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Genève, son histoire et ses institutions



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L'Hôtel de Ville

| LA SALLE DES PAS PERDUS | LA TOUR BAUDET | LA SALLE DU CONSEIL D’ETAT |
| LA RAMPE MONUMENTALE | LA SALLE DE L’ALABAMA | LA SALLE DU GRAND CONSEIL |


Particularité genevoise, l'Hôtel de Ville est le siège non pas des autorités municipales, comme son nom le laisse entendre, mais des deux Conseils de la République et canton de Genève : le Grand Conseil (législatif) et le Conseil d'Etat (exécutif). Il convient à cet égard de se référer à l'histoire.

L'Hôtel de Ville de Genève

L'Hôtel de Ville de Genève.

Le terme remonte en effet au Moyen Age, lorsque Genève est dirigée par l'évêque. En s'affranchissant progressivement de la souveraineté de l'évêque dès le XIVème siècle, les autorités communales, soit les syndics et le Petit Conseil, s'élèvent au rang de gouvernement d'Etat. L'appellation originelle de l'Hôtel de Ville est toutefois conservée. Il est vrai que la gestion de la ville et de la République, entièrement confondues, est exercée par les mêmes autorités jusqu'en 1842, date à partir de laquelle la commune de Genève est gouvernée par son propre Conseil administratif et municipal.

Précisons encore que la salle du Grand Conseil sert aussi de salle de réunion au Conseil municipal de la ville.

La salle des Pas perdus

Lorsque la communauté des citoyens de Genève décide, au milieu du XVème siècle de se doter d'une Maison de Ville, elle choisit l'emplacement où le vidomne (représentant laïc de l'évêque) rendait les sentences judiciaires civiles. La salle des Pas perdus est le cur de l'Hôtel de Ville. C'est dans cette salle que se tiennent les premières assemblées des syndics, premiers élus de la Commune, et de leurs conseillers. Actuellement, la salle des Pas perdus sert d'antichambre aux salles du Grand Conseil et du Conseil d'Etat.Top

La tour Baudet

A ce noyau d'origine que constitue la salle des Pas Perdus, la communauté décide en 1455 d'élever une tour d'enceinte à proximité de la porte Baudet, dont elle prendra naturellement le nom. La porte Baudet sera détruite en 1783 et remplacée par un portique gréco-romain. La tour, d'architecture piémontaise, est adossée à la Maison de ville. L'ouvrage n'est pas construit à des fins défensives, mais plutôt pour servir aux délibérations des Conseils. Il repose sur de solides dalles parfaitement taillées. Les deux étages inférieurs sont connus sous le nom de grottes, à cause de leur plafond voûté. La "petite Grotte", qui communique aujourd'hui avec la salle du Conseil d'Etat, contient encore actuellement les archives récentes de cette autorité. Quant à la "grande Grotte", qui est au même niveau que la promenade de la Treille, elle a contenu d'abord de l'artillerie, puis, dès le milieu du XVIème siècle et jusqu'en 1972, elle a servi de dépôt d'archives.

Au-dessus s'élève la salle du Conseil d'Etat où se réunit le pouvoir exécutif genevois depuis le XVème siècle. A l'étage supérieur se trouve le Salon de musique, où Mozart joua en 1766. Occupé aujourd'hui par le département de l'intérieur, de l'agriculture et de l'environnement, il servit de logement au sautier jusqu'en 1920. Sur les façades, on découvre deux cadrans solaires, un écusson genevois de 1789 et une plaque commémorant la Restauration de 1813.

La salle du Conseil d'Etat

Le gouvernement de la République et Canton de Genève, assisté aujourd'hui du chancelier, y siège depuis 1488. La salle a été restaurée à plusieurs reprises.

Le pupitre, placé près d'une fenêtre, portant une ancienne bible, est utilisé lors des prestations de serment. Enfermée dans une vitrine, se trouve une planchette où le sautier note chaque année depuis 1818 la date où apparaît la première feuille du marronnier de la Treille.

Au mur sont accrochés les bâtons des syndics, premiers représentants de la commune, gravés au nom de leurs derniers détenteurs et la masse, symbole de la République, que porte le sautier. Une sellette en forme de lion servait de siège au sautier qui y attendait les ordres des Conseils pour en assurer l'exécution. A l'origine, le sautier était un garde-champêtre. Dès la Réforme, il devient le concierge de la maison de ville où, jusqu'en 1920, il a son logement. Chef des huissiers, portant une livrée aux couleurs de la Ville, il était également chargé de l'exécution des ordres du Conseil. Aujourd'hui, le sautier occupe la fonction de secrétaire administratif permanent du Grand Conseil.Top

Les fresques qui ornent le pourtour de la salle furent exécutées dès l'achèvement de la construction et complétées en 1604 par la fresque dite des "Juges aux mains coupées", uvre du peintre César Giglio. A l'occasion de la restauration de la salle, confiée en 1901 à l'architecte Gustave Brocher, la salle du Conseil d'Etat fut dotée de stalles en bois de noyer exécutées sur des modèles anciens par les élèves de l'Ecole des Métiers qui réalisèrent aussi en 1917 la table de travail des conseillers d'Etat.

La rampe monumentale

La rampe monumentale, pavée, constitue l'élément le plus caractéristique et le plus original de l'Hôtel de ville. Elle est construite au sein d'une tour carrée selon les plans établis par Pernet De Fosses en 1555, et fut achevée en 1578 par Nicolas Bogueret. Ce type de rampe sur plan carré, sans palier aux angles permettait l'accès aux étages supérieurs aussi bien aux charrois qu'aux piétons et cavaliers. L'édifice, entièrement construit en assises de molasse, est supporté par des voûtes gothiques en croisées d'ogives. Des motifs décoratifs ornent la retombée des nervures de voûtes. Le portail à l'entrée, flanqué de colonnes doriques et surmonté d'un fronton à l'antique, reflète l'influence de la Renaissance française. Le bas-relief qui le décore est attribué à l'école de Fontainebleau.

Les façades

C'est au début du XVIIème siècle que Faule Petitot réalise les façades actuelles rue Henri-Fazy et rue de l'Hôtel de ville, rehaussées d'un étage en 1826. Celle de la rue de l'Hôtel de ville est percée de deux portails classiques, flanqués de deux colonnes de marbre noir. Une des portes, sculptée par David Chériot et ses fils, offre un bel exemple du travail sur bois du XVIIème siècle. La partie supérieure porte l'aigle bicéphale, emblème de l'Empire romain germanique auquel a appartenu Genève. Jusqu'en 1829 c'est devant cette façade qu'était rendue la justice. Le banc de pierre blanc est tout ce qui reste de l'estrade où on prononçait les sentences capitales.

La cour

On pénètre dans l'Hôtel de ville par le numéro 2 sous un vaste péristyle donnant dans la cour intérieure. Formé de onze colonnes d'ordre toscan supportant des voûtes sur croisées d'ogives, il a été construit entre 1620 et la fin du XVIIème siècle. Les clés de voûte sont ornés de médaillons sculptés reproduisant des devises ou des effigies de personnages célèbres dans les annales de la ville. Jules César, l'empereur Barberousse, le roi Henri IV en constituent d'illustres exemples.Top

La salle de l'Alabama

L'actuelle salle de l'Alabama servait de salle de festin où étaient reçues les personnalités que la République voulait honorer. Dès 1794 c'est dans ces locaux que siégent le Tribunal révolutionnaire puis les tribunaux ordinaires avant de s'installer en 1856 au Palais de justice. Les tableaux offerts à la République ornent le vestibule et l'antichambre.

Le nom de l'Alabama a été donné à cette salle pour rappeler qu'y siégea un tribunal arbitral qui mit fin au conflit ayant opposé les Etats-Unis d'Amérique à la Grande-Bretagne par une sentence prononcée en 1872. Pendant la guerre de Sécession, le gouvernement sudiste avait fait construire et armer en Angleterre des navires qui causèrent d'énormes dégâts au commerce nordiste. Le plus célèbre d'entre eux fut "l'Alabama". Une fois la guerre terminée, les Etats-Unis réclamèrent des dommages et intérêts au gouvernement britannique. Après des années de discussions et de négociations, le conflit fut soumis à un tribunal arbitral de cinq membres. L'Angleterre fut condamnée au paiement de 15 millions et demi dollars-or.

C'est dans cette salle également que fut signée le 22 août 1864 la Convention de Genève, acte fondateur du Comité international de la Croix-Rouge et point de départ de la Genève internationale.

La salle de l'Alabama est de nos jours utilisée pour les visites de courtoisie et les réceptions des hôtes de la République.

La salle du Grand Conseil

La salle, située au dessus de celle de l'Alabama, a été conçue dès l'origine pour les réunions du Conseil des Deux-Cents, ancêtre du Grand Conseil. A l'origine, la salle du Grand Conseil était plus petite qu'elle ne l'est aujourd'hui, car elle était séparée de la salle des Pas Perdus par une antichambre et un vestiaire. Du décor d'origine, il ne subsiste rien. Le décor actuel date des années 1962-1963 et fut réalisé par Percival Pernet après une rénovation complète effectuée de 1958 à 1961.

Aujourd'hui, la salle accueille 100 députés et comprend la tribune présidentielle, occupée par le bureau du Grand Conseil et le sautier, au-dessous par les sept conseillers d'Etat. En face, se trouve la galerie destinée à la presse, au public et au service du Mémorial.

La vaste tapisserie symbolisant l'entrée de Genève dans la Confédération est l'uvre de Rose-Marie Eggman. Les vitraux, inaugurés le 20 octobre 1967, furent offerts à Genève par les cantons confédérés à l'occasion du 150ème anniversaire de son entrée dans la Confédération.

L'arsenal et la Treille

Construit en 1476 comme halle aux grains, reconstruit par Nicolas Bogueret en 1567 puis restauré en 1629, il servit d'arsenal de 1720 à 1877, puis abrita divers services administratifs avant d'être mis à disposition des Archives d'Etat.

Les pièces d'artilleries exposées sont les restes des quelque 200 pièces qui armaient les anciennes fortifications. Les mosaïques d'Alexandre Cingria réalisées en 1949 représentent des scènes de la Genève d'autrefois. Quant aux frises du bâtiment, elles sont l'uvre du peintre Gustave de Beaumont qui a reproduit en 1891 différents épisodes historiques de la cité.

La Treille est la plus ancienne promenade de la ville. Le 20 juin 1516, la Ville acquiert le parcelle "Les Crêts Baudet" pour en faire une plate-forme de défense. Les achats qui se succèdent jusqu'en 1713 ont permis d'en faire une promenade dotée dès 1767 d'un banc dont la longueur actuelle est de 120,21 m.

Cette série d'articles n'aurait jamais pu voir le jour sans l'aimable collaboration des Archives de l'Etat de Genève et, en particulier, de Catherine Santschi, archiviste d'Etat.

Sources. Sous la direction de Bernard Lescaze et Françoise Hirsch, Encyclopédie de Genève, tome 4, Les institutions politiques, judiciaires et militaires, Association de l'Encyclopédie de Genève, 2ème édition, Genève 1991. Barbara Roth-Lochner et Livio Fornara, L'Hôtel de Ville de Genève, Chancellerie d'Etat, Genève 1986. Le pouvoir législatif à Genève à travers les siècles, Annexe au Mémorial des séances du Grand Conseil, Genève 1985.
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