion. Le peuple suisse s'identifie en effet aux objectifs et aux efforts des Nations Unies. Nos représentants au sein de cette organisation y participeront de manière constructive, et dans le sens de la volonté du peuple.

V. Nous avons évoqué dans notre demande d'adhésion la neutralité de la Suisse. Elle consiste, pour l'essentiel, à refuser par principe le recours à la guerre et à la violence pour résoudre les conflits. La neutralité est depuis des siècles une maxime de notre politique extérieure. Elle a aussi toujours été un instrument de notre cohésion nationale. Au temps des grands conflits européens, notre pays - qui réunit quatre cultures - se serait peut-être disloqué s'il n'avait pas été neutre. Pour toutes ces raisons, la neutralité nous tient à coeur.

Toutefois la neutralité suisse ne procède pas d'un égoïsme frileux. Elle ne nous ferme pas les yeux face à l' injustice et à la misère, pas plus qu'elle ne nous interdit de faire entendre notre voix pour dénoncer l'iniquité. Elle va de pair avec la solidarité, qui est elle aussi profondément ancrée dans l'esprit des Suisses. La Suisse ne participera pas à des opérations d'imposition de la paix, mais elle sera toujours là dès qu'il s'agira d'opérations de maintien de la paix ou d'engagements humanitaires.

A la veille du premier anniversaire de la tragédie du 11 septembre, je voudrais affirmer qu'il n'y a jamais eu - qu'il n'y aura jamais de neutralité envers le terrorisme ni envers le crime. C'est pourquoi la Suisse participe activement à la lutte contre le terrorisme.

VI. Nous défendrons à l'ONU des valeurs qui sont également essentielles en Suisse: la paix, la démocratie, la dignité humaine, la neutralité, la solidarité. Nous nous engagerons pour la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine même dans les situations de guerre. Nous soutiendrons la bonne gouvernance, la protection de l'environnement, le développement durable et l'établissement de conditions saines pour le libre échange au niveau mondial. Ce sont aussi les valeurs et les intérêts de l'ONU.

La Suisse est un petit pays mais, forte de plusieurs siècles d'indépendance, elle a confiance en elle-même. Elle n'hésitera jamais à faire entendre sa voix, même si cette voix est dérangeante. Néanmoins, ce sera toujours pour défendre les valeurs dont je viens de parler.

Cependant la Suisse connaît la valeur de la modestie et est consciente de ses limites. Si nous parvenons, par notre contribution, à ce que les idéaux de l'ONU deviennent plus tangibles, si nous réussissons, avec vous, à apporter notre pierre à la construction d'un monde meilleur, alors nous aurons nous aussi gagné à être membres de l'ONU. C'est pour moi une joie et un honneur de vous affirmer la volonté de la Suisse de participer activement aux travaux des Nations Unies.
Up